XXVI I
San Juan de Letran, Hospital Real, première et seconde de San Juan, Viscainas, Portai de Tejada, Mesones, Alfaro, Arcos de San Agustin, Jésus et l'hôpital du même nom, etc. Tout cela porte aujourd’hui les mêmes dénominations et occupe les mêmes emplacements. L’église principale fut bâtie sur les ruines du plus grand des temples. A la vérité, le sujet est obscur en ce qui regarde l’époque de cette construction; nous ne croyons pas devoir y insister ici. Les palais de Cortès occupèrent en façades ce que l’on appelle encore actuellement la rue deTEmpedradillo. Le duc de Monteleone, descendant aujourd’hui vivant de ce conquérant, possédait encore une dernière maison non réalisée, lors de mon séjour à Mexico pendant lequel j’ai été témoin de sa vente, au coin de la première rue de Plateros. 11 ne faut pas croire, du reste, que les édifices qui existent aujourd’hui soient ceux-là mêmes qui furent construits à cette époque reculée. Outre le peu de solidité qu’on leur donna sans doute au début, ainsi que la mobilité fangeuse du sol et les tremblements de terre qui ne sont pas rares, il y a eu le retrait successif des eaux et d’autres causes encore qui ont fait remplacer les premiers édifices successivement par d’autres plus solides ou plus élégants. J’ai pu apprécier moi-même, en mon temps, le résultat de quelques-unes de ces causes, et l’on voit encore aujourd’hui bien des maisons pour lesquelles l’exhaussement devenu nécessaire des rues et des cours a fait approcher du sol le premier étage et rendu très basse l’entrée des portes cochères. On voit ainsi approcher le moment où une transformation nouvelle deviendra indispensable pour beaucoup de ces édifices. Ce qui se remarque de nos jours en ce genre nous fait donc comprendre que des transforrhations plus accentuées aient eu lieu dans les temps passés.
Tous ces inconvénients eussent été évités si Cortès, au lieu de s’obstiner dans la pensée peu judicieuse de bâtir la ville sur son emplacement antérieur, l’eût transportée environ trois kilomètres vers le sud-ouest sur les pentes qui forment les terrains où est bâtie Tacubaya. Le sol y est sec, les approvisionnements d’eau potable y sont faciles et les premières maisons qui en auraient occupé les parties les plus basses eussent pu servir d’occasion à la formation de ports intéressants sur la lagune qui s’étendait alors jusque-là, tandis que tout le reste de la ville eût été à tout jamais à l’abri des inondations en jouissant d’une salubrité plus grande.
En agissant ainsi, que d’inquiétudes et que de dépenses eussent été épargnées aux descendants de la conquête ! Par suite de circonstances que nous aurons à envisager plus loin, les eaux de la lagune se sont, en effet, retirées de la ville et les constructions qui s’y sont succédé n’ont plus été inspirées par la pensée d’une résidence réellement lacustre jusque-là.
INTRODUCTION
C’est sur un sol desséché que la capitale s’est vue peu à peu établie sans que le soin des habitants y ait contribué par aucune mesure. Mais les circonstances météorologiques faisant varier de temps en temps le niveau des eaux, des menaces permanentes d’inondation sont venues faire vivre les successeurs des conquérants européens dans de fréquentes angoisses. Il a donc fallu s’ingénier pour détourner de la capitale des désastres toujours imminents, et les craintes que cet état de choses a fait naître ont tenu toujours sur le tapis la question du dessèchement de la vallée.
- Et ce ne sont pas seulement les inondations et leur retour présumable qui ont forcé de tenir l’esprit en éveil. L’écoulement difficile des eaux de la ville aux époques des crues du lac de Tezcoco, entretenant dans l’enceinte même de la cité les détritus organiques et les saletés de foute sorte, ont dû causer, à différentes époques, des conditions détestables d’hygiène avec la conséquence nécessaire d’une déplorable insalubrité.
Mais nous venons de parler du sol desséché sur lequel la ville est actuellement bâtie. Cela nous conduit à rechercher les causes qui ont dû produire le retrait des eaux de la lagune. Le travail extrêmement intéressant, et à tant d’égards complet, qui porte le titre de Mémoire pour la carie hydrographique de la vallée de Mexico, par le licencié Don Manuel Orozco y Berra, contient des détails très curieux sur tout ce qui concerne les lagunes. Pour y bien comprendre la situation actuelle des eaux comparativement à l’époque de la conquête, nous commencerons par déterminer avec M. Orozco les lignes les plus probables qui limitaient l’étendue ancienne dû lac de Tezcoco. Après avoir passé en revue toutes les données sur lesquelles cette question repose, cet ingénieur lettré et distingué pose ainsi ces limites relatives à l’année 1520 : au nord, Totolcingo et le versant austral du cerro de Cbiconautla; San Cristóbal Ehecatepec à l’ouest du précédent; après cela les pentes du rameau des montagnes de Guadalupe portant aux bords de l’eau Tolpectlac, Cerro-Gordo, Santa Clara, Coatitla et San Pedro Saloztoc; delà on baisse jusqu’à la pointe formée palle cerro de Tepeyac pour se diriger vers le nord-ouest en suivant le pied des pentes jusqu’à finir aux terres basses à quelque distance de Tlalnepantla; à l’est, Totolcingo, Iztapa, Nezquipayac, Ateneo, Tocuila, Tezcoco à une très petite distance des bords, Cliimalhuacan et le versant du cerro de même nom; à l’ouest, Azcapotzalco à fort peu de distance des eaux, Popotla sur leurs bords, ainsi que Chapultepec qui peut-être était contourné par la lagune, les coteaux d’Atlacoloayan (Tacubaya), Coyohuacan et Xochimilco; au sud, laissant au milieu de l’eau le peñol del Marques, tous les terrains bas et marécageux qui s’étendent d’Atlicpatl à Iztapalapa,
Tradxictioii du Pévo Saliaami. par l). Jourdmet ei 11. SiméoiL
re par Erharà,l2,Rue Du^tu^-rrouin. Paris. lessméjar J Ga.iilüep lmj>. par Erhard.
CARTE EXTRAITE DE L'OUVRAGE DE M'î LE DOHEUR JOURDAAET.
( IntTuence de la pression de l'air sur la vie de l’ homme.)
INTRODUCTION
le versant du cerro de la Estrella et Culhuacan, jusqu’à la jonction avec le lac de Xochimilco. Pour obtenir que ces limites soient très sensibles aux yeux du lecteur qui pourra en faire la comparaison avec la situation moderne des eaux, nous plaçons ici la carte hydrographique de la vallée que nous avons fait dessiner sur une réduction de celle que la commission, dont M. Orozco donne le mémoire, a fait construire pour accompagner son étude. Une ligne bleue très apparente, contournant la lagune moderne de Tezcoco et signalant ses anciennes limites sur un fond bleu verdâtre, fera apprécier facilement le retrait qui s’est effectué dans les eaux du lac.
Avant de nous arrêter à la recherche des causes de ces mouvements des eaux, il importe de dire quelles sont les montagnes qui forment la vallée et quelle est son étendue. Je l’ai déjà dit dans les termes suivants (page 486 de mon ouvrage : Influence de la pression de Vair) : Le siège en est marqué par un vaste espace majestueusement transformé en vallée par des montagnes gigantesques du plus pittoresque aspect. Par un de ses plus surprenants caprices, la cordillère centrale de l’Anahuac a formé cette enceinle célèbre, en se séparant en deux branches avant d’arriver au 19' degré de latitude. L’une se dévie fortement à l’ouest, tandis que l’autre continue sa marche déjà acquise vers le nord-ouest. Après un long parcours en divergence, elles prennent un moment de parallélisme, se rapprochent ensuite sans brusquerie, et se réunissent enfin vers le nord, en se rabaissant assez pour donner à ce point les apparences d’une libre issue vers Pachuca.
Ces imposants remparts n’ont pas conservé partout une égale élévation. Prodigieux au sud-est, ils y captivent le regard par les sommets blanchis du Popocatepetl et de l’Iztaccihuatl, Le volcan d’Axusco forme le mur du sud. A l’est, le Telapon et les montagnes de Rio-Frio s’élèvent sur la route de Puebla. Les monts de San-Miguel et de las Cruces forment la ligne de l’ouest, limitant aussi de ce côté le plateau fertile de Toluca.
L’espace si puissamment enfermé est d’une étendue très considérable, qui ne peut pas être évaluée à moins de cent soixante lieues carrées de superficie. Quelques collines isolées et même des mamelons montagneux lui donnent çà et là une grande variété d’aspects; mais on peut dire, malgré ces inégalités peu nombreuses, que le sol le plus habité de la vallée est d’une hauteur générale variant de 2275 à 2500 mètres. La ville de Mexico en forme un des points les plus déclives. De là les dangers qu’elle court et sa situation précaire au point de vue des cours d’eau. On peut en réalité considérer le sol sur lequel elle repose comme une dépendance du lac de Tezcoco, dont* le lit vaguement défini ne présente nulle part des bords élevés capables d’en circonscrire et limiter l’étendue. Le fond de
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cette lagune est la partie la plus basse de la vallée. Si les eaux cessaient un moment de l’occuper pour permettre à nos regards d’en apprécier les contours, nous tomberions dans une bien grande surprise; car notre vue ne porterait que sur une plaine considérable, au milieu de laquelle il serait impossible de reconnaître la moindre inégalité de niveau, tant il est vrai que les ondulations y sont peu marquées. C’est dans ce bassin, si légèrement creusé, que les eaux se déposent. Aux époques modernes, avec leur hauteur la plus habituelle, elles couvraient une étendue de dix lieues carrées. J’ai vécu dans la capitale du Mexique sous l’impression de cet état de choses. C’est aussi celte situation qui a inspiré mes premiers écrits, dès 1861. La profondeur des eaux, appréciée par la moyenne de l’année et prise aux points les plus déclives, ne dépassait pas alors 43 centimètres, et nous considérions Mexico comme étant distante de 4 kilomètres des bords de la lagune. Nous nous trouvions fort à l’aise, en ce temps-là. Nos chaussées principales étaient à sec. Les diligences passaient librement de la porte de Saint-Lazare au Peñón Grande, faisant route vers Veracruz. Les voitures voyageaient en liberté, transportant les baigneurs au Peñón de los Baños. Les cultivateurs se préservaient aisément de l’irruption des eaux par les endiguements les plus ordinaires; ils tenaient leurs terrains à sec pendant toute l’année et environnaient la capitale de productions agricoles utiles et rémunératrices. Néanmoins, il faut l’avouer, même alors des pluies trop abondantes et d’autres accidents dont nous parlerons plus loin venaient de temps en temps nous menacer de porter le contenu de la lagune au delà de Mexico souvent alarmée et quelquefois victime passagère de ce déplorable accident. On comprendra d’ailleurs sans peine la possibilité de ces revers par le nivellement dont nous allons faire une étude succincte.
Six lacs occupent des étendues considérables et variées vers le fond de cette immense vallée. Trois sont situés au nord de la capitale : le San- Cristobal, le Xaltocan et le Zumpango. Le Chalco et le Xochimilco sont au sud-est de la ville. Le Tezcoco s’étend dans la direction de l’est. Dans leur ensemble et aux époques de moyenne grandeur de leurs eaux, ils occupent vingt-trois lieues carrées de surface, dans la proportion qu’on va lire :
San-Cristobal 0,63 lieues.
Xaltocan 3,08 —
Zumpango 0,98 —
Chalco 5,98 —
Xochimilco 2,68 —
Tezcoco 10,395 —
Le Tezcoco étant situé absolument au fond de la vallée, nous l’y pren-
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drons pour point de départ de notre nivellement, et le tableau suivant nous indiquera de combien il est dominé par la capitale et par les autres lagunes.
Tezcoco 0,00 mètres.
Mexico 1,90 —
Clialco 3,08 —
Xochimilco 5,13
San-Cristobal 5,59 —
Xaltocan 3,47 —
Zumpango 6,00 —
Ces différentes étendues d’eau se trouvent éloignées de la capitale :
Tezcoco de 6 kilomètres.
Chalco 18 —
Xochimilco l‘2 —
San-Cristobal 22 —
Xaltocan ‘23 —
Zumpango 55 —
De toutes parts, du sommet à la base des gigantesques montagnes qui entourent Mexico, les eaux se précipitent vers les abords de cette grande capitale. Quelques lits régulièrement encaissés forment des courants qui portent à bon droit le nom de rivières, quoique plusieurs d’entre eux ne soient fréquentés par les eaux que pendant quatre ou cinq mois de la saison des pluies. Ils affluent tous vers les lagunes dont ils grossissent périodiquement le contenu. Celles-ci, de leur côté, ne possèdent aucun déversement naturel qui puisse les mettre à l’abri des crues exagérées. Le peu de profondeur des bassins qu’elles occupent et la nullité de leurs bords les obligent à gagner en étendue ce qu’elles ne peuvent point contenir en hauteur. Le Tezcoco et le Chalco présentent surtout cette particularité, et comme d’ailleurs ce dernier n’est que très faiblement retenu par les obstacles qui le séparent du Tezcoco, il menace souvent, par le canal de Las Vigas surtout, de se précipiter sur son voisin qui, devenant ainsi tributaire improvisé, déverserait inévitablement sur Mexico l’excédant de ses eaux. Le San-Cristobal prend à tout instant les mêmes allures. Le Zumpango n’inspire pas de moindres craintes ; de façon que le sort de la capitale dépend bien souvent de la résistance de digues, la plupart mat construites, partout fendillées, et que malheureusement on ne songe jamais à renforcer qu’au moment où le péril est des plus menaçants.
Le gouvernement colonial s’en préoccupa à différentes époques et fit exécuter de grands travaux. Celui qui fut le plus heureusement conduit avait pour but d’empêcher la seule grande rivière — le Rio de Cuautitlan — de suivre sa direction naturelle vers le Zumpango. Ce cours d’eau laborieusement dirigé hors de la vallée par le canal fameux du Huehuetoca, cessa dès
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lors de contribuer aux périls sans cesse renaissants. Cependant tous ne furent pas conjurés par cette salutaire manoeuvre. Les crues de la saison des pluies ont souvent rendu, depuis lors, la situation de la capitale fort critique. Les effets néanmoins n’en étaient pas d’ordinaire bien durables, et le niveau du Tezcoco revenait aisément peu à peu à scs proportions babituelles de riiiver. Mais, vers 1861, les conditions changèrent de telle sorte et la persistance des niveaux élevés du lac devint tellement menaçante que, en 1865, des préoccupations sérieuses vinrent assaillir les esprits les moins timorés. Pendant l’été de 1867, l’état des choses à Mexico fut des plus tristes. Je vais m’efforcer d’en donner une idée à mes lecteurs.
Pendant cette époque calamiteuse, pour des causes qu’il est inutile d’apprécier dans ce livre, le niveau du lac de Tezcoco envahit toute la plaine qui le séparait habituellement de la ville. La chaussée qui va de San Lazare au Peñón Grande disparut sous les eaux, de manière à rendre un grand détour nécessaire, par Mexicalzingo, pour que les diligences et les chariots de transports pussent entreprendre le voyage de Veracruz. Les baigneurs habituels du Peñón de los Baños n’curerit plus que la ressource du canotage pour se rendre à l’établissement de bains. Bien plus, les soins devenus nécessaires pour préserver l’avenir inspirèrent aux chefs de l’administration la pensée de détourner les principaux cours d’eau qui coulent au sud de la capitale et se déversent dans les lagunes. On nourrissait l’espoir de diminuer par cette mesure la tendance du lac à s’accroître chaque jour davantage, puisque les éléments incessants de ses crues se répartiraient au loin sur les plaines jusque-là préservées et que l’évaporation y deviendrait par cela même un auxiliaire plus actif.
En se pénétrant de cette idée, on se mit à pratiquer des tranchées sur les bords élevés du San Buenaventura, du Rio de Cburubusco et du canal de Las Vigas qui déverse sur Mexico l’excédant des eaux du lac Xochimilco. Ces tranchées eurent pour effet de submerger, sur de grandes étendues, des parties importantes de quelques haciendas qui se trouvent à l’ouest de ce canal. La même opération fut pratiquée, au nord do la capitale, sur les bords du Rio de Los Remedios, et, de cette façon, presque tous les terrains qui entourent Mexico se trouvèrent envahis par les eaux.
Cette mesure n’atteignit guère le résultat désiré. La hauteur du Tezcoco n’en dépassa pas moins le niveau de la ville, rendant ainsi absolument impossible le déversement de scs eaux hors de son cnceinle. A toutes les époques, du reste, Mexico s’est débarrassée lentement et avec peine de ses im- . mondices; ce qui n’empêchait pas qu’en temps ordinaire sa pente naturclh • de l’ouest à l’est amenât à la porte de San Lazaro et au canal de ce nom à ’
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peu près lüul ce ([u’ü fallait de scs eaux pour (pi’oa ne les vîl point séjourner à la surface du sol sur lequel est bâtie la ville. Mais, en 180(3, l’ccoulcinent devint tout à fait impossible et les Ilots mêmes du dehors lireiit irruption dans la capitale. Ce ne fut pas seulement la saison des pluies qui présenta ce désolant spectacle. Il continua à attrister nos regards durant nos mois de séclicresse, et je vis, pour ma part, un grand nombre de quartiers où les cours des maisons, inondées d’une eau vndàtie, ne cessèrent jamais de rendre nécessaire l’emploi de planches et de solives, pour qu’il fût possible de les traverser à sec.
Les rues elles-mêmes, tour à tour humides et desséchées, présentaient aux ardeurs solaires les détritus organiques venus du dehors, mélangés avec les produits de provenance urbaine. Beaucoup de rez-de-chaussée lecouvcrts d’un parquet de planches ou de solives mal jointes, laissaient voir au travers de leurs fentes, à deux ou trois centimètres de la surlace, une eau croupissante et souvent fétide, au-dessus de laquelle des familles entières pa^saient leur triste vie. Je n'exagère pas ; le tableau est fidèle.
On peut donc assurer que le retrait des eaux de la lagune de Tezcoco ne s’est pas effectué sans esprit de retour; mais il est difficile de pouvoir dire quelles sont les causes qui ont déterminé dans le passé et déterminent aujourd’hui ces Iluctuations. Les membres de la commission à laquelle est dù le travail important résumé par M.Orozco et qui nous sert actuellement de guide se déclarent incompétents pour juger cette partie mystérieuse du sujet qui nous occupe. Sahagim nous parle souvent du trou absorbant de la lagune qui était le siège de manifestations répétées de l’idolâtrie des anciens Mexicains. « Ceux qui croyaient à cette fuite, dit M. Orozeo, en donnaient pour preuve les sacrifices qui avaient lieu dans un endroit déterminé du lac, des peintures hiéroglyphiques représentant le resumidero , le témoignage unanime des bateliers qui assuraient avoir vu le remous à la surface et s’être sentis entraînés par le courant, les dires de vieux Indiens déclarant qu’au temps de la gentilité on connaissait bien cet endroit et qu’on le désignait sous le nom de PanLülan. Mais, eu dépit de tant de preuves (jui semblent concluantes, lorsque les autorités voulurent s’assurer du fait, les plus actives recherches, faites avec la perspective d’une lécosnpcnse de 1 00 000, piastres, demeurèrent sans résultat. Vraie ou non, la chose passe maintenant |)our un conte propre tout au plus â amuser les enfants. Quant aux couches absorbantes, si jamais elles ont existé, les dépôts ¿]ui se sont accumulés au fond du lac doivent les avoir recouvertes depuis longtemps et rendues désormais impropres à ronctionner. »
Malgré ces paroles raisonnables de riugénicurmexicain, il est de fait que
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les eaux de la lagune se sont retirées dans les temps passés avec une ra[)idité qui n’est nullement expliquée par le phénomène de l’évaporation naturelle. Elle l’est moins encore si l’on s’arrête à cette pensée : que les limons se sont entassés progressivement dans le fond de la lagune dont ils ont diminué la profondeur. La conséquence naturelle de ce tassement aurait dû êire de chasser les eaux en dehors de leur lit primitif en les obligeant à couvrir une plus grande étendue de terrain, attendu que la capacité en profondeur serait devenue, par le fait du temps, progressivement moins considérable. Si un fait contraire s’est produit, et s’il faut reconnaître que les conduits absorbants sont imaginaires, le phénomène reste absolument inexpliqué. Il est cependant irrécusable.
En effet, d’après M. Orozeo, « le nivellement exécuté par Enrico Martinez, au commencement du dix-septième siècle, donna r*,10 de différence de niveau entre la grande place de la ville et le lac de Tezcoco. La même opération faite j)ar MM. Velasquez et Castora et considérée par M. de Ilumbolt comme le relevé le plus exact, indique 1"’,24 à l’extrémité méridionale du palais. Dans les deux siècles qui s’écoulent entre ces deux observations, quelle que soit dans le fond du bassin l’épaisseur de la couche produite par les éboulements qui n’ont pu avoir d’autre résultat que l’élévation du sol, le niveau des eaux baisse cependant de 1“',14. Si la masse liquide eut été constamment la même, le niveau des eaux se serait élevé proportionnellement au mouvement du fond, ou les eaux sc seraient répandues loin des bords sur les terrains bas, en raison aussi du volume qui en aurait été déplacé. 11 résulte de la comparaison de ce chiffre avec celui qui précède que, dans une soixantaine d’années, le niveau du lac est descendu de 0'“,G57 au-dessous du plan de la ville. Quoique les variations du niveau des eaux ne permettent pas de déterminer ce rapport avec une exactitude rigoureuse, il n’on est pas moins hors de doute que, si les ensablements et le limon exhaussent le fond du bassin, on ne peut pas dire de même qu’ils fassent monter la surface du liquide, qui baisse au contraire notablement et plus rapidement aujourd’hui qu’autrefois. »
Ces dernières paroles, qui étaient vraies en 1862 et 1863, ne sont plus aussi exactes aujourd’hui. Le niveau du lac de Tezcoco s’est, en effet, élevé plus tard et a produit dans les environs de la ville et dans la ville elle-même des calamités que nous avons détaillées plus haut. Avouons donc qu’il y a dans ces sortes de phénomènes une cause encore mystérieuse et que la cessation absolue des inconvénients qui en résultent ne pourrait avoir lieu que par le déversement des eaux au dehors de la vallée, entreprise gigantesque qui a été tentée dans les temps antérieurs et qui se réalisera sans doute dans les
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temps à venir. En attendant, considérons avec tristesse l’état do choses moderne : les désastres des inondations périodiques et le peu de profit qu’on retire des terrains désséchés lorsque les eaux se retirent. La plume éloquente de M. Orozeo résume dans les termes suivants les effets de ce retrait de la lagune : « Le terrain abandonné par les eaux du lac présente dans toute son étendue l’image de la désolation et de la mort, et remplit le cœur de tristesse. Ce sont de vastes espaces unis où l’on rencontre à peine quelques maigres pâturages composés d’une herbe dure et vitreuse que les Mexicains désignent par le nom de tequixquiçacatl et qui n’excite guère l’appétit des animaux. On voit croître en quelques endroits les pourpiers, les triantemas, quelques gratioles, les alriplex, les chenopodiums, les salsolées et quelques autres plantes qui abondent au milieu du natrón, c’est-à-dire, qui peuvent vivre dans une terre imprégnée de lequezquile. Le reste du sot offre une croûte de sel efflorescent blanc ou jaune qui, frappé par les rayons du soleil, blesse les yeux et produit une pénible impression de tristesse et de découragement. Il ne reste plus rien de ce qui faisait la joie du lac, ni les jardins, ni les fraîches forets que les conquérants y trouvèrent ; rien qui révèle au voyageur la luxuriante végétation des Tropiques. On dirait que la colère de Dieu a passé par là comme sur les villes maudites de la Pentapole. »
Que les gens trop faciles à séduire par les douceurs du ciel de VAnahuac et par les magnificences des grandes perspectives de la vallée arrêtent un instant leur attention sur ces paroles sincères d’un Mexicain érudit et souverainement patriote. Ils y verront à quel point la saisissante réalité revêt quelquefois les couleurs de la poésie pour présenter aux regards les plus tristes tableaux. L’étonnante prospérité de cette poétique vallée dans les temps anciens ne puisait nullement en elle-même sa passagère raison d’etre. Comme la Venise de la Renaissance elle mettait à profit son prestige et l’étonnante activité de ses habitants pour faire affluer dans son sein les richesses que des pays plus producteurs prodiguaient ailleurs à ses entreprises aventureuses et à son insatiable rapacité.
Le peuple mexicain, au début du seizième siècle, était un composé complexe, sans unité anthropologique, si l’on veut du moins le considérer dans toute l’étendue du pays qui s’appela d’abord la Nouvelle-Espagne et qui porte aujourd’hui le nom de Mexique. On peut néanmoins assurer que,
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dans les mœurs et les coutumes les plus essentielles, il existait partout des analogies provenant de l’intluence (pie les dernières races conquérantes, fondatrices du principal empire, avaient fait rayonner des centres d’administration vers les provinces conquises et même jusqu’à d’autres qui vivaient encore indépendantes. Étudier le peuple mexicain dans le centre de son organisation et dans les pratiques qui caractérisaient le mieux ses progrès sociaux, ainsi que ses croyances philosophiques et religieuses avec le degré de civilisation auquel il était parvenu, c’est travailler en même temps à connaître d’une manière générale les vérités de même ordre concernant le pays tout entier. Quehjues exceptions ou quelques particularités locales ne sauraient être considérées comme un obstacle sérieux à l’établissement de convictions uniformes, en ce qui regarde l’essence même des vérités ressortant de l’ensemble. Nous ne disons là rien qui diffère de ce que l’on a pu observer dans tous les pays du monde et dans tous les temps.
Aujourd’hui même, s’il s’agissait de faire une étude dans le but d’établir le degré d’exquise civilisation auquel la France est parvenue, on n’irait pas en chercher les éléments dans les villages arriérés des montagnes des Cévennes ou des landes de la Bretagne, et l’on ne croirait pas que le peu de culture, malheureusement incontestable, de certains districts encore arriérés put obscurcir en quoi que ce soit les éloges que les progrès de l’esprit humain ont méritf's dans les centres principaux de ce pays. On ne trouvera donc pas surprenant cjue, pour juger le degré de culture auquel les Mexicains du temps de la conquête étaient parvenus, nous prenions les éléments de nos appréciations dans les mœurs et les habitudes des familles auxquelles n’avaient mamjué ni les exemples de moralité, ni les meilleurs éléments d’éducation privée et publique. Or, le peuple mexicain ainsi envisagé, sans égard aux préjugés bis'oriques, va nous fournir un surprenant exemple de l’unité de vues et d’aspirations auxquelles l’esprit humain abandonné à lui-même a obéi, à toutes les époques et sur toute la surface de notre globe. Pour nous en convaincre, nous envisagerons ce peuple dans les trois phases les plus essentielles de la vie humaine : la naissance, le mariage et la mort; parce que les pratiques et les croyances qui s’y rattachent sont les plus propres à mettre en évidence les idées que l’homme SC fait de scs devoirs et de sa destinée. Nous nous livrerons à ce triple aperçu en entrant dans quelques détails minutieux relatifs aux habitudes auxquelles le peuple mexicain avaitété entraîné par des instincts de race, les exemples de famille et l’éducation publique. Mais disons d’abord le genre d’iiillueuee que les climals de sou pays auraient pu c.xercer pour adoucir ou exciter se.s iiicliiialions naturelles. Un des plus curieux passages de l’œu-
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