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CHAPITRE XXVII

DE LA FÊTE ET DES SACRIFICES QUI SE FAISAIENT AUX CALENDES DU HUITIÈME MOIS QU’ON APPELAIT Uei temilliuitt.

On appelait le huitième mois uei tecuilhuill. Quatre ou cinq jours avant d’arriver à cette fête, le roi et ses principaux sujets invitaient tous les pauvres, non-seulement de la localité, mais aussi des environs, pour leur donner à manger. Ils préparaient en grande quantité un mets liquide qu’ils appellent chiampinolli, avec addition de farine de chian, et ils le plaçaient dans une canoa. Tout le monde venait en prendre, au moyen de petites écuelles connues sous le nom de tiçaapanquiK Tous ceux qui étaient présents, hommes, femmes et enfants, sans excepter personne, en buvaient une ou deux portions. Ceux qui ne pouvaient achever la part qu’ils avaient prise gardaient le restant. Quelques-uns la mettaient dans un vase apporté dans ce but. Quant à ceux qui ne s’étaient munis d’aucun ustensile pour y mettre leurs restes, on les leur jetait dans leur giron. Personne n’allait boire deux fois. On donnait à chacun ce qu’il pouvait consommer en une seule séance; mais, si quelqu’un revenait à la charge, on le corrigeait en le frappant à grands coups de canne verte. Quand tous avaient bu, ils s’asseyaient et prenaient du repos en formant différents petits groupes oü l’on se mettait à bavarder dans de bruyantes hâbleries. C’est alors qu’on consommait oü que l’on faisait consommer aux gamins les restes qu’on avait conservés. L’heure du dîner étant venue, c’est-à-dire midi, ils se rasseyaient en bon ordre, les pères elles mères se tenant à côté de leurs enfants. Alors, ceux qui devaient distribuer à manger relevaient et rattachaient à leur ceinture les pans de leur manta, ainsi que le demandait leur office. Et pour que leurs cheveux ne tombassent pas sur leurs yeux, ils les attachaient au moyen de flèches d’eau placées en bandeau. Ils prenaient ensuite des tamalli et en faisaient la distribution par sections. Ils commençaient au bout de chaque rangée d’individus et ils donnaient à chacun ce qui pouvait tenir dans sa main. Les tamalli avaient différents noms ; on les appelait tenexlamalli, xocotamalli,miauatanialli, yacacoltamalli, necutamalli, yacacolaoyo, exococolotlaoyo^. On prenait soin de bien servir

1 . «Vernissées » ; de tiçatl, vernis blanc, et apaña, recouvrir, enduire.

2. Ces tamalli étaient faits avec divers produits tels que tenextli, chaux ; .-rocoü, fruit; miauall, Aeur de maïs; yacacolli, espècede maïs, et neoutli, miel. Les deux autres étaient composés, le premier avec le maïs appelé yacacolli et le second avec des fèves [exoll) sèches (cocoltic).

surtout les enfants, et quelques employés n’oubliaient pas d’en donner davantage à leurs parents et amis. Personne n’en prenait deux fois. Si quelqu’un s’y hasardait, il en était puni à grands coups de gaule et on lui enlevait à la fois ce qu’il avait pris et ce qu’on lui avait déjà donné. Il arrivait qu’il ne restait rien pour ceux qui venaient les derniers : aussi s’efforçait-on d’obtenir un bon rang pour ne pas perdre sa part. Ceux qui s’en allaient les mains vides gémissaient, se mettaient en colère et disaient: « C’est bien en vain que nous sommes venus, puisqu’on ne nous a rien donné. » Ils s’en allaient alors vers les différents groupes qui faisaient leur consommation, afin de voir s’ils en obtiendraient quelques bribes, et ils refusaient de s’éloigner, lors même qu’on leur appliquait la bastonnade. Ils avaient l’adresse de tenir bon en se faufilant entre les autres. Ce secours donné aux pauvres par le roi durait huit jours, et cela se faisait ainsi parce que chaque année, dans cette saison, il y a disette de vivres et on souffre de la faim; plusieurs mêmes en mouraient.

Ces banquets étant terminés, on ouvrait la fête. On commençait à danser et à chanter lorsque le soleil disparaissait de la cour des temples. Il y avait dans ces cours un grand nombre de brasiers de la hauteur d’un homme et d’une grosseur telle que deux hommes à peine pouvaient les embrasser. La plupart étaient placés en rang. La nuit étant venue, on y faisait du feu et on chantait et dansait à la lueur des flammes. Pour commencer Vareyto, les chanteurs sortaient de leurs asiles, chantant, dansant, et dans un ordre tel qu’ils allaient par groupes de deux hommes avec une femme au milieu. Ces areytos étaient composés de gens du meilleur choix: capitaines et autres hommes de valeur très-exercés dans les choses de la guerre. Ils tenaient par la main la femme qui se trouvait entre eux. Les autres gens de la noblesse qui n’appartenaient pas aux choses de la guerre ne faisaient pas partie de cet amusement. Les femmes étaient vêtues de riches péplums et de jupons ornés de broderies diverses d’un prix élevé. Les unes avaient des jupons qu’on appelait yollo; d’autres en portaient qui avaient les noms de totolitipetlaio , cacamoliuhqui, ilacatziuhqui, tixtzcalotl on petztic^. Les garnitures inférieures en étaient très bien travaillées. De leur côté, les péplums dont elles étaient habillées portaient les différents noms de quappachpipilcac, pocuipilli, yapalpipilcac, cacallo et mimichcho*-, quelques-uns étaient blancs sans

1 . Y'ollo, belle, gracieuse ; — totolilipellaio, qui a la natte comme le ventre de la poule ; — cacamoliuhqui, épaisse; ilacalziuhqui, qui estroulé, retourné; — tixlzcalotl, Kingsborough écrit tlazcaloU ; — pelztic, fin, lisse, brillant, du verbe neutre pelziui.

2. Quappachpipilcac signifie brun (quappachtli) et relevé {pipïlcac, être pendu, suspendu) ; — pocuipilli, c’est-à-dire uipilli, noir, de pocyo, noirci par la fumée; — yapalpi-

HISTOIRE DES CHOSES

aucun dessin. L’ouverture supérieure de ces péplums était accompagnée de bordures très larges qui couvraient toute la poitrine, et les franges inférieures étaient également de grandes dimensions. Ces femmes dansaient avec les cheveux épars retenus sur la tête par des bandeaux en tresses qui allaient du front à la nuque. Leurs figures, exemptes d’ornements, étaient absolument lisses et propres. Les hommes étaient également très bien vêtus ; ils portaient une manta de coton à mailles si rares, qu’on aurait presque dit un filet. Pour les hommes signalés par leur grande valeur et qui avaient le droit de porter un bouton à la lèvre inférieure, ces mantas étaient bordées de petits escargots blancs, et portaient, en ce cas, le nom de nochpalcuechintliK Ceux qui n’étaient pas d’une distinction si élevée portaient des mantas noires avec franges. Tous avaient des oreillons de métal mélangé, mais les plus distingués avaient des oreillons en cuivre accompagnés de pendants en or. L’ornement de leur lèvre inférieure était à l’avenant de celui des oreilles; chez les uns, cela représentait des lézards; chez d’autres, c’étaient des petits chiens ou bien deux petits carrés en métal. Les plus jeunes, qui s’étaient déjà distingués dans la guerre, portaient à la lèvre inférieure un grand cercle qui en contenait quatre autres plus petits, placés en croix. Tous les très jeunes sujets avaient un cercle simple sans ornement. Ces cercles étaient faits de coquilles d’huîtres. Tous les braves portaient des colliers de cuir d’où pendaient des glands se terminant par un grand nombre de petits escargots blancs. D’autres avaient au cou, et pendant sur la poitrine, des coquillages de mer qu’on appelait quaquachictin* ou bien otomin. Ils portaient en même temps des mentonnières ou pendants de lèvres, de la forme d’un aigle et faits d’écailles d’huîtres, tandis que d’autres, qui se tenaient pour plus braves encore, achetaient de petites boulettes blanches provenant de mollusques appelés ieoc/wpoù'*. Les gens du vulgaire se paraient de sortes de chapelets de couleur jaune, faits d’autres produits de la mer et de peu de prix. Dans cette classe de gens, ceux qui avaient fait des captifs à la guerre portaient sur la tête un ornement en plumes dans le but d’indiquer qu’ils avaient capturé quelqu’un en combattant. Les capitaines se distinguaient par des attributs en plumes attachés sur le dos, pour donner à connaître qu’ils étaient des braves. Cet ornement s’appelait quauh-

pilcac, noir aussi {yapalli) et relevé; — cacallo, qui a des corbeaux représentés {cacalli)) — enfin, mimichcho, qui a des poissons [mickin) sans doute représentés.

1. Mis sans doute pour nochpalcuechlzintli, diminutif de cuechtli, coquillage, conque.

2. Plurielde quachüi ou cuachlli, sorte de coquillage ; au figuré; homme vaillant, brave, courageux.

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