‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 131 sur 704 · De tezcatl, miroir, eipoclli, fumée · texte numérisé non relu

De tezcatl, miroir, eipoclli, fumée

3. Pluriel de calpule, qui a des oratoires, de grandes salles, etc.

4. De niacucxUt, bracelet, et llaxcalli, pain. C’était, sans doute, de petites couronnes que les enfants pouvaient passer à leur bras.

«Seigneurs qui raclent» (pour extraire le suc du maguey); de chiqai, prétérit chic. pluriel chique, râper, écorcher.

HISTOIRE DES CHOSES

Ces deux cérémonies, qu’on vient de décrire, ne se faisaient pas autre part qu’à Tlatelolco.

Ce mois étant fini, suivaient les cinq jours en excédant sur les trois cent soixante déjà décrits, qui tous, par séries de vingt, sont dédiés à quelque dieu. Mais les cinq jours actuels ne sont consacrés à aucune divinité. Aussi les appclle-t-on nemonterni, c’est-à-dire en excédant et on les tenait pour des journées de malheur. On était dans l’habitude de ne rien faire pendant leur durée. Ceux qui naissaient ces jours-là passaient pour des infortunés et on ne leur appliquait aucun signe.

Pendant trois années consécutives, on faisait ce qu’on vient de dire en ce mois et dans la fête (jui le termine. Mais la quatrième année, qui était la suivante, il était fait bien d’autres choses, ainsi qu’on va voir. On y tuait, en effet, un grand nombre d’esclaves qu’on considérait comme éhuit les images du dieu du feu ; leurs femmes même devaient mourir avec eux. Au dernier.jour du dernier mois de cette quatrième année, à l’aurore, on amenait ceux qui étaient destinés à la mort au temple où ils devaient être sacrifiés . Les femmes vouées à mourir emportaient sur leur dos toutes leurs misérables bardes et leurs pauvres bijoux ; les hommes faisaient de même. Ils n’étaient j)oint parés des papiers (jii’ils devaient avoir à l’heure de la mort. Un individu les portait en avant sur un globe muni d’un trépied d’un ÙQm\-eslado ‘ de hauteur. Ils étaient pendants de ce globe et précédaient ainsi l'esclave qui devait s’en vêtir. Arrivés an temple, où ils devaient mourir, les esclaves, hommes et femmes, s’en paraient à la manière du dieu Ixcoçauhqui , sQ mettaient en rang et montaient à la partie supérieure de l’édifice. Quand ils y étaient parvenus, ils faisaient le tour de la pierre du sacrifice. Us étaient ensuite ramenés en bas et conduifs au calpulco. Là, les papiers leur étaient enlevés et on les enfermait dans un logis où ils étaient gardés avec le plus grand soin. On attachait les liommes avec une corde passée à .la ceinture, dont les gardiens continuaient à tenir un bout lorsque les esclaves allaient uriner, afin d’empêcher qu’ils prissent la fuite. A minuit, on leur coupait les cheveux du haut de la tête devant le feu, et on leur mettait à la place, aux hommes comme aux femmes, un emplâtre de résine surmonté de plumes blanches de poule.

Personne ne dormait cette nuit là. Après avoir brûlé dans le calqjulco leurs misérables hardes et leurs pauvres bijoux, on les enfermait de nouveau. Quelques-uns ne détruisaient pas ainsi leurs vêtements, mais les donnaient à leurs parents. Au point du jour, on parait de

1. Veslado est une mesure équivalant à la taille ordinaire d’un homme.

nouveau, avec leurs papiers, ceux qui devaient mourir, et on les inet' tait en procession jusqu’à ce qu’ils arrivassent au temple oii on allait les sacrifier. Ils y allaient en dansant et en chantant à tue-tête. Ces chants et cette danse duraient jusqu’à midi ; alors un satrape descendait, vêtu des ornements du dieu Paynal. Il jiassait devant ceux qu’on allait immoler et remontait aussitôt au haut du temple. Les captifs le suivaient immédiatement, parce qu’ils devaient en être les premières victimes. Lorsque les captifs étaient morts, on continuait le sacrifice avec les esclaves qui étaient les images du dieu Ixcoçauhqui. Tous étant immolés, venait le tour du très solennel areylo, pour lequel les grands seigneurs et les grands personnages étaient déjà préparés. Il était présidé par le roi lui-même. Ils portaient tous sur la tête une couronne de papier en forme de mitre, à laquelle manquait la moitié postérieure. Ils avaient sur le nez un objet en papier bleu qui représentait aussi une mitre de petite dimension et qui, en descendant, formait, pour ainsi dire, une couronne à la bouche. Ils portaient des oreilles en turquoise de mosaïque. Quelques-uns, qui n’avaient pas les moyens de se les procurer si riches, les remplaçaient par des oreilles en bois avec des Heurs sculptées. Ils se vêtaient d’une jaquette brodée de fleurs de couleur bleue. Un médaillon pendait à leur cou; il était en papier découpé en forme de chien et portant des fleurs peintes. Ils étaient ceints de maxtU se terminant par des bordures noires à extrémités pendantes, et ils avaient aux mains des morceaux de bois taillés en coutelas, teints moitié blanc, moitié rouge : blancs en bas et rouges vers la partie supérieure. De leur bras gauche pendait une bourse en papier pleine de copal. Ce bal commençait au haut du temple, à l’endroit où se trouvait la pierre des sacrifices ; après y avoir dansé un instant, ils descendaient à la cour, en faisaient quatre fois le tour en dansant, mettaient ensuite fin au divertissement et entraient au palais royal à la suite du roi. Ce bal s’appelait neiecuiïoDïo*, parce que personne n’y pouvait danser, si ce n’est le roi et les grands personnages. Il avait lieu seulement tous les quatre ans.

C’était ce jour-là qu’on perçait les oreilles à tous les enfants des deux sexes qui étaient nés dans les trois années précédentes. Cette opération se pratiquait avec un poinçon en os, et on faisait ensuite un pansement avec des plumes de perroquet, c’est-à-dire avec les plus fines, qui ressemblent à du coton et qu’on appelle tlachaioll-, on y ajoutait un peu iXocotzoll. A l’occasion de cette pratique, les pères

1. Impersonnel signifiant ; tous les grands dansent entre eux ; de IccuUi, seigneur, et ilolia, danser.

histoirp: des choses

et les mères des enfants leur cherchaient des parrains et des marraines, c|u’ils appellent oncles et tantes en leur langue, tetla, teaui\ afin qu’ils fussent présents à l’opération du percement des oreilles. Ils faisaient en même temps l’ofirande de la farine d’une graine nommée chian; ils donnaient au parrain une mante brune ou vermeille, et un péplum à la marraine. Quand les enfants étaient opérés, les parrains et marraines les conduisaient autour d’une flamme qu’on avait préparée pour cet objet, acte qui est appelé lustrare en langue latine et que la Sainte Écriture réprouve. On entendait une grande criaillerie d’enfants à propos de cette opération des oreilles. Quand elle était finie, on retournait chez soi. Les parrains et les marraines allaient dîner chez leurs filleuls; on chantait et l’on huvail et, vers le milieu du jour, on revenait au temple en emportant des pots pleins de pulque. Un bal s’engageait, pendant lequel les parrains et marraines portaient leurs filleuls sur leur dos et leur donnaient du pulque à boire dans de très petites tasses. C’est pour cela qu’on appelait cette fête « la saoûlerie des jeunes enfants. » Ce bal durait jusqu’à une heure avancée de l’après-midi. On rentrait ensuite chez soi, pour faire dans la cour des maisons le même areyto, à propos duquel les propriétaires et les voisins buvaient du pulque. On se livrait encore à un autre exercice qui consistait à prendre les enfants par les tempes et à les lever bien haut, dans la pensée que, de la sorte, on les faisait croître; aussi appelait-on cette fête izcalll, ce qui veut dire : croissance.

Voilà le récit de la fête; mais il en peut être fait un autre plus détaillé qu’on va voir plus loin.

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