CHAPITRE XXXn
DE LA FÊTE ET DES SACRIFICES QUE L’oN FAISAIT AUX CALENDES DU QUINZIÈME MOIS APPELÉ panquetz-ulizlli.
On ajipelait le quinzième mois panquetzaliziU. Bien longtemps avant > d’y arriver, les satrapes et les ministres des idoles, jiar respect pour
1. « Qui désirent ou mouillent la figure des gens »; de ijclli, visage; en composition ; nix (pour no-ix), mon visage; leix, le visage, la tête de quelqu’un, et amicjui, désirer, avoir soif,
la fête qui y était célébrée, faisaieni quatre-vingts jours de pénitence. Ils allaient orner de rameaux tous les oratoires et tous les reposoirs d’idoles des montagnes. Ils commençaient ces cérémonies un jour après la fin du mois à'ochpanhlli. Ils allaient le corps nu, toutes les vingt-quatre heures, placer leurs rameaux, à minuit, même en des lieux éloignés, jusqu’à ce qu’on arrivât au présent mois de pnnquetzalizlli. Ils choisissaient pour ces ornements des roseaux verts et des feuilles de maguey. Ils marchaient en sonnant du cor et des conques marines et en souillant dans leurs sifflets, variant leur musique en passant de l’un à l’autre de ces instruments. Aussitôt que le mois de quecholli précédent était fini, tout le monde commençait à danser et à chanter. Le chant en l’honneur de Uitzilopochtli s’appelle tlaxoteciiyotl'-. On l’entonnait au commencement de la nuit, pour ne cesser qu’au moment où l’on appelait à matines. A cette occasion, les femmes chantaient et dansaient en se mêlant aux hommes. Neuf jours avant qu’on sacrifiât ceux qui devaient mourir, on les baignait dans l’eau d’une fontaine appelée UüziiatP, qui se trouve près du village de Uitzilopochco^. C’étaient les vieillards des quartiers qui allaient la chercher dans des cruchons neufs bouchés avec des feuilles de l’arbre qu’on nomme aueuetl*. En arrivant à l’endroit où étaient les esclaves qui se tenaient devant le temple de Uitzilopochtli, on jetait à chacun d’eux, hommes et femmes, un seau d’eau sur la tête, par-dessus les vêtements qu’ils portaient. On leur enlevait ensuite leur habillement trempé d’eau, on les parait avec les papiers qui devaient les accompagner à la mort et on leur teignait en bleu clair les bras et les jambes. On y faisait ensuite des rayures avec de la brique et on leur peignait le visage en bandes transversales alternativement bleues et jaunes. On leur traversait en même temps le nez avec une petite flèche à laquelle on ajoutait un demi-cercle qui pendait jusqu’en has. On leur plaçait sur la tête une sorte de coiffure ou couronne faite avec de petits roseaux attachés ensemble, au-dessus de laquelle s’élevait un faisceau de plumes blanches, qui étaient de couleur jaune pour les femmes. Quand ils étaient ainsi parés au pied du temple de Uitzilopochtli, on les faisait passer devant le calpulli et chaque maître d’esclave emmenait te sien dans sa maison. Lorsqu’ils y arrivaient, on leur enlevait les papiers dont ils étaient couverts pour les enfermer
1. « La gloire est lancée ; »de tlaxo, passif de llana, poser, établir, lancer, etc,, et lecuijoH, dignité des grands, renommée, illustration.
2. De uüzilzilin, oiseau-mouche, et ail, eau ; pour rappeler sans doute que cette source était consacrée au dieu Uilzilopochlli.