‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 202 sur 704 · ON DISAIT CE SIGNE INDIFFÉRENT EN BIEN ET EN MAL · texte numérisé non relu

ON DISAIT CE SIGNE INDIFFÉRENT EN BIEN ET EN MAL

Le quatrième signe s’appelle ce xochitl et s’étend à treize jours. Il donnait lui-méme son nom à la première journée. Le second jour appartenait à orne cipactli; le troisième, à ei ecatl; le quatrième, ii naui calli; le cinquième, kmacuilli cuetzpallin; le sixième, à chiquacen coati-, le septième, à chicóme miquiztli; le huitième, k chicuei maçatl ; le neuvième, à chiconaui tochlli- le dixième, à matlactli ail; le onzième, à matlactli oce itzcuintli; le douzième, à matlactli omome onomatli; le treizième, k matlactli omei malinalli. Toutes ces journées passaient pour malheureuses. Cependant on les disait aussi indifférentes, et l’on prétendait que quiconque naissait n’importe dans laquelle d’entre elles, fùt-il noble ou plébéien, serait bouffon, plaisant et diseur de bons mots. Il puiserait sa joie dans ce caractère et il serait heureux sous ce signe s’il y mêlait de la dévotion. Mais s’il en arrive à éprouver du mépris pour ce signe, il pourra bien être bon chanteur ou bon ouvrier et puiser dans ces métiers sa subsistance ; mais il deviendra orgueilleux, présomptueux et de mauvais caractère ; il n’aura aucun respect pour ses supérieurs, pour ses égaux, pour les vieillards ni pour les enfants; à tous il parlera dédaigneusement et avec arrogance. Tout le monde le prendra pour un esprit détraqué et pour un abandonné de Dieu ; dans la pensée qu’il a perdu sa félicité par sa faute, tout le monde le méprisera. Quant à lui, se voyant l’objet d’une répulsion générale, il s’en affligera et tombera malade de regrets, et dès lors, il deviendra pauvre, solitaire, oublié de tous, et il arrivera à désirer la mort, parce que personne ne le verra, ne le visitera et ne fera cas de lui. Tout ce qu’il possédait fondra entre ses mains comme le sel dans le liquide, et il finira par mourir pauvre, laissant à peine de quoi lui acheter un linceul. Cela ne lui arrivera, du reste, que pour avoir perdu toute dévotion et toute gratitude à son signe et pour avoir cédé à ses mauvais penchants, en s’abandonnant à la débauche et en courant à sa perte au milieu de ses vices, résultats funestes auxquels il n’arrivera qu’après s’être aliéné la bonne fortune de son signe.

HISTOIRE DES CHOSES

Si quelque femme naissait dans le signe qu’on appelle ce xochill, on disait qu’elle serait bonne ouvrière; mais pour posséder l’habileté de son métier, il faudrait qu’elle fût dévote à son signe et qu’elle fît pénitence pendant tout le temps qu’il régnerait. Si elle manquait à ce devoir, son signe lui deviendrait contraire; elle vivrait pauvre, délaissée de tout le monde et elle abandonnerait son corps aux habitudes vicieuses en se vendant publiquement, du seul fait d’être née sous ce signe qui peut produire également le bien et le mal. On disait aussi que les rois dansaient par dévotion, pendant la durée de ce signe, les jours qui étaient à leur convenance. Lorsque cette solennité devait commencer, on plantait de longues perches couvertes de fleurs à la porte du palais, ce qui voulait dire qu’on devait se livrer à la danse un certain nombre de jours en l’honneur de ce signe. Le roi ordonnait en même temps que le chant dont il serait fait usage en cette occasion serait le cuextecayotl, le ilauancacuextecayotl, le uexotzincayotl, V anauacayotl ou quelque autre de ceux dont il est

fait mention dans ce livre. Les employés qui étaient préposés à la garde des ornements en plumes, dont on faisait usage pour les bals, retiraient de leur cachette tous ceux qu’ils avaient, pour que le roi choisît celui qui serait de son goût. Ils donnaient ensuite, conformément à ce choix, des devises et des objets en plumes aux dignitaires, aux hommes de valeur, aux soldats et à tous les gens de guerre. Ils distribuaient aussi des mantas et des ceintures aux chantres, aux joueurs de teponazlli el de tambours, à ceux qui sifflaient et à tous les autres danseurs et musiciens. On leur donnait également à tous des lamalli de différentes espèces et des molli décrits dans ce livre. Lorsqu’on était fatigué de danser, on enlevait les perches placées à la porte, pour donner le signal de la fin de la danse. On les brûlait et tout le monde cessait le bal dans le palais ; mais les dignitaires pouvaient continuer à danser dans leurs maisons.

1. C’est-à-dire le chant du pays des Cuexleca, de celui des Tlauancacuexleca, de Vexotzinco et de VAnauac.

Page 1