‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 24 sur 704 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

QUI TKAITE DES DEESSES PRINCIPALES QU’ON ADORAIT DANS CETTE NOUVELLE-ESPAGNE.

La première de ces déesses s’appelait Ciuacoatl. On disait qu’elle était la dispensatrice des choses adverses, comme pauvreté, abjection, peines de la vie. Elle faisait souvent des apparitions, croyait-on, sous les dehors d’une grande dame richement vêtue à la manière des cours. On disait aussi qu’elle vociférait et poussait des beuglements dans les airs pendant la nuit. Cette déesse s’appelle Ciuacoatl, ce qui signifie femme de la couleuvre ; on la désigne aussi par le nom de Tonantzin^, c’est-à-dire, notre mère. Ces deux circonstances lui donnent

1. Plume verte très longue et brillante de la queue de l’oiseau [tolotl) nommé quetzaltotoll. Elle est si précieuse que les Mexicains disaient métaphoriquement en parlant à un enfant chéri : noquctzale, ô ma belle plume; ils désignaient aussi, par ce terme, un chef, un supérieur, un père, une mère, en un mot toute personne puissante.

2. Ciuacoatl est composé de civall, femme, et coati, serpent; Tonantzln est la forme révérentielle de lorian, notre mère [nanlli). Cette déesse portait encore le nom de Qui-

une ressemblance avec notre mère Éve qui fut dupée par le serpent, et cela ferait croire que les Indiens avaient eu connaissance de l’événement qui se passa entre Eve et la couleuvre L Elle apparaissait vêtue de blanc avec les cheveux arrangés de telle sorte qu’ils venaient se croiser en tresses sur le front. On dit aussi qu’elle portait un berceau sur ses épaules comme si elle y eût soigné son enfant. Elle se plaçait ainsi, dans le tianquizlli, au milieu des autres femmes et y laissait son berceau lorsqu’elle disparaissait. En apercevant ce berceau oublié, les autres femmes venaient regarder ce qu’il contenait et, y trouvant un morceau d’obsidienne taillé en forme de lance comme celui qui servait à leurs sacrifices, elles étaient convaincues que c’était Cmacoali qui l’avait laissé là.

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