‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 100 sur 704 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

DE LA FÊTE ET DES CÉRÉMONIES QUI SE FAISAIEAT AUX CALENDES DO SEPTIÈME MOIS APPELÉ leCuUkuitontU .

On appelait le septième mois tecuilhuüonlli. On y taisait des fêtes et des sacrifices en l’honneur de la déesse du sel, appelée Uixtociuatl. C’était la divinité adorée par ceux qui récoltent le sel. On disait qu’elle était sœur des dieux de la pluie et qu’à cause de certain malheur arrivé entre eux elle fut poursuivie et exilée sur les eaux salées. Elle y inventa les procédés pour faire le sel de la manière qu’on le fait encore aujourd’hui, au moyen de cuviers et en tassant la terre salée. Aussi était-elle honorée et adorée par tous ceux qui faisaient du sel l’ohjet de leur trafic. Les vêtements de cette déesse étaient de couleur jaune. Elle était coiffée d’une mitre surmontée de plumes vertes, en forme de panaches élevés qui renvoyaient vers*les airs des reflets chatoyants et verdâtres. Ses oreilles élaient en or fin très-éclatant et imitant les fleurs de calebasse. Son péplum était orné de broderies simulant les vagues qui se forment sur l’eau, avec d’autres dessins coloriés représentant des chalchiuitl. Ses jupons étaient brodés de la même manière que le péplum. Elle avait aux cous-de-pieds des grelots en or et de petits escargots blancs, attachés à une bande de peau de tigre, qui faisaient grand bruit en marchant. Ses sandales étaient d’un tissu de coton, avec des boutons de la même étoffe et des cordons en fil de môme nature pour les attacher. Elle portait une rondache sur laquelle se voyaient peintes de larges feuilles de la plante appelée atlacueçonan. Recette rondache tombaient des franges déplumés de perroquet, se terminant par des bouts en plumes d’aigles et garnies partout de plumes collées de quetzalli et de teoxolotl^. Quand elle dansait, couverte de tous ses attributs, elle était dans l’habitude de brandir sa rondache. Elle avait à la main un fort bâton s’arrondissant en pelote vers le bout pour une hauteur d’un ou de deux empans, et couvert partout de papier tigré dégouttes d'ulli, avec trois fleurs artificielles placées de manière à le partager en trois longueurs. Ces fleurs, faites de papier, étaient parsemées d’encens et précédées et suivies de plumes de quetzalli placées en croix. Lorsqu’elle dansait dans les areytos, elle pesait sur le bâton et le relevait alternativement, comme pour marquer la mesure des airs de danse. Pendant dix jours, sans discontinuer, elle dansait dans Vareyto avec des femmes qui

1. De teotl, dieu ou divin, et xolotl, page, serviteur. Oiseau au plumage précieux.

HISTOIRE DES CHOSES chantaient et dansaient aussi pour la réjouir. Ces compagnes, vieilles, jeunes et enfants, étaient les fabricantes de sel. Toutes ces femmes dansaient en se tenant au moyen de cordelettes dont chacune saisissait un bout. Toutes portaient sur la tête des guirlandes faites avec cette plante odoriférante qui ressemble à l’encens de Castille et qu’on appelle iztauhyatl. Leurs airs se chantaient en soprano très-aigu. Quelques vieillards allaient devant elles pour guider leurs pas et marquer la mesure de leurs airs.

Celle qui était vêtue des ornements de la déesse et qui devait être sacrifiée se tenait au milieu de toutes les autres. Devant elle marchait un vieillard portant dans ses mains un bel ouvrage en plumes, de la forme d’une manche de croix, appelé uixtopetlaçotl. Ces chants commençaient tard dans l’après-midi et duraient jusqu’à minuit. Celle qui était destinée au supplice dansait et chantait pendant ces dix jours avec toutes les autres femmes. A l’expiralion de ces dix journées, elle passait une nuit entière occupée par le chant et la danse, sans dormir, sans Se reposer un instant; de vieilles femmes lui donnaient le bras et toutes ensemble dansaient aussi cette nuit-là. Dansaient et veillaient en même temps les esclaves destinés à mourir devant elle et après lesquels elle devait être suppliciée, aux premières heures du jour. Le moment de la fête étant arrivé, les satrapes choisis pour donner la mort à cette femme, appelée Uixtociuatl comme la déesse, et aux captifs qu’on nommait uixtotm*,se couvraient de leurs ornements sacerdotaux. Ils y ajoutaient, comme attributs exigés par la fête, les papiers autour du cou et sur la tête, ainsi qu’un travail en plumes s’étalant sur le dos, imitant un pied d’aigle avec toute sa jambe et son plumage et mis dans un cacaxllp percé, en divers endroits, de trous dans lesquels on introduisait différents ornements en plumes. Cet objet était ceint au corps avec des bandes d’étoffe rouge de deux fois la largeur delà main. Le pied de l’aigle se retournait vers le haut, et, par conséquent, la cuisse en bas. Au milieu du pied, entre les serres, il y avait un trou duquel s’échappait un très-bel ornement en plumes. Tous les spectateurs de Vareyto tenaient à la main des fleurs jaunes de cempoalxochitl ou une branche de la plante appelée iztauhyatl. On faisait monter au haut du temple de Tlaloc lafemme qu’on devait sacrifier et qu’on disait être l’image de la déesse Uixtociuatl, et, à sa suite, les captifs destinés à mourir avant elle. Quand on y était arrivé, on commençait à tuer les captifs, et lorsqu’on en avait

1. C’est aussi le nom d’un peuple, comme on peut voir livre X, chap. xxix; il y aurait peut-être lieu de faire remarquer que les prisonniers destinés à la mort en cette circonstance avaient appartenu à ce peuple.

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