De ulli, gomme, et teteo, pluriel de teotl. dieu
les y lançait en les malmenant à coups de pied, à coups de poing et à grandes bourrades. On les plongeait et roulait dans la boue de n’importe quel étang qu’on rencontrait en route. C’est ainsi qu’on arrivait au bord de l’eau, dans laquelle on devait les plonger,à l’endroit appelé toteco. Quand on y était parvenu, le satrape et les autres ministres brûlaient du papier en offrande et livraient aux flammes le copalet les statuettes d’w/¿¿ qu’ils avaient apportés, en répandant aussi de l’encens sur le feu ainsi que sur les nattes de joncs dont on avait orné le sol tout autour. En même temps, ceux qui étaient chargés de surveiller les coupables les lançaient à la lagune. Leur chute faisait grand bruit et projetait bien haut les éclaboussures de l’eau. Si quelqu’un surnageait, on lui faisait faire de nouveau le plongeon. Quelques-uns, qui savaient nager, filaient sous l’eau, û la manière des oiseaux plongeurs, reparaissaient fort loin et trouvaient ainsi le moyen de s’échapper. Quant aux pauvres malheureux qui ne savaient pas nager, on les malmenait de telle sorte qu’on les laissait pour morts sur le bord de l’étang, où leurs parents venaient les prendre et les pendaient par les pieds pour leur faire rendre l’eau qu’ils avaient avalée par la bouche et par les narines. Tout cela étant achevé, on s’en retournait en procession par le même chemin qu’on était venu, au son des conques marines, vers le temple dont on était parti. Quant aux suppliciés, leurs parents les portaient chez eux, blessés et tremblants de froid, afin d’assurer leur convalescence.
De retour à leur monastère, les satrapes tendaient de nouveau leurs nattes bariolées et commençaient leur jeûne de quatre jours, fju’on appelait neilacaçaiializtli. Pendant cette pénitence, ils ne se dénonçaient plus les uns les autres et ne faisaient pas leur repasà midi. Durant ces quatre jours, les enfants de chœur apprêtaient tous les ornements de papier nécessaires aux ministres et ceux dont ils avaient eux-mêmes besoin. L’un de ces ornements s’appelait tlaquechpanioil\ qui veut dire: ornement qui va sur le cou. Un autre encore, connu sous le nom à’amacuexpalli^, se plaçait sur la nuque et ressemblait à une fleur en papier. Un autre, encore, appelé yataztli, était une sacocbe destinée à contenir de l’encens ; elle était en papier et s’achetait au tianquiztli^. On y achetait aussi des enfilades de morceaux de bois
1. De lia, chose, et quechtli, cou, uni à la postposition joau, sur.
2. De amatl, papier, et cuexpalli, cheveux longs tombant sur la nuque. C’était l’usage, lorsqu’on coupait la chevelure des enfants, de leur laisser des mèches pendantes derrière la tête.
3. C’est à Tlalelolco, centre du commerce, que se tenaient les plus grands marchés dans une place remarquable à la fois par son immense étendue et sa parfaite distribution. Elle était environnée de beaux portiques et divisée en divers quartiers, formant des rues, où venaient se ranger les marchands de tous les pays circonvoisins. Cortès, dans sa seconde
HISTOIRE DES CHOSES
figurant des chapelets. Lorsque les quatre jours de jeûne étaient finis, les satrapes et les ministres se couvraient de ces ornements. Le jour de la fête, de bon matin, ils se teignaient la tête en bleu et étendaient sur leur visage un mélange de miel et d’encre. Tous portaient leur sacoche pendante, pleine d’encens et munie d’une bordure en petits escargots blancs. Les sacs des satrapes de premier ordre étaient en peau de tigre, tandis que ceux des autres ministres d’ordre inférieur étaient en papier teint et tigré. Quelques-unes de ces sacoches représentaient l’oiseau appelé aiziizicuilotlj ou simplement des canards ; mais tous les prêtres y portaient leur encens. Aussitôt qu’ils étaient recouverts de leurs ornements , la fête commençait par une procession vers le temple, le satrape de Tlaloc marchant le premier. Celui-ci portait sur sa tête une couronne en forme de panier, serrée sur les tempes, large en sa partie supérieure et ornée vers sa partie moyenne de toutes sortes de belles plumes. Son visage était couvert ù’ulli liquide qui est noir comme de l’encre, et il portait une jaquette de toile appelée ayatV. Il avait également un vilain masque à grand nez, et de ce masque parlait une cbevelure qui descendait jusqu’à la ceinture. Tous les autres ministres le suivaient, en marmottant comme s’ils avaient dit leurs patenôtres, jusqu’au temple de Tlaloc.
Lorsque le satrape de ce dieu arrivait au temple, on s’arrêtait et on étendait sur le sol des nattes et des feuilles de souchet, sur lesquelles on répandait de la poudre d’encens. Sur ces nattes on plaçait quatre chalcÂiuül, ronds comme de petites boules. On donnait au satrape un petit crochet teint en bleu, avec lequel il venait toucher chacune de ces boulettes. En touchant à peine Tune d’elles, il retirait immédiatement la main, faisait un tour sur lui-même, allait toucher une autre boulette, se livrait à la même manœuvre et les touchait toutes pareillement après avoir fait un tour sur lui-même. Cela étant fini, il émiettait de Tencens sur les nattes d’yiauhtli. On lui donnait ensuite la planche aux grelots, avec laquelle il commençait à faire du tapage en la remuant pour faire battre les petits morceaux de bois qui s’y trouvaient attachés ou artificiellement insérés®. Quand on avait
lettre à Charles-Quint, en a donné une description détaillée qui montre combien, à côté de ce grand bazar, tous les autres marchés de Mexico étaient peu considérables. Aussi Sahagun ne le désigne le plus souvent que par le mot tianquiztli, le marché, dérivé de liamiqui, trafiquer, négocier; d’où viennent encore liainiquizlli, commerce, achat; tiamicUi, marchandise; etc.
1. Petit carré d’étoffe en fil de maguey, en espagnol ayate, pouvant servir de petit manteau ou d’enveloppe pour différents objets qu’on y renferme en ramenant les quatre coins.
2. Il faut comprendre cette insertion des petits morceaux de bois de la manière suivante ; la planche était percée, de distance en distance, de petits rectangles qui avaient une tige
tout terminé, chacun retournait à sa maison ou à son monastère et les châtiés étaient ramenés dans leurs familles. Les prêtres retiraient leurs ornements ; ils s’asseyaient et ils attendaient la nuit pour recommencer la fête. Ils battaient alors leurs teponaztli, soufflaient dans leurs conques marines et jouaient de tous les autres instruments dans le temple de Tlaloc. On chantait dans tous les monastères, en faisant sonner les grelots dont il est fait usage dans les areytos. De cet ensemble résultait une musique très allègre.
On faisait veiller toute la nuit les captifs qui devaient être sacrifiés le jour suivant et que l’on disait être l’image des dieux Tlaloque. Quand arrivait l’heure de minuit, appelée yoaxeliui^ on commençait à les mettre à mort. Les premiers qui étaient victimes étaient, disait-on, comme les précurseurs de ceux qui représentaient les T/aloque et qui étaient couverts des ornements de ces divinités. Ceux-ci mouraient donc les derniers et ils allaient même attendre leur tour en s’asseyant sur les corps de ceux qui avaient été tués avant eux. Lorsque tous étaient sacrifiés, on prenait toutes les offrandes de papier, de belles plumes, de pierres pi'écieuses et de chalchiuitl, et on les emportait à l’endroit de la lagune appelé Pantitlan, qui se trouve non loin des arsenaux. On emportait également tous les cœurs des victimes dans un grand pot peint en bleu et verni d’ulli en quatre endroits; les papiers aussi étaient tachetés avec ce même ulli . Tous ceux qui étaient présents à cette olfrande et à ce sacrifice tenaient à la main la plante qu’on appelle iztauhyatl, qui est comme l’encens de Castille, et ils la mouvaient comme on a l’habitude de le faire quand on chasse les mouches de sa figure ou de celle de ses enfants; et l’on disait que de cette manière on effarouchait la vermine, pour empêcher qu’elle entrât dans les yeux ou qu’elle causât cette maladie qui porte le nom d'ixocuilloaliztlp. D’autres s’introduisaient cette plante dans les oreilles. Quelques-uns étaient simplement guidés par une idée superstitieuse en la serrant dans leurs mains. Etant arrivés au bord de l’eau, avec toutes leurs offrandes et avec les cœurs des défunts, ils montaient dans une grande canoa appartenant au roi et commençaient à ramer avec leurs rames peintes en bleu et bariolées d'ulli. Quand ils étaient parvenus au lieu de l’offrande, qu’on appelait Pantitlan, ils faisaient passer l’embarcation entre les madriers qui étaient enfoncés dans le
y lindrique jjgjs traversant le vide d’un côté à l’autre. De petites boules ou de petits cylindres en bois, troués de part en part, se trouvaient insérés sur cette tige et jouaient librement sur elle, de manière à frapper alternativement les deux bouts qui se terminaient sur les côtés du quadrilatère.
1. « Nuit divisée en deux » ; de yoalli, nuit, et xeliin, partager.
2. Substantif venant de ixocuiUoa, avoir des taches, des plaies au visage. Ce verbe est lui-même tiré de ixocuilin, tique, vermine [ocuilin] de la figure [ixlli).
fond de l’eau autour du trou absorbant connu sous le nom à'aozloc Ayant pénétré dans l’enceinte, les satrapes commençaient à jouer de leurs cornets et de leurs conques marines, se tenant debout la à proue de la canoa. Le principal d’entre eux prenait le pot dans lequel les cœurs étaient enfermés et il les jetait au milieu de l’espace contenu entre les madriers, là même où se trouvait le trou dans lequel l’eau allait s’engloutir. On assure que, lorsque les cœurs y tombaient, l’eau s’agitait et formait des vagues surmontées d’écume. On jetait ensuite également à l’eau des pierres précieuses et des papiers de l’offrande, auxquels on donnait le nom de teteuitl. Quelques-uns de ces papiers, avec un certain nombre de pierres précieuses, étaient suspendus au haut des madriers qui enfonçaient dans l’eau. Tout cela étant terminé, ils sortaient de l’enceinte et un satrape prenait un encensoir, comme en tremblant de peur il y introduisait quatre de ces morceaux de papier, mettait le feu et, pendant qu’ils brûlaient, il faisait le mouvement de l’offrande vers l’endroit où se trouvait le trou absorbant. 11 lançait ensuite l’encensoir dans la lagune. La canoa était aussitôt tournée vers la terre et les rameurs la dirigeaient en toute vitesse vers le point appelé Tetomaçoico’ qui était le débarcadère. Tous s’y baignaient et l’embarcation était ramenée à son remisage. Tout ce qu’on vient de dire se pratiquait depuis l’heure de minuit jusqu’à l’aurore.
Au point du jour, lorsque déjà la cérémonie précédente était terminée, tous les autres satrapes s’en allaient se laver aux lieux qu’ils avaient l’habitude de choisir pour cette opération. Ils la pratiquaient tous à grande eau pour se débarrasser de la couleur bleue dont ils étaient teints et qu’ils ne laissaient plus persister que sur le devant du front. Si quelqu’un des satrapes ou ministres des idoles avait été dénoncé et devait recevoir son châtiment, c’était au moment de ce lavage général qu’on l’entraînait 'et qu’on lui faisait subir sa peine à la manière de ceux dont nous venons de parler.
Cela étant terminé, ils s’en retournaient au monastère, retiraient toutes les nattes vertes qu’on y avait étendues et les jetaient dehors, derrière l’édifice. Telles étaient les cérémonies qui se pratiquaient à la fête d’etzalqualiztli.
1. « Dans le trou, la caverne {oztotl) de l’eau {atl). » Les deux éditions portent aohloe ou aiohtoc que nous croyons défectueux.
2. Le texte espagnol dit : A manera de caco. On pourrait traduire mot à mot : à la manière d’un timide (ou d’un poltron) ; mais on ne comprend pas bien le pourquoi.
3. De tetl, pierre, et tamaçolin, crapaud, avec co, suffixe de noms de lieu.