‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 118 sur 704 · Notre mère de IxiUan · texte numérisé non relu

Notre mère de IxiUan

3. Cette nation considérable fut longtemps barbare, habitant les cavernes et vivant du produit de la chasse, au nord-ouest de l’Aiiahuac. Ce fut au XV' siècle seulement que ces tribus sauvages reconnurent l’autorité des souverains d'Acolhuacan, sans abandonner tontà-fait leur grossièreté primitive. Elles continuèrent surtout à se distinguer par leur langage dont la rudesse et l’aspiration des sons ont toujours été d’une extrême difficulté poulies autres peuplades. Les Otomis occupèrent plusieurs localités dans l'Anahuac; mais il n’y curent que des industries fort ordinaires et basses. Aujourd'hui encore ils sont à part et ceux qui vivent à Mexico n'ont guère d’autre condition que celle de charbonniers.

4. « Lieu où il y a des chacals »; de coijoll uni à can, suffixe de noms de lieu. Ville située au nord de Mexico.

UE LA NOUVELLE-ESPAGNE

prises. Ceux qui avaient réussi à s’emparer personnellement de quelques quadrupèdes voyaient leur agilité et leur hardiesse récompensées par le don de mantas et de choses à manger.

La battue étant finie, les chasseurs s’en retournaient chez eux et ils pendaient dans leurs domiciles les têtes du gibier qu’ils avaient emportées. Au sixième jour de cette fête, que l’on appelait racapanqiiixoa, on distribuait les ornements en papier aux esclaves qui devaient être sacrifiés en l’honneur des dieux Tlamatzincatl et Izquitecatl. C’étaient les marchands de pulque, et particulièrement les fournisseurs de Moteuhçoma, qui faisaient l’acquisition de ces esclaves pour les immoler aux dieux susdits. Deux autres esclaves que l’on tuait en l’honneur du dieu Mixcoatl et de sa femme Coatlicue, étaient achetés par les calpixque. Outre les autres hommes que l’on sacrifiait à Tlama- Izincatl, on tuait un grand nombre de femmes auxquelles ou donnait le nom de Coatlicue en les qualifiant d’épouses de Tlamatzincatl et à' Izquitecatl. Ces malheureuses étaient également ornées de leurs papiers. Le grand jour de la fête étant arrivé, c’est-ti-dire le dernier jour du mois, on menait à la promenade tous ceux qui devaient mourir en leur faisant faire le tour du temple, et, dans l’après-midi, on les conduisait à l’endroit même où ils devaient recevoir la mort. Ils faisaient en procession le tour du billot des sacrifices et on les faisait ensuite redescendre pour les conduire au calpulco où on les obligeait à veiller toute la nuit. A minuit ou au lever du jour, on leur coupait les cheveux du haut de la tête, devant un foyer allumé, et ces malheureux esclaves jetaient aux flammes leurs pauvres hardes consistant en une banderilla ûq papier, une mante et une ceinture. Quelques-uns y ajoutaient ce qui leur restait encore de roseaux à fumer et les coupes qui leur servaient à boire. Les femmes aussi brûlaient toutes leurs hardes, leurs parures, leurs petits nécessaires, leurs fuseaux et leurs instruments à tisser. Elles sacrifiaient elles-mêmes toutes ces petites misères qui leur appartenaient, dans la croyance que tout cela leur serait rendu dans l’autre monde après leur mort, Voilà ce qu’on faisait dans la veillée. A l’aurore du jour de la fête, on ornait ces malheureux avec les papiers qui devaient les accompagner à la mort et on s’empressait de les conduire au lieu du sacrifice. Deux jeunes gens offraient leurs bras à chacun d’eux pour l’empêcher de tomber en faiblesse, et deux autres jeunes hommes s’employaient ensuite à descendre son cadavre. Dans le trajet, on déployait un drapeau de papier devant chaque victime et pour chacune d’elles se renouvelait le même accompagnement. En montant les marches du temple, on portait quatre captifs devant tous les autres, après les avoir attachés des pieds et des mains dès leur arrivée aux premières

HISTOIRE DES CHOSES

marches au point appelé Apetlac. Chacun d’eux était porté par quatre hommes qui le tenaient par les pieds et les bras en lui tournant la face vers le ciel. A peine arrivés, ils étaient mis sur la pierre, leur poitrine ouverte et leur cœur arraché aussitôt. On les montait ainsi attachés pour donner à entendre qu’ils étaient comm.e des cerfs que l’on portait au sacrifice.

Les autres esclaves marchaient d’eux-mêmes à la mort. Lorsque tous étaient sacrifiés, on tuait celui qui était la représentation ou l’image du dieu Mixcoall; car chacun recevait la mort dans le temple qui lui correspondait. Aussi ceux qui appartenaient à Tlamalzincall étaient-ils sacrifiés au temple de ce dieu. C’est à ce temple qu’ils montaient et c’est sur sa pierre qu’ils recevaient la mort. Les femmes étaient sacrifiées avant les hommes dans un autre temple appelé Coatlan, Lorsque ces malheureuses en montaient les marches, les unes chantaient, d’autres poussaient des cris, d’autres encore versaient des pleurs. Quelques hommes les soutenaient de leurs bras pour les empêcher de tomber en faiblesse. Après leur mort, on ne lançait pas leurs coi’ps par les degrés du temple, mais on les aidait à rouier peu à peu. En bas, deux vieilles femmes, appelées teixamique', se tenaient près du lieu où l’on avait coutume de déposer les têtes. 11 y avait à côté d’elles quelques écuelles pleines de tamales et une autre remplie de sauce de molli. Les corps des victimes étant descendus, on les apportait devant les vieilles qui mettaient dans la bouche de chacun d’eux quatre petits morceaux de pain trempés dans la sauce et elles leur aspergeaient le visage avec des feuilles de roseaux mouillées dans l’eau claire. Après cela, les têtes étaient coupées par ceux qui avaient mission de le faire et on les fixait à des perches qui étaient passées dans des poutres à la manière des lances dans leur râtelier. Ainsi finissait la fête et chacun s’en allait chez soi.

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