NOTA
La signature île Fray Bernardino île Saliagun, que nous donnons ici, de même que celles de Fiay Toriljio de Motolinia et de Bernai Ltiaz del Castillo, reproduites précédemment, a été prise sur la collection espagnole puljliée par les soins du Mhiislerio de Fomento, de Madrid, sous le litre de Cartas de Indias (1877).
Le choix de ces trois signatures, parmi tant d’autres que ect estimable ouvrage renferme, n’a pas été dicté par le hasard. Celle de notre auteur d’abord nous était bien naturellement inspirée par l’ouvrage même dont nous donnons ici la version.
Celle de Fray Toribio Motolinia a été destinée par nous à prouver que le moine de Benavente avait indubitablement fait usage comme signature du nom de Motolinia, dont l’origine a été précédemm nt expliquée dans notre introduction.
Quant à la signature de Bn-nal Diaz del Castillo, il était naturel que l’un de nous, qui ne l’avait pas eue à sa disposition quand il publia sa traduction de la Chronique de cet auteur, fût pris du dé^irdcla faire ligurer dans le présent livre. Il avait pour cela non seulement ses bien naturelles sympathies pour le vieux chroniqueur, mais une autre raison encore: celle de dissiper la croyance de ceux qui pensent avec un auteur anglais que cet historien de la conquête s’appelait Diez et non pas Diaz. La double signature que nous avons donnée dit bien c’airement Bernai Diaz del Castillo. Elle est prise sur deux lettres écrites, de Guatemala, au roi d’Espagne en 1552 et 1558.
Les signatures de Fray Toribio de Motolinia et de Fray Bernardino de Saliagun sont de rannee 1552. Nous avons eu sous les yeux un manuscrit de Saliagun écrit vingt années plus tard. Sa signature était parfiitcmeiit en rapport avec ce qu’il dit dans la préface du présent ouvrage, car elle indique qu’à cette époque ce vénérable auteur souffrait d'un tremblement notable de la main droite, indisposition qui n’existait évidemment pas en 1552, année de la présente signature.
rRÉFAGE DE L’AUTEUR
Tous les auteurs s’efforcent de donner le plus d’aulorité possible à ce qu’ils écrivent. Les uns s’appuient, pour y parvenir, sur des témoins dignes de foi; d’autres en appellent à des écrivains antérieurs dont le crédit passe pour irrécusable; quelques-uns, enfin, demandent leur force aux Saintes Écritures. Quant à moi, j’ai été privé de tous ces secours pour donner de l’autorité aux douze livres, dont mes écrits se composent, et je n’ai d’autre ressource, pour leur mériter quelque crédit, que de faire ici l’aveu du soin que j’ai pris et des démarches auxquelles jeme suis livré pour assurer toute garantie de vérité à ce que mon œuvre renferme. Ainsi queje l’ai dit dans un autre prologue*, c’est pour obéir aux ordres de mon prelado mayor que j’ai dû décrire en langue mexicaine ce qui me paraîtrait devoir être le plus utile au dogme, à la pratique et à la durée du christianisme parmi les natifs de la Nouvelle-Espagne, et qui serait, en même temps, le plus propre à servir d’appui aux ministres et collaborateurs qui sont chargés de les instruire. Aussitôt ces ordres reçus, je fis, en langue castillane, une note de toutes les matières dont j’aurais à traiter dans mes douze livres, dans les apostilles qui les accompagnent, et dans les cantiques qui les suivent. Je posai ces premiers jalons dans le village de Tepepulco^ dépendant de la province à’ Aculhuacan'^ ouTetzcuco. Voici, du reste, comment je procédai.
Je fis assembler les principaux personnages du lieu autour du ca-
1. Sahagun fait figurer en tête du deuxième livre de son manuscrit, en qualité de proio^ite, ce que nous plaçons ici-même avec le titre de préface de l’ouvrage entier. Les explications qu’on y lit justifient pleinement cette conduite. En l’adoptant, du reste, nous ne faisons qu’imiter l’éditeur Bustainante qui en a eu la pensée et l’a exécutée avant nous.
2. Lieusitué au N.-E. de Tetzcuco, sur les hauteurs qui dominent la vallée de l’Anahuac; de là son nom «sur la grosse montagne », de l’augmentatif tepepol, mont élevé, uni à la postposition CO, qui sert de suffixe à beaucoup de noms de lieu. Plus loin, Sahagun. indique une élévation dans le lac de Tetzcuco, appelée aussi Tepepulco. Voy. ci-après, livre II, chap. XX.
3. Plusieurs localités ont porté le nom de Colhuacan ou Culhuacan qui, littéralement, signifie -.«pays où il y a des aïeux, ou des choses courbes»; Acolhuacan, formé de atl, eau, et de Col/iuacan, désignerait ici le Colhuacan à\i bord de l’eau; Uei Colhuacan, c’est-à-dire grand Colhuacan, que l’on place en Californie, est le lieu d’où seraient venues les tribus aztèques.
HISTOIRE DES CHOSES
ciqiie qui s'appelait Diego de Mendoza, vioillard considérable, très habile et rempli d’expérience dans les choses qui touchaient à l’administration, à la guerre, à la politique et même au culte des idoles. J’exposai devant eux ce que je me proposais de faire et je les priai de me fournir quelques personnes intelligentes et d’expérience avec lesquelles je pusse entrer en communication, et qui fussent aptes à me satisfaire en tontee que je pourrais leur demander. Il me fut répondu qu’ils parleraient entre eux de ma demande, et que la réponse me serait donnée le jour suivant. Cela dit, ces personnages prirent congé de moi. Ils revinrent le lendemain et, après une conférence à laquelle ils donnèrent tout l’apparat qui est dans leurs habitudes, ils me nommèrent dix ou douze vieillards recommandables, ajoutant que je pouvais entrer en communication avec eux, et que très certainement ils m’instruiraient sur tout ce qui leur serait demandé. Là se trouvaient aussi quatre hommes instruits dans les lettres latines, auxquels moi-même, quelques années auparavant, j’avais donné des leçons de grammaire, à Tlatelolco\ dans le collège de Santa Cruz. Pendant deux ans je m’abouchai souvent avec ces personnages et ces grammairiens, en suivant l’ordre que j’avais marqué dans mes notes. Ils me dessinèrent en couleurs ce qui faisait le sujet de nos explications (car c’est ainsi qu’ils en usaient autrefois), et les grammairiens s’expliquèrent en leur langue, en écrivant au-dessous de la peinture- Je possède encore tous ces manuscrits originaux. Ce fut en ce même temps que je dictai les apostilles et les cantiques; les lettrés les écrivirent dans le village même de Tepepulco.
Lorsque je me présentai au Chapitre où le père Francisco Toral, aux ordres duquel j’obéissais, accomplissait son hebdomade, on mit fin à ma résidence de Tepepulco^ d’où j’emportai tous mes écrits. Je fus vivre à Santiago de Tlatelolco. Là, réunissant de nouveau les personnages principaux, je leur parlai de mes travaux et je les priai de me signaler les plus habiles du lieu pour que je pusse parler avec eux et leur soumettre ce que j’avais déjà rédigé à Tepepulco. Le gouverneur et les alcades me nommèrent huit ou dix Indiens fort instruits dans leur langue et en tout ce qui concernait les choses anciennes
1. Tlatelolco ou Tlalilulco, quartier N.-O. de la ville de Tcnochllilanou Mexico, était le .centre du commerce; aussi fait-on dériver son nom de llatelli, tréteau, banc de vente, ou bien encore de llalia, brûler, i)arce que ce lieu aurait été réservé à la combustion des cadavres. Torquemada dit que de son temps on y pendait les malfaiteurs {Mon. indiana, liv. III, chap. xxiv). Les commerçants, formant une noblesse puissante etredoutable, constituèrent^ à Tlatelolco, une souveraineté qui, de 1379 à 1473, compta 4 princes ; Quaquauhpilzauac, Tlacaleotl, Quauhtlalohuatzin et Moquihuix. Ce fut le monarque mexicain Axayacall qui soumit Tlatelolco. On trouvera plus loin une notice sommaire du règne de ces princes. Voy. Livre YllI.
DE L.i NOUVELLE-ESPAGNE.
de leur pays. Je leur adjoignis quatre ou cinq collégiens qui parlaient les trois langues, et, pendant plus d’une année, nous enfermant dans le collège, nous modifiâmes ce que j’avais déjà écrit à Tepepulco el nous en fîmes une nouvelle copie, d’une fort mauvaise écriture, parce que nous travaillâmes avec beaucoup de hâte. Celui qui se fit le plus remarquer par sa collaboration dans cette enquête, ce fut Martin Jacobita, qui était alors recteur du collège et domicilié à Tlatelolco, dans le faubourg de Santa-Anna. Cela étant fait, je fus résider à San- Francisco de Mexico en compagnie de mes manuscrits. Là, pendant trois ans, je m’occupai seul à les reviser et à y faire mes corrections, prenant soin de les partager en douze livres, et chacun des livres en chapitres et paragraphes. Après cela, le père Fr. Miguel Navarro étant provincial et le Père Fr. Diego de Mendoza général de notre ordre à Mexico, mes douze livres furent mis au net et copiés, avec une excellente écriture, sous le patronage de mes supérieurs. L’apostille et les cantiques furent également corrigés et bien transcrits. Nous fîmes un petit traité de langue mexicaine auquel nous donnâmes pour appendice un vocabulaire. Les Mexicains prirent soin de corrigei' et d’ajou ter différentes choses à mes douze livres, tandis qu’on s’occupait de les mettre au net. Il en résulte que le premier crible par lequel mon travail passa fut celui de Tepepulco, le second celui de Tlatelolco; celui de Mexico fut le troisième, et [)our eux tous, des collégiens experts dans la grammaire furent mes collaborateurs. Le principal et le plus docted’entre eux fut Antonio Valeriano, habitant d’Azcapulzalco ^, ainsi qu’ Alonso Vegerano, domicilié à Quauhtitlan^, qui n’avait guère moins de valeur que le précédent; un autre encore fut Martin Jacobita, dont j’ai déjà parlé plus haut, auquel il convient d’ajouter Pedro de San Buenaventura, habitant de Quauhtillan : tous très experts dans les trois langues latine, espagnole et indienne. Les copistes qui fournirent leur bonne écriture pour mettre mon travail au net furent Diego Degrado, habitant du faubourg de San-3Iartin, et Mateo Severino, domicilié à Xochimilco^ près d’ülliac.
Quand ce travail fut fini, grâce à la protection des Pères que j’ai nommés plus haut, et qu’on y eut dépensé une somme' d’or assez ronde, l’auteur pria le Père commissaire, Fr. Francisco de Rivera, qu’il fût pourvu à ce que trois ou quatre moines, choisis dans le