Voici lieux fac-similés de la signature de cet auteur
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son obstination à n’en décrire que ce que les vaincus eux-mêmes lui ont dicté, sans même en effacer ce qui était hostile à ses compatriotes, prouve à la fois qu’il n’avait aucune conliancc dans ses appréciations personnelles, et qu’il était indifférent à ce que l’histoire en pourrait penser.
Ainsi donc, Bernai Diaz et Saliagun, si différents dans leurs sympathies et leurs mérites, ont ceci de commun qu’ils savaient parfaitement tous deux ce qu’ils se proposaient de décrire. Ils l’ont fait avec une égale sincérité et une compétence non douteuse, obéissant à leurs inspirations personnelles et à la nature particulière de leurs aptitudes respectives.
Aussi ai-je cru qu’en me proposant de faire la double étude de la conquête et des mœurs du peuple mexicain, je tirerais un très grand profit de la réunion de deux hommes qui se complètent l’un par l’autre, au grand avantage de l’ensemble qu’il s’agit de traiter.
Pour achever ce sujet des écrivains qui se sont occupés du Mexique à la première et à la dernière époque du XVP siècle, je nommerai encore ici le célèbre Conquérant anonyme et l’illustre historien Herrera. Le livre malheureusement trop court du Conquérant anonyme a ceci de particulier que son auteur, qui a figuré sans nul doute dans les faits militaires de la conquête, n’en dit pas un seul mot dans son histoire. Frappé de l'originalité sympathique des mœurs du peuple qu’il avait contribué à conquérir, il se complaît à les décrire avec une clarté et une vérité saisissantes. Quel fut cet homme? On l’a toujours ignoré. Le manuscrit qu’il a laissé après lui est même resté inconnu et n’a servi qu’à un traducteur italien qui en a fait connaître le contenu dans sa langue. Les éditions qui en existent en espagnol ne sont qu’une traduction nouvelle de cette première version. Il me semble qu’un auteur qui a si bien su dire ce qu’il a décrit ne doit pas en avoir parlé en termes aussi brefs. Son ouvrage était probablement plus considérable et l’on peut croire que le texte italien n’en présente que des extraits. Si cela est, il y a lieu de regretter ce qui manque, car on peut croire que le livre aurait été des plus instructifs et des plus dignes de lecture L
Quoique le grand ouvrage d’Herrera n’ait été imprimé qu’au commencement du XVIP siècle, on peut le considérer comme une œuvre appartenant à la fin du XVP siècle parce qu’il y fut composé en réalité avec des documents qui provenaient tous de ce siècle même. C’est un travail d’autant plus respectable que l’auteur n’a manqué d’aucun des éléments propres à
1. M. Garcia Icazbalceta en donne une traduction espagnole avec le texte italien imprimé au bas des pages, dans la CoZeccio/i de documentos para la historia de Mexico, tome I".
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conduire à la découverte de la vérité. Son rang d’historiographe de la couronne le mettait en mesure de réunir tout les manuscrits et les informations verbales du temps. Aussi son livre jouit-il à juste titre d’une réputation considérable. On peut regretter son peu de méthode et la confusion qui résulte du plan chronologique que l’historien a suivi pour embrasser le vaste sujet de l’histoire des conquêtes et de la colonisation de toute l’Amérique. Heureusement une table très bien faite et très détaillée met toujours en mesure de trouver sans retard ce qu’on a désiré connaître.
Je dois m’excuser auprès de mes lecteurs d’avoir interverti l’ordre naturel indiqué par les dates des productions historiques sur la Nouvelle-Espagne et porté au dernier rang de ce court aperçu celui qui a si bien mérité d’être inscrit à la première place comme conquérant et comme narrateur des faits héroïques que son génie et sa bravoure avaient su conduire. Comparable à César, Fernand Cortès écrivit aussi ses Commentaires ; mais, différent en cela de son devancier, il décrivit les événements sur le terrain même qui en était le théâtre et à mesure qu’ils se déroulaient sous l’impulsion de sa puissante volonté. Il en est résulté que sa plume est à la fois restée plus colorée et plus vivante à cause de la fraîcheur des impressions sous l’empire desquelles elle était conduite. Les lettres de conquistador adressées au gouvernement espagnol sont écrites d’un style sobre, clair, d’une simplicité élégante qui respire la franchise et la conviction d’avoir bien agi. Pétri de la trempe du vrai héros, le surprenant auteur de ces lettres ne paraît pas se complaire un seul instant dans la contemplation de son œuvre en présence des triomphes sans exemple qui se sont succédé sous son commandement ; il les rapporte simplement, comme des faits naturels qui n’auraient rien à voir avec le mérite de celui qui les a faits se dérouler sous les inspirations de son génie militaire, s’aidant de la brillante énergie qu’il a su inspirer à ses compagnons d’armes aussi bien qu’à ses alliés.
Doué de dons instinctifs pour sentir vivement tout ce qui frappait scs regards, il se pénétra des scènes nouvelles et originales que la nature déroulait successivement sous ses yeux et il s’en inspira à ce point qu’il les reproduisit sous sa plume avec les couleurs de la plus vivante réalité. L’impression qu’il dut produire en Espagne fut sans doute bien extraordinaire lorsqu’il décrivit l’originalité du peuple qu’il venait de conquérir et la valeur surprenante avec laquelle les vaincus combattirent pour conserver leur indépendance. Cela explique l’enthousiasme avec lequel il fut accueilli dans sa patrie, quelques années plus tard, lorsqu’il vint rendre compte à son roi
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des hauts faits qui ajoutaient un immense royaume aux possessions de la couronne de Castille.
Ce sont donc les lettres de Cortès qui doivent s’inscrire en tête des monuments historiques qui reproduisent les événements de la conquête du Mexique. Le conquistador en fut le chroniqueur modèle après en avoir été l’inspirateur unique et le héros sans rival.
Tels furent les premiers historiens qui s’occupent des faits et des choses concernant l’ancien Mexique ‘ ; portons maintenant nos considérations sur les peuples qui l’habitèrent et sur le pays lui-même.
La grande région qui s’est appelée la Nouvelle-Espagne, après que les Espagnols en eurent fait la conquête, comprenait des pays divers prodigieusement accidentés par une grande variété de soulèvements du sol. Un plateau considérable et d’autres plateaux moins étendus alternant avec des has-fonds faisaient varier les températures et les productions végétales, comme aujourd’hui, dans des proportions qui donnaient à cette partie du monde le plus vif intérêt d’originalité. Elle était, d’ailleurs, composée de nationalités diverses parmi lesquelles dominaient les royaumes de Mexico, de Telzcuco et de Tlacopan, tellement unis par une étroite alliance qu’ils paraissaient ne former qu’une seule royauté lorsque les
1 . Cet aperçu succinct a eu pour but de présenter à l’attention du lecteur les premiers inspirateurs des travaux historiques sur les mœurs et les habitudes du peuple mexicain avant et pendant la conquête. Ils appartiennent surtout au second quart du xvi' siècle. J'ai donné à cette étude incomplète un surcroît de développement qui étend mes considérations jusqu’à la fin du siècle. Je n’ai pas eu l'intention de les rendre complètes et je n’ai surtout pas voulu leur faire embrasser les siècles qui ont suivi, jusqu’à notre époque. L’impulsion première dont je viens d’entretenir le lecteur a été poursuivie par des historiens et par des archéologues du plus haut mérite, qui ont soumis à des méthodes scientifiques rigoureuses l’examen des faits et des découvertes qui ont été la conséquence de la conquête. Des collectionneurs émérites et des érudits esliniables ont fait subir les épreuves d’un examen scrupuleux à des manuscrits échappés au vandalisme de quelques fanatiques, et à des restes archéologiques qui dévoilent la civilisation avancée du peuple conquis. Nous donnerons ici pour mémoire la liste des principaux savants qui résument dans leurs écrits ce que l’on peut considérer comme le moins sujet à contestation sur ce qui regarde le passé du peuple mexicain et les premières années de l’organisation du pays conquis. Il existait un très grand nombre de peintures qui furent détruites par le zèle fanatique des premiers missionnaires. Beaucoup furent sauvées et d'autres furent reproduites sous l’empire des souvenirs et au moyen de l’écriture nouvelle par des lettrés mexicains, tezcucans et llascaltèques. Il se forma aussi des collections considérables, entre autres celle de Mendoza, dont l’explication a été publiée en Angleterre; celle du Vatican qui existait au temps de Clavigero dans la grande bibliothèque; celle de Vienne qu’un cardinal donna en cadeau à l’empereur Léopold d’Autriche; celle de Siguênza y Gongora; celle de Boturiui qui se conserva longtemps dans les archives de la vice-royauté. Ajoutons à cela l’immense publication faite, en 1850, à Londres, par lord Kingsborough, laquelle, pour la
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Européens apparurent pour la première fois dans le pays. Chacun d’eux jouissait cependant d’une complète indépendance ; mais il est certain que des conquêtes successives avaient acquis aux Mexicains un tel prestige, à l’époque de leur apogée, qu’ils paraissaient exercer une véritable suzeraineté sur les deux autres royaumes qui lui étaient unis.
D’après Clavigero, le royaume de Tlacopan avait fort peu d’extension. 11 ne comprenait, en dehors de sa capitale, que quelques villes de la nation tépanèque et les petits districts des Mazahuis situés sur les montagnes occidentales de la vallée. Tlacopan, la capitale, dont les Espagnols ont fait Tacuba, était située à quatre milles au couchant de la ville de Mexico, à peu de distance de la lagune de Tetzcuco.
Il n’en était pas de même du royaume à' Acolhuacan, lequel fut le plus ancien des trois. 11 étendit fort loin ses limites qui furent peu h peu réduites à un plus étroit espace par suite des acquisitions des Mexicains. Il confina alors vers l’orient avec la république de Tlascala, avec la province de Chalco au sud, et avec le pays des Huaxtèques au nord. La lagune de Tetzcuco le resserrait vers l’occident. Sa longueur du nord au sud était d’un peu plus de deux cents milles, sur environ soixante milles de largeur.
D’après M. Manuel Orozeo, le royaume ou empire mexicain, lorsqu’il eut acquis sa plus grande extension, comprenait une partie de l’Etat actuel de
richesse, le nombre et l’exactitude de ses dessins, mérite d’être considérée comme une collection véritable.
Quant aux historiens indigènes qui suivirent la conquête, nous pouvons inscrire ici ceux que nous avons déjà nommés et les faire suivre d’autres noms non moins honorables.
Don Fernando Ixllilxochitl, fils du dernier roi de Tetzcuco — Don Antonio de Tovar Cano Mocteuhçoma Ixtlilxochitl, descendant à la fois des rois de Tetzcuco et de Mexico — Don Fernando de Alba Ixtlilxochitl — Tadeo de Niza — Gabriel de Ayala — Pedro Ponce — Cristóbal del Castillo — Diego Muñoz Camargo — Juan bautista Pomar — Domingo Muñoz Cbimalpain — Fernando de .Alvarado Tezozomoc — Antonio de Saavedra Guzman.
Avant eux avaient paru, ou parurent aux mêmes époques, les lettres de Cortès — López de Gomara — la chronique de Bernai Diaz — Alfonso de Mata — Alfonso de Ojeda — le Conquérant anonyme — Oviedo — le jésuite Acosta, ainsi que les manuscrits des franciscains Motolinia, Olmos, Sabagnn. Vinrent ensuite Mendieta, Torquemada et Betancourt. Inscrivons ici le nom du célèbre historien Herrera et mentionnons Robertson.
Veytia et Clavigero méritent une mention spéciale à cause de l’importance de leurs écrits historiques portant surtout sur les époques anciennes et les coutumes des Mexicains. Le dernier, qui était jésuite, étant expulsé de son pays et résidant en Italie, écrivit son histoire en langue italienne. Elle est très complète et très véridique. Ajoutons encore : Antonio Gama, dont les écrits appartiennent à la seconde moitié du xviii® siècle. — Le manuscrit d’Estrella — Pierre Martyr — l'historien Solis.
De noire temps : la belle histoire de l’américain Prescolt — les écrits de l'abbé Brasseur de Bourbourg et les recherches importantes des Mexicains contemporains sur les langues indigènes, l’histoire et l’archéologie du Mexique : Carlos Maria de Buslamanle — Don Francisco de Pimentcl — Don Manuel Orozeo y Berra — Don Joaquin Garcia Icazbalceta — Don Fernando Ramirez, etc... Mentionnons enfin avec un éloge mérité l’écrit récent de M. Girard de Rialle sur les religions anciennes de l’Amérique, et un autre tout à fait d’actualilé sur l’elhnologie de ce pays, par le même auteur.
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Mexico, ceux de Puebla et de Vera-Cruz à l’est, la plus grande partie du territoire intermédiaire entre la rivière de Zacatula et l’océan Pacifique à l’ouest ; au sud, il avait pour limite le lleuve Coatzacoalco. Laissant Tabasco jouir de son indépendance, il s’étendait sur une partie de l’État de Cbiapas et se terminait à la province de Xoconoclico. Il est à remarquer que dans cette extension considérable le royaume de Tebuantepec ne fut que momentanément subjugué. Les seigneuries de Iluexotzinco et de Chollollan y furent presque toujours indépendantes. Le même auteur fait observer avec raison que la langue mexicaine avait envahi non seulement les royaumes alliés, mais aussi la république de Tlascala et, ce qui est plus étonnant encore, certaines étendues comprises dans les États actuels de Colima, de Jalisco et de Sinaloa, où n’avaient jamais pénétré les armes mexicaines.
Il serait intéressant de pouvoir dire avec quelque fondement de vérité si le Mexique était habité, avant la conquête, plus qu’il ne l’a été depuis lors sous l’administration des Européens. Il est probable que la population y était arrivée à un chiffre qui n’a jamais été atteint depuis, en aucun temps; mais il n’existe point de données suffisantes dans les écrits des historiens pour se livrer, à cet égard, à un calcul précis. Il est un autre point qui se rattache à ce sujet et qui est loin d’étre dénué d’intérêt : c’est de savoir si les habitants de ce pays s’étaient portés autrefois, avant l’invasion des Espagnols, plus volontiers sur les régions chaudes que sur les régions froides, ou réciproquement. La répulsion que les maladies actuelles inspirent aux Européens pour la terre chaude tend à faire croire que ces régions ont été de tout temps plus ou moins désolées, et craintes par les habitants. Cela n’a jamais été ma pensée. J’ai cru même que la santé des natifs est au moins aussi bonne sur les terres basses que sur les plus élevées des plateaux de ce pays. Si les prédilections des populations actuelles ne paraissent pas, à première vue, en donner partout la preuve, ceia tient en grande partie au genre de ressources qui excitent de nos jours l’ambition de la race civilisée et plus ou moins européenne qui a succédé aux anciens Indiens et a fait diminuer leur nombre. Mais bien des souvenirs écrits du passé concordent pour témoigner que ce qui se passe actuellement n’est pas la reproduction exacte de ce qui exista en d’autres temps. Je trouve, en effet, dans le très curieux mémoire de Juan Suarez de Peralta écrit dans la seconde moitié du xvi® siècle et publié pour la première fois à
1. Il y a des raisons de croire que c’clait un neveu de la première femme de Cortès dont le nom était Catalina Suarez ou Juárez. Son frère Juan la rejoignit à Mexico. C’est lui qui serait le père de Suarez Peralta dont il est ici question.
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Madrid par Justo Zaragoza, en 1878, un passage très curieux à ce sujet que je reproduis textuellement :
« Lorsque les Espagnols se furent emparés de Mexico et eurent pacifié les provinces qui en dépendaient, Cortès commença à partager le pays et donna, en encomienda, des villages d’indiens aux conquérants, pour qu’ils en usassent et tirassent profit. Cela valait si peu alors que l’on vendait des villages; car on les pouvait vendre et échanger en ce temps-là; plus tard cela fut défendu. Plusieurs conquérants donc, poussés par le désir de s’en revenir avec de l’or dans leur pays, vendaient des villages qui valent aujourd’hui 4 ou 5000 piastres et même 10 000 ducats, pour 500 piastres, au plus S et même pour des pierres précieuses ou autres choses propres à être emportées en Espagne ; car ils ne surent pas comprendre ce que valait en réalité ce pays. Il en résulta que ceux qui achetèrent et vinrent coloniser après eux possèdent ce qu’il y a de mieux et sont les plus riclies. Il est vrai de dire aussi que les différentes régions de ce pays, en ce qui regarde leur valeur et leur importance, ont fait volte-face, c’est-à-dire que les villages que l’on achetait en ce temps-là comme ayant le pjus de valeur étaient ceux de la terre chaude. C’était là, en effet, qu’on recueillait de l’or et que les Indiens le donnaient en tribut. Ces villages étaient alors plus peuplés qu’aujourd’hui. C’est au point qu’il y a telle province qui fournissait plus de 40 000 hommes de guerre, comme était celle de Tuzapan, de la commanderie d’ Andrés de Tapia, qui n’a pas probablement aujourd’hui 200 habitants ; et il y en a d’autres qui sont dans le même cas. Pour ce qui est des villes et peuplades de la terre froide, on les fuyait, parce qu’on n’y payait points de tributs en or et qu’elles ne valaient rien, tandis que c’est aujourd’hui ce qu’il y a. de mieux et qui s’est peuplé davantage^.... »
Voici ce que Bernai Diaz dit de son côté :
« II importe maintenant que je dise les conversations que j’ai eues avec
1. Il est exlrêmenienl diflicile, toutes les fois qu’il s’agit de piastres dans les écrits du xvi' siècle, de déterminer la somme réelle à laquelle cela correspond. La piastre mexicaine d’aujourd’hui, qui est le duro des Espagnols, vaudrait l'r. 5,40. Avec cette dernière supposition, la gramle monnaie d’or du Mexique valant seize piastres devrait équivaloir à seize fois la somme que nous venons de dire. Les valeurs comparatives entre les deux métaux d’or et d’argent ont beaucoup changé de nos jours; mais l'embarras que cela peut entraîner dans les transactions n’est rien en comparaison de ce qui arrive relativement aux temps anciens. Fernand Cortès, dans les relations de sa campagne, parle souvent de pcsos de oro et l’on ne sait réellement à quoi s’en tenir, pas plus que nous ne le savons dans le cas présent. M. Orozeo y Berra, dans son Dictionario universal, tome 5, page 91 1 , et José Fernando Ramirez dans ses notes (7“) de Prescott, prétendent que le peso de oro valait : piastres 2,93. Mais M. Orozeo .ajoute que le peso de oro de minas et le peso de oro ensayado valent 2,64; tandis que le peso de oro commun ne vaut que 1,73 et \opeso de tepuzque 1,60. Je ne suis pas en mesure de mettre en discussion la réalité de cette appréciation et je ne puis que constater ici la compétence incontestable des estimables Mexicains que je viens de nommer.
2. I^oticias históricas de la tieuva-España, par don Justo Zaragoza, — chapitre xvii, page 128.
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quelques curieux lecteurs qui me demandent pour quelle raison, nous, les vrais conquérants de la Nouvelle-Espagne et delà puissante ville deMexieo, nous marchions sur d’autres provinces, au lieu de rester dans la capitale pour la coloniser. Je trouve la question raisonnable et voici comment j’y réponds. Nous découvrîmes dans les livres de Montezuma quels étaient les lieux d’où l’or lui venait, et dans quelles parties du pays il y avait des mines, du cacao et des étoffes. Or nous avions précisément l’ambition d’aller dans tous les endroits signalés sur ces registres comme ayant été le point de départ des tributs en or pour le grand Montezuma. Ce qui nous piquait surtout, c’était de voir partir, de Mexico, un de nos principaux chefs, ami de Cortès, le capitaine Sandoval; et d’autant plus qu’il était à notre connaissance que les environs de Mexico n’avaient ni mines d’or, ni coton, ni cacao, mais simplement du maïs et des magueys qui servent à fabriquer le vin du pays, circonstances qui nous faisaient regarder comme pauvre le lieu où nous étions et nous poussaient à partir vers des provinces éloignées, dans le but de les coloniser. Nous commîmes en cela une grave erreur. Je me rappelle, à ce propos, que je fus parlera Cortès pour lui demander l’autorisation de partir avec Sandoval ; il me répondit : « Sur ma conscience. Bernai Diaz del Castillo, mon frère, je crois que vous avez tort ; je voudrais vous voir rester ici avec moi ; mais si vous avez décidé d’aller avec votre ami Gonzalo de Sandoval, partez et bonne chance ; je prendrai toujours soin qu’il ne vous manque rien, mais je suis sûr que vous vous repentirez de vous être séparé de rnoi‘. »
11 résulte de ces curieux passages et de bien d’autres analogues que l’on pourrait ciler que, à l’exception de la vallée de Mexico à laquelle la proximité du pouvoir et les séductions du site donnaient alors comme aujourd’hui une valeur factice, les régions basses du pays fournissaient plus d’éléments de prospérité et réunissaient un plus grand nombre d’habitants.
Il est bien naturel de se demander aussi s’il est resté quelque chose de la prétendue grandeur de la ville de Mexico telle qu’elle existait avant la con.quète. Et d’abord, qu’élait-elle avant celte époque mémorable? Les historiens sont loin d’être d’accord sur le nombre d’habitants qui formaient sa population entière. Prescott, au chapitre i®” du livre IV de son ouvrage, nous parle du résultat de ses investigations à ce sujet et nous affirme qu’aucun contemporain n’a fait monter celte population à moins de
I. Bernai Diaz dcl Caslillo, traduction D. Jourdanet, chapitre clvii, page 547.
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60 000 âmes. Torquemada tombe dans l’exagération de dire (livre 111, chapitre xxiii) qu’on y comptait 120 000 maisons. Cela donnerait un million et demi de personnes, en comptant cinq habitants par maison, ce qui est inadmissible. 11 ressortirait plus justement de l’ensemble de données qu’on possède, qu’il y avait en réalité 300 000 âmes à Mexico, en y comprenant Tlatelolco, lorsque les Espagnols en firent la conquête. Je viens de dire : « en y comprenant Tlatelolco ». Je veux, en effet, qu’on se souvienne que Mexico, ou Tenochtitlan, était distiucte de Tlatelolco et que ces deux villes formèrent longtemps deux royautés différentes, jusqu’au règne de l’empereur mexicain Axaijacatl qui soumit Tlatelolco à sa domination et la fil administrer par un gouverneur qui commanda désormais au nom des empereurs de Mexico.
C’est à Tlatelolco que se tenait le fameux marché dont nous avons déjà vu une description détaillée dans la chronique de Bernai Diaz (chapitre xcii, page 244, de ma traduction).
Ce qu’était alors la grande capitale de l’empire aztèque n’autorisait pas probablement les descriptions pompeuses qui en furent faites par les premiers conquérants. On se rappelle, en effet, que Cortès, pour se mettre à l’abri des hostilités qui auraient entravé ses derrières lorsqu’il s’avançait dans la ville en en faisant le siège, détruisait les maisons à mesure qu’il s’en emparait et comblait les canaux avec leurs décombres. La facilité avec laquelle il paraît avoir effectué ces démolitions journalières indiquerait que les édifices étaient de construction légère. Si l’on en excepte les grands palais, en effet, et peut-être quelques temples, il est probable que l’élément principal de ces constructions était Vadobe, c’est-à-dire de gros quadrilatères de briques simplement séchées au soleil, telles qu’on en voit beaucoup aujourd’hui en usage dans le pays.
Cortès, dans sa 2® lettre à Charles V, nous donne une description de la façon dont les rues et les canaux avaient été distribués dans la ville. La Venise italienne peut servir à donner une idée exacte de cet état de choses. Il y avait, en effet, en certains points des canaux aux deux côtés desquels s’élevaient les façades des maisons, tandis que des rues formées par des terre-pleius et fort étroites y donnaient accès par une autre façade, absolument comme on. le voit aujourd’hui à Venise. D’autres rues étaient doubles, c’est-à-dire que leur largeur plus considérable avait permis de les former moitié par un canal et moitié par une chaussée pareille à une rue ordinaire.
, Tous ces édifices achevèrent de disparaître lorsque Cortès, assurément mal inspiré, résolut de bâtir la nouvelle capitale sur l’emplacement occupé
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par l’ancienne, se fondant sur celte pensée que le prestige acquis dans les temps passés faisait une obligation aux conquérants de la maintenir sur le lieu même où elle avait été établie par ses premiers possesseurs. Ce fut alors qu’on vit à quel point les nouveaux propriétaires du sol se proposaient de se montrer cruels envers la nation vaincue. On fit venir, en effet, de tous les environs une quantité innombrable d’indiens, et ce n’est pas sans raison que M. Garcia icazbalceta, à qui nous devons une note intéressante à ce sujet, insérée dans les dialogues de Cervantes Salazar, nous rapporte les paroles suivantes du P. Motolinia : « La septième plaie, ce fut la réédification de la grande ville de Mexico, dans les premières années de laquelle on employa plus de bras que dans l’édification du temple de Jérusalem. Les travailleurs y furent, en effet, si nombreux que' les passants pouvaient à peine s’y frayer une voie par les rues et les chaussées, qui sont cependant très larges. Au milieu des travaux, quelques-uns des Indiens étaient écrasés par la chute des poutres, d’autres tombaient de grandes hauteurs, d'autres encore étaient ensevelis sous les décombres d’édifices que l’on détruisait pour les reconstruire ailleurs, surtout à propos de la démolition des principaux temples du démon. Là moururent bien des Indiens, et cela dura un grand nombre d’années... » Ces premiers édifices, ajoute M. Garcia Icazbalceta, ne durent pas coûter fort cher aux Espagnols, car, d’après le moine que nous venons de citer, « on a l’habitude dans le pays — et l’on peut dire qu’elle n’est pas la meilleure du monde — que les Indiens fassent l’ouvrage au moyen de matériaux qu’ils se procurent à leurs frais; ils payent eux-mêmes les maçons et les charpentiers et, s’ils n’ont pas soin de se munir de leur manger, ils sont obligés de jeûner. »
Ce fut au moyen de ces exigences inhumaines que l’on éleva très rapidement des maisons pour les Espagnols, selon les plans tracés d’avance et sur l’emplacement désigné à cet effet. Les Indiens construisirent en même temps, sur les lieux qui formaient les faubourgs, une quantité innombrable de logements destinés à former leurs demeures. Il en résulta que déjà en 1554, trente-trois ans après la conquête, le moine Cervantès Salazar put se promener dans les rues de la nouvelle Mexico avec des interlocuteurs et nous léguer des dialogues curieux, en langue latine, dont M. Garcia Icazbalceta nous a donné une traduction fidèle, éclairée par des notes savantes d un incontestable intérêt. Nous voyons dans le premier dialogue l’établissement déjà effectué des rues de Santa Clara, Tacuba, Empedradillo, Portai de Mercaderes, Diputación, Portal de las Flores, Seminario, première et seconde rue del Reiox, Santa Catalina de Sena, Perpetua, Cerca de Santo Domingo, seconde et première de San Lorenzo, la Conception, Santa Isabel,
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