De quaitl, tête, et lololl, oiseau
3. « Jeunes gens corvéables « ; de telpochtli, garçon, et tequiuaqui, qui est soumis au travail, à la servitude.
4. Le texte porte Tenochca que nous avons traduit par Mexicains pour plus de facilité ; mais nous ferons remarquer que la ville de Mexico était divisée en deux grandes parties : Tetiochtillan, qui occupait le sud et dont les habitants étaient appelés Tenochca; l’autre partie située au nord se nommait Tlalelolco. Ces deux divisions longtemps indépendantes finirent par ne plus former qu’une seule cité sous l’autorité des monarques de Tenochlitlan .
HISTOIRE DES CHOSES price. Ceux qui dansaient se tenaient par la main ou se liaient plus étroitement en se passant les bras autour de la ceinture; mais tous marquaient exactement la mesure en levant le pied, en formant lepas en avant ou en arrière et en faisant un tour sur eux-mêmes. Us circulaient entre les faisceaux et les torches allumées, en se livrant entre eux à des trépignements. Ils continuaient leurs* danses jusqu’à la nuit bien close et la poursuivaient d’ordinaire jusqu’à neuf heures.
Lorsque le tambour et le teponazlli cessaient de battre, ils s’arrêtaient aussi de danser et’ils prenaient le ciiemin de leurs maisons. Les principaux personnages se faisaient éclairer par des torches qu’on portait devant eux. Les femmes qui avaient dansé se réunissaient toutes après Vareyto, et ceux qui en étaient chargés les conduisaient aux demeures où elles avaient l’habitude d’être ensemble. On ne leur permettait pas de s’éparpiller ou de s’en aller avec quelque homme, à l’exception des personnages de rang élevé. Si l’on en appelait quelques-unes pour les inviter à manger, on invitait en même temps les matrones chargées de les garder. On leur donnait des mets et des mantas, pour quelles les emportassent chez elles, et elles emportaient aussi ce qui leur était resté de leurs parts. Si un guerrier de distinction voulait emmener quelqu’une de ces jeunes fdles, il en avertissait secrètement la matrone pour qu’elle la conduisît, n’osant nullement l’appeler lui-même d’une façon publique. La matrone la conduisait au domicile de l’intéressé ou au lieu qu’il avait prescrit, mais c’était toujours pendant la nuit, et c’était de nuit aussi qu’elle en sortait. Si quelqu’un agissait ainsi ostensiblement, on lui en faisait un crime et on l’en châtiait d’une manière publique en lui coupant la chevelure portée par lui en signe de bravoure et qu’on appelait tzotzocolH'. On lui enlevait aussi ses armes et les attributs dont il se revêtait. Il recevait la peine de la bastonnade et on lui brûlait les cheveux. Tout son corps se couvrait de rougeurs et de boursouflures, à la suite du feu et sous l’influence du bâton. On le renvoyait ensuite en le bousculant durement et en lui disant : « Ya-t’en, drôle! quoique tu sois brave et fort, nous te méprisons, et, lors même que l’ennemi se présenterait en guerre, nous ne ferons aucun cas de toi. » Telles étaient les injures, et bien d’autres encore, qu’on lui adressait en le repoussant durement. Il s’en allait en silence, fronçant le sourcil et se plaignant intérieurement du traitement qu’on lui faisait subir. Il ne se mêlait jamais plus aux danses et aux chants publics. La femme avec laquelle il avait eu des rapports était chassée et séparée de ses compagnes ; elle ne devait plus ni danser, ni chanter, ni se trouver avec
1. Mot signifiant ; grande cruche en terre ; employé ici au figuré.
les autres. Celle qui était chargée d’elle n’en tenait plus aucun compte, et, en définitive, le jeune homme qui avait reçu son châtiment la prenait pour femme après qu’ elle-même avait été punie par sa faute.
Dix jours de ce mois étant écoulés, on célébrait la fête nommée uei tecuilhuitl, pendant laquelle on tuait une femme en l’honneur de ladéesse Xilonen. On la revêtait des ornements de la divinité dont on la disait l’image. On lui teignait la figure en deux nuances : jaune, depuis le nez jusqu’en bas, et rouge sur le front. On lui ornait la tête d’une couronne en papier, formant quatre saillies, du milieu de laquelle des plumes variées s’élevaient en forme de panache. Plusieurs colliers de grandes pierres précieuses tombaient de son cou sur sa poitrine, et sur les pierres se voyait un médaillon en pr de forme ronde. Elle était revêtue d’un péplum brodé de figures diaboliques, de jupons pareillement ornés; le tout d’un mérite recherché et d’une grande richesse. Ses sandales étaient rayées de rouge. Elle avait une rondache au bras gauche et tenait, de la main droite, un bâton de couleur vermeille. Lorsqu’on l’avait ainsi parée, plusieurs femmes l’entouraient pour la mener faire l’offrande de l’encens en quatre lieux différents. Cela se faisait dans l’après-midi, la veille du jour où elle devait mourir. On l’appelait alors Xalaquia'^, parce qu’elle devait être sacrifiée le lendemain. Les quaire endroits où on la conduisait s’appelaient Tetamaçolco, Necocixecan, A te7ic} acalcan* el Xoloco^. Ces quatre lieux désignés pour l’offrande étaient la représentation des quatre types adoptés dans le compte des années. Le premier type portait le nom d’acatl qui veut dire roseau; le second était appelé tecpall, c’est-à-dire pierre d’obsidienne ayant la forme de fer de lance; on appelait calli le troisième, ce qui veut dire maison ; le quatrième se nommait tochtli, qui signifie lapin. Avec ces quatres types, ils groupaient les années jusqu’à treize : et c’est avec ces groupes qu’ils supputaient les âges jusqu’à cinquante-deux ans.
Après avoir parcouru ces quatre stations, les femmes, ayant au milieu d’elles celle qui devait être sacrifiée, passaient le reste de la nuit qui i)i’écédait le supplice à chanter et à danser devant le temple de la déesse A’iïonen. L’hymne que l’on chantait avait été composé en l’honneur de cette divinité. Le jour étant venu, tous les hommes de distinction commençaient à danser, en tenant à la main des cannes de maïs sur lesquelles ils semblaient s’appuyer. Ces cannes portaient le
1. Hexalli, sable, et aijfMia, entrer, lixpression figurée pour iudiquer que la victime allait bientôt succomber.
2. Sans doute pour Alenxicalcan, de alenlli, rivage, et xîcalli, vase, avec can, suffixe de noms de lieu.
.1. Lieu voisin de Mexico et situé sur un cours d’eau du même nom.
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nom de totopanitl'. Les femmes dansaient, de leur côté, avec celle qui devait être sacrifiée. Elles avaient les jambes et les bras couverts de plumes rouges, le visage teint enjaune, du bas du menton jusqu’au nez, et les joues leinles en rouge ainsi que le front. Elles portaient des guirlandes et des enfilades de la fleur jaune appelée cempoalxochitl. Celles qui tenaient la tête et guidaient la danse se nommaient ciuatlamacazque; elle faisaient le service des temples et vivaient dans leurs couvents. Les hommes continuaient à danser, mais ils ne se tenaient pas avec les femmes, parce que celles-ci se groupaient ensemble autour de la victime, en se livrant au chant et à la danse. On jouait pour elles d’un teponazlli ç\m n’avait qu’une langue en haut et une autre en bas. Celle-ci était liée à une écuelle, qui était pendante, et, de cette manière, l’instrument sonnait bien mieux que lorsqu’il a deux langues à la partie supérieure et aucune vers le bas. Ce teponazlli s’appelait teconiapiloa’^ . Celui qui en jouait le portait sous l’aisselle, car il était façonné pour occuper cette place. Les gentilshommes qui dansaient se tenaient devant les autres. Ils ne faisaient pas les figures en usage dans les areytos, mais quelque chose ressemblant aux danses de la Vieille-Castille, dans lesquelles les danseurs, pris ensemble, dansent en serpentant. Les ministres des idoles dansaient aussi, au son du même teponazlli et en jouant eux-mêmes de leurs cornets et de leurs conques marines. Lorsque les satrapes, en faisant leur tour, venaient à passer devant la déesse Xilonen, ils répandaient de l’encens sur leurs pas. Celui qui devait donner à la femme le coup mortel était déjà couvert de tous ses ornements. Il portait sur le dos un beau plumage qui sortait des serres d’un aigle, au bout d’une jambe factice de ce rapace. Un autre ministre se tenait devant, avec la planche aux grelots dont nous avons déjà parlé. Quand on était arrivé au temple du dieu Cinleotl, où la femme devait mourir, le satrape qui portait cette planche, appelée chicauaztli\ s’arrêtait, l’élevait droite devant elle et commençait à faire grand bruit, en la mettant en mouvement dans tous les sens; il semait en même temps de l’encens sur le sol. C’était au milieu de ces manœuvres qu’on faisait monter la femme jusqu’au haut du temple. Là, l'un des satrapes la prenait sur lui dos à dos; un autre survenait qui lui coupait la. tête. Immédiatement après, il lui ouvrait la poitrine et lui arrachait le cœur qu’il jetait dans une écuelle.
Ce sacrifice étant consommé en l’honneur de la déesse Xilonen, tout le monde avait la permission de manger des épis verts de maïs, du
1. De totoll, oiseau, et panitl, bannière, drapeau probablement orné de plumes.
2. « Pendu comme un vase »; de tecomall, pot, tasse, el piloa, suspendre, attacher.
3. Il faudrait lire : ayacach icaualiztli. Voy. la note 2 de la page 107.
pain qui en était fabriqué et des liges de la même plante. Personne n’aurait osé manger de ces substances avant le sacrifice. A partir de ce moment, ils mangeaient aussi des blettes vertes bouillies et ils avaient la faculté d’aspirer le parfum des fleurs appelées cempoalxochitl, ainsi que d’autres qui portaient le nom d'yexochitl'. 11 se faisait aussi, dans cette fête, un areyto composé de femmes vieilles, jeunes et enfants, auquel aucun homme ne prenait part. Elles étaient toutes arrangées comme pour un jour de fête : les jambes et les bras couverts de plumes de perroquets rouges , et le visage fardé d’une couleur jaune mêlée de marcassite. A cette occasion, tout le monde consommait des tamalli qu’on appelait xocotamialli. Chacun faisait également des offrandes à ses dieux dans le domicile, et les vieillards, hommes et femmes, buvaient du pulque, tandis que les jeunes hommes elles jeunes filles en étaient privés. Si quelques-uns de ceux qui n’en avaient pas la permission se permettaient d’en boire, on s’emparait de leur personne et les juges du tribunal les envoyaient en prison. Certains d’entre eux étaient condamnés à la peine de mort pour avoir bu du pulque, sans qu’il fût possible d’en appeler de cette sentence. On leur donnait la mort devant tout le peuple assemblé. Afin que cela servît d’exemple aux autres et que tout le monde en fût effrayé, les juges conduisaient les coupables les mains liées à la place du marché. Là, ils parlaient au peuple en disant que les vieillards seulement devaient boire du pulque. Leur discours étant fini, on assommait les condamnés d’un coup de bâton sur la nuque. Ceux qui faisaient l’office de bourreaux en ces circonstances s’appelaient quavhnochtli, eçuauacaü, tiçacauacatl^ tezcacauacatl, maçatecall, atempanecafl^. Ils n’appartenaient point à la classe des hauts dignitaires, mais bien à celle des prolétaires appelés achcacauhtin K Ce n’était pas l’élection publique, mais un ordre supérieur qui les appelait à cet ofiice, pour lequel on exigeait seulement que ceux qui le remplissaient fussent braves, courageux et de bon maintien. Ceux qui voyaient exécuter cet acte de justice y puisaient un motif de crainte et en profitaient comme d’un exemple, s’ils étaient prudents et sages. Mais ceux qui n’étaient que sots et empreints de folie ne savaient qu’en rire et se moquer de ce qu’on en disait. Ils ne faisaient aucun cas du châtiment et de l’admonestation, n’ayant nulle crainte de la mort. Quoi qu’il en soit, l’exécution étant faite, les assistants commençaient à s’éparpiller