CHAPITRE XI
QUI TRAITE DE L’AUGURE Qu’lLS TIRAIENT DES FANTÔMES NOCTURNES.
Lorsque pendant la nuit ils avaient quelque vision, ils s’en épouvantaient en pensant que c’étaient des fantômes de Tezcatlipoca, car ils en tiraient le mauvais augure que celui qui voyait ces choses devait mourir, ou être fait captif en temps de guerre. Si c’était un soldat fort et valeureux, loin d’en éprouver de la frayeur, il marchait sur le spectre, le saississait et lui demandait des épines de maguey, lesquelles, comme nous l’avons dit, sont un signe de force et de bravoure, assurant au possesseur la bonne fortune de faire autant de captifs qu’il aurait d’épines. S’il arrivait que celui qui voyait ces fantômes fût un homme simple et de peu de savoir, il crachait dessus et leur jetait des saletés. Il ne lui en résultait aucun bien, mais plutôt des disgrâces et de l’infortune. Si c’était un timide qui les voyail, il perdait contenance, il tombait en faiblesse ; sa bouche se séchait au point de ne pouvoir parler et peu à peu il s’écartait du spectre pour gagner quelque endroit d’où il ne pût plus le voir. Quand il était en chemin, il croyait toujours que le fantôme venait derrière pour le prendre, et, quand il arrivait chez lui, il ouvrait vite la porte et, à peine était-il entré, qu’il la fermait à l’instant. 11 se mettait ensuite à quatre pattes pour passer en montant sur les gens qui dormaient déjà.