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CHAPITRE XXX

DE LA FÊTE ET DES CÉRÉMONIES QUI SE FAISAIENT AUX CALENDES DU ONZIÈME MOIS APPELÉ OChpaniZlU .

On appelait le onzième mois ochpanizlU. Les cinq premiers jours, on ne faisait rien relativement à la fête. Mais après ce délai, c’est-à-dire quinze jours avant la fête, les Indiens commençaient une danse appelée wemai/aæo*, qui durait huit jours. Ils se formaient en quatre rangs et dansaient ainsi sans chanter, faisant tous leurs mouvements en silence et portant aux deux mains des fleurs qu’on appelle cemjioateo chül, non arrangées en bouquets, mais adhérentes à leurs rameaux. Quelques gamins tracassiers, pendant que tout le monde gardait le silence, accompagnaient par des murmures de la bouche la musique de Vatabal, au son duquel on dansait. Leurs pieds et leurs bustes ne marquaient aucune figure; les mains seulement se haussaient et s’abaissaient, à l’unisson de l’instrument, en ayant soin d’observer la mesure de façon que personne ne se mût au revers de son voisin. Ce bal commençait dans l’après-midi et s’achevait au coucher du soleil. Cela durait huit jours, après lesquels les femmes médicaslres, jeunes et vieilles, entreprenaient une escarmouche en se partageant en deux groupes égaux. Cela se passait devant la femme qui devait mourir dans cette fête, afin de l’amuser et empêcher qu’elle fût triste et pleurât ,

1. Impersonnel signifiant ; on lève, tous lèvent les bras; de mallaça, jeter, remuer les mains, les bras [maill).

HISTOIRE DES CHOSES

car on regarclail comme de fort mauvais augure sa tristesse et ses pleurs. On prétendait y voir le signe qu’un grand nombre de soldats mourraient dans la guerre ou que plusieurs femmes succomberaient à la suite de couches. Dans ce combat simulé cette pauvre femme, qu’on disait être l’image de la mère des dieux (à laquelle on dédiait cette fête), faisait la première attaque contre le groupe opposé. Elle était accompagnée de trois vieilles qui se disaient ses mères, qui ne s’éloignaientjaniais d’elle et qui s’appelaient dwa, Tlauiiec(¡ui et XoquauhtUK Le combat consistait à se lancer des boules faites de ces filaments qui poussent sur les arbres, ou bien de feuilles de roseaux, de raquettes de cactus ou de Heurs jaunes appelées cempoalxocliill. Elles avaient toutes une ceinture d’oii pendaient de petites calebasses pleines de la poudre d’une herbe appelée yietl. L’un des groupes courait sur l’autre en l’attaquant, celui-ci courait à son tour sur le premier et, après un certain nombre de retraites et d’attaques faites de la sorte, l'escarmouche finissait, et l’on conduisait au lieu où elle était gardée la femme destinée à mourir.

On nommait cette malheureuse Toci, c’est-à-dire notre aïeule, nom qu’on donnait à la mère des dieux, en l’honneur de laquelle elle devait être sacrifiée. Ce simulacre de combat se faisait pendant quatre jours, après lesquels on conduisait cette pauvre femme promener sur la place du marché, en compagnie de toutes les guérisseuses, et l’on disait que c’était pour qu’elle prît congé de cette place, puisqu’elle ne devait jamais y revenir. A son retour du marché, elle était reçue par les satrapes de la déesse Chicóme coati, qui l’entouraient, tandis qu’elle répandait de la farine de maïs partout où elle passait, comme pour prendre congé du marché. Les ministres laconduisaient ainsià l’établissement où elle était attendue, qui était près du temple où elle devait recevoir la mort. Elle y était consolée par les guérisseuses et les accoucheuses qui lui disaient : « Ne vous chagrinez pas, belle amie; vous passerez cette nuit avec le roi; réjouissez-vous donc. » On ne lui laissait point comprendre qu’on devait la tuer, parce que sa mort devait être, pour elle, soudaine et inattendue. On la couvrait des ornements de la déesse Tociet, à minuit, on la conduisait au temple où elle devait mourir. Pendant le trajet, personne ne parlait ni ne toussait et, quoique tout le peuple fût là, on gardait un profond silence. Quand on était arrivé au lieu où on devait lui donner la mort, un des assistants la prenait sur son dos, on lui tranchait lestement la tête et, toute

1. Aua, maîtresse de l’eau [aü) ; — Tlauitecqm, qui frappe, égrène les choses ; du verbe uitequi, battre, frapper; — Xoquaahlli, aux pieds d’aigle, dexnll usité en composition; «o.ro, mon pied, ma Jambe, et qiiaiihlH, aigle.

DE DA NOUVELLE-ESPAGNE

chaude encore, on l’écorchait. Un des satrapes se revêtait de sa peau; on l’appelait leccizquacuilli K On choisissait pour cela le satrape le plus haut en taille et le plus renommé pour sa vigueur. Le premier point du corps qu’on écorchait était la cuisse de la victime. Ce morceau de peau était apporté à son fils Cinteotl, qui était dans un autre temple et on l’en hahillait.

Lorsque ce satrape s’était revêtu de la peau de la victime, il allait se joindre à son fils Cinteotl; mais bientôt il se levait, aux chants du temple, et il descendait précipitamment, suivi de quatre personnes qui avaient fait vœu d’être à son service. Ils se plaçaient, deux à sa droite et deux à sa gauche, tandis que quelques-uns des satrapes les suivaient par derrière. Des personnages de rang élevé et des guerriers qui l’attendaient, après s’être présentés devant lui comme pour l’inviter à les poursuivre, commençaient aussitôt à fuir avec la plus grande précipitation. Ils tournaient de temps en temps la tête en frappant sur leurs boucliers, comme pour le provoquer au combat, et ils recommençaient aussitôt leur fuite précipitée. Tous ceux qui voyaient ce spectacle étaient saisis de crainte et tremblaient à la vue de ce jeu qu’on appelait cacacalli^, parce que tous ceux qui simulaient la fuite portaient à la main des balais de chiendent ensanglantés. Celui qui était revêtu de la peau de la femme morte, ainsi que ceux qui l’accompagnaient, se mettait à la poursuite des fuyards qui s’efforçaient de leur échapper, parce qu’ils en avaient grand’peur. En arrivant au pied du temple de Uitzüopochtli, le porteur de la peau de la victime levait les bras en croix devant l’idole de ce dieu et répétait quatre fois cette manœuvre. Après cela, il revenait à l’endroit où se trouvait la statue de Cinteotl, fds de la déesse Toci dont il était le représentant. Ce Cinteotl était un adolescent qui s’était fait un masque avec la peau de la cuisse de la femme sacrifiée. Il se joignait à sa mère*. Ses insignes consistaient en ce morceau de peau embrassant la tête, et en un chaperon, tissu de plumes, adhérent à un vêtement qui avait ses manches et son corsage et qui était également tissu de plumes. Le sommet de ce chaperon, s’allongeant en arrière, se terminait pariine couronne au milieu de laquelle s’élevait comme une crête de coq. Cette coiffure portait le nom de itztlacoliuhqui‘‘,ce qui veut dire dieu de la gelée. Sa mère et lui s’en allaient ensemble très lentement au temple de Toci où la femme avait été sacrifiée. Le représentant de cette déesse, celui-là même qui était revêtu de la peau morte, s’introduisait dans le temple.

1. De tecciztli, grand coquillage (locution figurée), et quacuiUi, qui prend la tête.

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