‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 132 sur 704 · CHAPITRE XXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII

ÜE LA. FÊTE APPELÉE UAUUQUILTAMALQUALIZTLI QUE l’oN FAISAIT LE DIZIÈME .lOl’R DU MOIS DONT ON VIENT DE PARLER, EN l’iIONNEUR DU DIEU IxCOÇmilajui .

Voici un récit moins abrégé de ce même mois. Il commençait le huit janvier et terminait l’année. C’élait pendant sa durée qu’existait l’habitude, dont il a été question plus haut, de manger des tamalli dans les villes, dans les villages et dans chaque habitation. On s’invitait mutuellement à ce repas. Il a été dit déjà que chacun dans sa maison faisait l’offrande de cinq uauhquiltamalli posés sur un plat et qu’on offrait également sur les sépultures un tamal à chaque mort qui y

1. « L’oncle, la tante de quelqu'un » ; de llalli, en composition : nolla, mon oncle, lella, l’oncle de quelqu’un ; et de auül, en composition : naui (pour no-aui), ma tante; etc.

était enterré. Cela se pratiquait avant qu’on en mangeât soi-même ; mais, après cela, on les consommait tous sans rien laisser pour le lendemain, et il est important de considérer que c’était une pratique ou cérémonie religieuse. Lorsqu’on voyait approcher la fête où devaient être sacrifiés les esclaves en l’honneur à’Ixcoçauhqui, dieu du feu, ceux qui par dévotion en avaient acheté quelques-uns dans ce but et les avaient engraissés avec le même soin que des porcs que l’on destine à la table, tenaient fort à les mettre en évidence un ou deux jours avant la cérémonie, et chacun s’ingéniait à revêtir son captif des papiers peints et de tous les ornements qui étaient les attributs de cette divinité. Ils se livraient à cette démonstration dans le but de faire ostentation, aux yeux de tous, de leur richesse et de leur dévotion, pour faire servir celle-ci à l’augmentation de l’autre. Les maîtres qui tuaient ces esclaves s’appelaient tealtiani^, ce qui veut dire : baigneurs, parce qu’ils avaient la coutume de baigner chaque jour avec de l’eau chaude ceux qu’ils destinaient à la mort. On les entourait de ce soin et de bien d’autres pour qu’ils ne cessassent pas d’engraisser jusqu’au dernier jour de leur vie. Aussi leur donnait-on des mets de choix en abondance et chaque propriétaire d’esclave avait l’habitude de lui procurer, pour en être accompagné, réjoui et distrait, une fille de joie qui avait mission de ne pas le laisser tomber dans des pensées de tristesse, afin qu’il pût engraisser. Lorsque cet esclave allait mourir, il faisait cadeau de ses vêtements à cette fille qui lui avait tenu compagnie les jours antérieurs à sa mort.

On appelait donc cette fête izcalli, parce que l’on soumettait les enfants à la cérémonie dont nous avons parlé pour augmenter leur croissance. Ce n’est pas seulement cela qu’on faisait, mais encore, en ce jour même ou à peu près, on émondait les feuilles de maguey et les plantes des tunas, afin d’assurer leur croissance. Pour ce qui est de percer les oreilles des enfants, il en a déjà été question plus haut. On sait aussi qu’on appelait cette fête p'dlauano, ce qui veut dire : fête de la saoûlerie des enfants. Tout le monde alors, hommes, femmes, enfants, vieillards et jeunes gens, s’enivraient publiquement. Tous portaient leur provision de pulque et s’en offraient mutuellement en abondance. Cette boisson coulait comme de l’eau; tout le monde était muni d’un vase carré soutenu par trois pieds qu’on appelait tzicuiltecomatl qui leur servaità boire et à offrir aux autres. Tous étaient gais, et avaient la figure allumée sous l’influence du pulque, qui se consommait abondamment. Quand ils étaient ivres, ils se querellaient les

1. De altia, baigner. Pour être exact, Sahagun aurait dû donner le pluriel lealtianiwe,

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