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CHAPITRE XXVIII

UE LA FÊTE ET DES SACRIFICES QUE l’ON FAISAIT AUX CALENDES UU NEUVIÈME MOIS APPELÉ tlaxochimaco.

Le neuvième mois portait le nom de tlaxochimaco. Deux jours avant cette fête, tout le monde s’en allait aux champs et aux plantations de maïs chercher des fleursde toute espèce, sylvestres etde campagne, dont quelques-unes s’appelaient acocoxoc/u7¿, uilzitzilocoxochül, tepecempoalxuchill, nextamalxochitl, tlacoxochitl, oceloxochill, cacaloxochill, ocoxochitl, ayacoxochitl, quauheloxochitl, xiloxoclâtl, tlaccacaloxochUl, atlacueçonan, tlapalatlocueçonan , atzatzamulxochitl' . Quand ils avaient cueilli une assez grande quantité de fleurs, ils en apportaient la provision au temple, pour y faire la fête. On les y laissait toute la nuit et, au point du jour, on les enfilait avec du fil d’aloès. ün faisait ainsi de grosses cordes tordues et fort longues, que l’on tendait .'dans la cour du temple, en la présence du dieu que l’on devait fêter. La veille de la fête, dans l’après-midi, tous les gens du peuple s’occupaient à fabriquer des tamalli, à tuer des poules et des petits chiens, que l’on plumait ou flambait, et à faire toutes choses enfin dont on avait besoin pour le jour suivant.

Ün passait toute la nuit sans dormir, occupé qu’on était à préparer toutes choses. Le lendemain de bon matin, jour de la fête de Uitzilopochtli, les satrapes faisaient à cette idole l’ofi'rande de fleurs, d’encens et de vivres, prenant soin au surplus de la parer de guirlandes de roses. Après qu’on l’avait ainsi couverte de fleurs et qu’on lui avait fait l’offrande d’un grand nombre d’entre elles, remarquables par la beauté de leur forme et par leurs parfums, on s’en allait dans tous

1. Quelques-unes de ces plantes ou fleurs sont décrites ou indiquées dans le livre XI, chap. VII et vni. Il n’est parlé ici que de celles qui y ont été omises ; acoeoxochül, de aco, haut, et ocoxochül) — uüzüzüocoxochill , de uüzüzüin, oiseau-mouche, et ocoxochitl; Kingsborough et Hernandez donnent uitzilzilxochiCl que le dernier traduit origanina ; — tepecempoalxochül, de lepell, montagne, et cempoalxuchill, œillet d’Inde; — nextamalxochül, de nexlamalli, tamal cendré; — oceloxochill, de ocelotl, tigre; Hernandez l’appelle encore teyolchipauac, herba lælificans ; — ayacoxochitl, de ayacolli, faséole, fève, et xochitl fleur; les deux textes portent ayocoxochül ; — tlaccacaloxochUl, de tlactli, torse, corps de l’homme, et cacaloxoçhill ; — atlacueçonan, nénuphar ; — llapalatlacueçonan, de tlapalli, noir, et atlacueçonan; — atzatzamulxochitl, de atzatzamulli etxochill.

les temples faire de même pour les autres divinités. Ün prenait des soins analogues dans toutes les maisons des seigneurs et des principaux personnages, en parant de fleurs les idoles que chacun d’eux possédait et en en parsemant le sol en leur présence. Les gens du peuple suivaient la même pi'atique dans leurs logis. Cela étant fait, on se mettait à boire et à manger chez les petites gens comme chez les grands et moyens personnages. A midi' commençait un areyto solennel dans la cour du temple de Uitzilopochlli. Les vaillants hommes de guerre, connus par les noms à’olomin et de quaquachictin, guidaient la danse , et après eux en venaient d’autres nommés tequiuaque^ , ensuite les telpochiaque* , plus loin encore les tiachcauan ’ et enfin les adolescents qu’on appelait telpopochlin. Des femmes prenaient part à la danse ; c’étaient des filles publiques. On avançait en se tenant par la main, tantôt un homme entre deux femmes, tantôt une femme entre deux hommes, ainsi que cela se fait parmi le peuple dans les bals de la Vieille-Castille, et l’on dansait en rond en chantant. Ceux qui jouaient des instruments et ceux qui guidaient les chanteurs se tenaient ensemble près d’un autel rond appelé momoztli. Dans cette danse, ni les pieds, ni les mains, ni les têtes, ne se livraient à aucun mouvement particulier ; on ne faisait pas de tour sur soi-même; le pas était simple et lent, suivant la mesure des chants et des instruments. Personne n’osait ni faire du bruit, ni traverser l’espace dans lequel on dansait. Tous les danseurs portaient la plus grande attention à ne pas interrompre l’accord avec les grands guerriers qui se tenaient à la tête. Ceux-ci passaient le bras sur la taille des femmes en les tenant comme embrassées; mais les autres, de rangs moins élevés , n’avaient pas la liberté de le faire. Vareyto finissait au coucher du soleil et chacun s’en allait chez soi. Tout le monde se livrait à cette même cérémonie dans les maisons, en présence des dieux. Il se produisait un grand bruit dans la ville, à cause des chants et de la musique qu’on faisait dans chaque famille. Les vieillards, hommes et femmes, buvaient et s’enivraient. Les uns se disputaient à grands cris entre eux; d’autres se vantaient des hauts faits de leur jeunesse.

Ici finit le récit de la fête qu’on appelait tlaxochimaco'^.

1. Pluriel de tequiua, qui prend soin ou a charge; de lequill, office, tâche.

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