CHAPITRE XIII
DES EMPREINTES DES MAINS ET DES FESSES, QU’lL LAISSA SUR LES PIERRES
OU IL s’assit.
Quetzalcoatl reposa les paumes de ses mains sur la grande pierre où il s’assit et les y laissa empreintes, absolument comme si, les ayant placées sur de la boue, il les y eût marquées légèrement. Ses fesses aussi restèrent empreintes sur la pierre où il s’était assis, et les marques qui en résultèrent se peuvent voir clairement encore. Il appela ce lieu Temacpalco^, et il se leva. Poursuivant sa route, il arriva en un autre lieu appelé Tepanoayan^, où coule une grande rivière. Quetzalcoatl y fit jeter un pont sur lequel il passa, en donnant à ce lieu le nom de Tepanoayan. Poursuivant encore sa route, il arriva à un autre lieu appelé Coaapan^, où les nécromanciens vinrent à sa rencontre pour l’empêcher d’aller plus loin. Ils lui disaient : « Où vous en allez-vous? Pourquoi avez-vous laissé votre capitale? A qui l’avez-vous recommandée? Qui fera pénitence? » Quetzalcoatl leur répondit : « Vous ne pouvez, en aucune manière, empêcher ma retraite; il faut forcément que je m’en aille. » Mais les nécromanciens lui demandèrent encore : « Où allez-vous? >> Et Quetzalcoatl répondit ; « Je m’en vais à Tlapallan. — Pourquoi y allez-vous ? dirent les nécromanciens. — On est venu m’appeler, et le soleil me réclame. « Ils dirent alors ; « Allez-vous-en, à la bonne heure; mais laissez-nous ici Part de fondre l’argent, de travailler les pierres et le hois, de peindre et de faire des œuvres en plumes, ainsi que bien d’autres métiers (a). » Ce fut de la sorte que les nécromanciens l’en
(a) Ce passage est d’autant plus remarquable qu’il met le lecteur sur la voie de reconnaître dans ces légendes, naïves et grossières en apparence, les traces des points intéressants de Thistoire ancienne de ces pays. Les [progrès et la civilisation du vieux peuple toltèque s’y trouvent personnifiés et même divinisés dans le personnage mythologique de Quetzalcoatl. Son départ et les mystifications dont il est dupe représentent l’abus que le vainqueur fait de sa force et la fuite vers d’autres lieux de la nation vaincue. Mais le vainqueur comprenant l’importance des arts industriels dont on devait le développement et l’usage au peuple mis en fuite, arrête Quetzalcoatl dans sa marche, pour le dépouiller de tous ses avantages, afin de les garder comme faisant partie du butin. Quelle image plus saisissante pourrait-on tracer pour faire comprendre que les successeurs des Toltèques durent ensuite présenter dans leur état social les vestiges réunis de leur propre barbarie et de la civilisation dont ils recueillaient l’héritage? {Note du traducteur.)
1. « Dans la marque, l’empreinte [icpalti) des mains {maill) de quelqu’un (le).»