CHAPITRE XXXV H
DC LA FÊTE ET DES CÉRÉMONIES QUI SE FAISAIENT AUX CALENDE DU DIX-HUITIÈME MOIS AFPELÉ izCalU.
On appelait le dix-huitième mois izcalli. Au dixième jour, on faisait des tamales de feuilles de blettes finement moulues. Cette fête
1. Impersonnel signifiant : on joue avec le sac, ou petit filet {chichiqualli) .
2. Forme révérentieüe de chichiqualli et de tonan, notre mère, vocatif lonanlzine, par apocope tonanlze.
1)E LA NÛUVELLE-ESPxVGNE.
s’appelait motlaxquian tota^, ce qui veut dire : notre père le feu, fais des rôtis pour notre manger. On fabriquait la statue du dieu du leu avec de petits cerceaux et des bâtons attachés ensemble. On donne à cela le nom de caloliotli'^ , ce qui signifie carcasse ou patron de statue. On lui mettait un masque travaillé en mosaïque avec des turquoises et traversé sur la figure par des bandes horizontales de pierres de chalchiuill, ce qui le rendait très beau et très brillant. On mettait à k. statue une couronne appelée quetzalcomitl-' , faite de plumes riches. Elle était très bien ajustée à la tète à sa partie inférieure, mais elle s’élargissait vers le haut. Les plumes supérieures se tenaient très droites, comme il arrive pour les œillets protégés par des tuteurs et dont les Heurs sont ainsi redressées au-dessus des bois qui les soutiennent. Cette couronne avait également deux ornements en plumes, l’un â droite et l’autre a gauche, s’élevant sur les tempes, en forme de petites cornes tournées en avant et terminées par un bouquet de plumes de quetzalli, qui paraissait sortir de petits vases en forme d’écuellcs minuscules. Ces plum.es ou cornes s’appelaient quamrnacitli'' . Cette couronne portait, au bas de sa partie postérieure, une chevelure blonde qui tombait sur le dos. Les cheveux étaient taillés en bas de manière à avoir partout la même longueur. On aurait dit, du reste, qu’ils sortaient de dessous la couronne et qu’ils étaient naturels.
On parait cette statue d’un ornement en plumes très riches qui, se rattachant au cou et se développant sur la largeur de toute la poitrine, descendait jusqu’aux pieds, et, quoiqu’il les dépassât de ])lus de deux empans en se repliant en avant, le tissu était fait de telle façon que la plus légère brise l’agitait et le soulevait en donnant aux plumes des couleurs variées du plus vif éclat. Cette image reposait assise sur un trône fait d’une peau de tigre qui conservait les pieds, les pattes et la tète à l’état naturel, bien que complètement desséchés. Cette statue, ainsi parée, se trouvait non loin d’un certain endroit placé devant elle, où l’on faisait, à minuit, du feu nouveau destiné à brûler en ce lieu. On se servait, pour cela, de deux morceaux de bois; l’un d’eux étant placé sur le sol, on le frottait avec l’autre comme si on avait voulu le percer en imprimant à celui-ci une rotation violente entre les mains. Le feu s’allumait sous l’impression de ce mouvement et de la chaleur qui en résultait. On l’y prenait avec de l’amadou et on le transportait au foyer.
1. «Moment où notre père fait griller les choses»; du verbe faire cuire, qui
forme l’adjectif lla.vquitl, chose cuite, frite, etc.
2. Kingsborough donne cocoUi, qui signifie œsophage, gosier, tourterelle.
3. De quelzalli, plume verte, et comill, marmite, vase en terre.
4. De quammaül, rameau, branche d’arbre, et citli, lièvre, aïeule.
HISTOIRE DES CHOSES
Le lendemain , au point du jour, les enfants et les jeunes adolescents apportaient le gibier qu’ils avaient pris la veille. Ils se plaçaient en rang et ils passaient devant des vieillards qui se tenaient au seuil du calpulli où se trouvait la statue. Ils offraient les oiseaux de toute espèce qu’ils avaient pris, ainsi que des poissons, des couleuvres et autres reptiles aquatiques. Les vieillards, recevant les offrandes, les jetaient au feu qui avait grandi et brûlait devant la statue. Les femmes et tous les autres habitants s’occupaient à faire une sorte de tamales appelés chalchiuhtamalli\ qu’ils venaient aussi offrir, au point du jour, aux pieds de la statue, ce qui faisait qu’il s’y en trouvait une grande quantité. Lorsque les adolescents venaient offrir leur gibier, ils entraient en rang, faisaient un tour complet du foyer et, quand ils s’en approchaient, d’autres vieillards, qui se trouvaient là donnaient à chacun d’eux un tamal. Ils sortaient ensuite dans le même ordre. Ces tamales portaient aussi le nom de chalchiuhtamalli. On préparait ce manger dans toutes les maisons; on s’invitait mutuellement et on se portait le défi à qui confectionnerait le plus vite ces tamales. Celui qui avait l’avance allait aussitôt inviter les voisins à prendre leur part, afin de se montrer à la fois supérieur en adresse et en prévenance. Le mets que l’on mangeait avec ces tamales consistait en une sorte de crevettes appelées acociltin'^, arrangées dans une sauce qui portait le nom de chalmulmulli. Tout le monde mangeait chez soi ce plat très chaud, sortant du feu. Les enveloppes de feuilles de maïs, qui entouraient les tamales, n’étaient pas jetées au feu quand on les enlevait; on les réunissait toutes ensemble pour aller les jeter à l’eau. Lorsqu’on avait fait ce repas, les vieillards du quartier allaient boire du pulque dans le calpulco où était la statue ; cette boisson s’appelait texcalceuia^. Ils chantaient et buvaient jusqu’à la nuit devant l’image de Xiuhtecutli. Tel est le récit de la fête ({u’on nommait uauhquiltamalqvaliztli'' .
Ce que nous venons de dire se faisait le dixième jour du mois. Au vingtième jour, on dressait de nouveau la statue du dieu du feu, avec des arceaux et de petits morceaux de bois attachés ensemble, ainsi (|u’il est dit plus haut. Lorsqu’elle était finie, on lui mettait un mas- (lue fait de mosaïques avec de petits morceaux de coquilles appelées lapachtli. Le menton, jusqu’à la bouche, était fait de pierres noires du