CHAPITRE VIII
CE CHAPITRE TRAITE d’üNE DÉESSE QUI S’APPELAIT LA MÈRE DES DIEUX, CŒUR DE LA TERRE OU NOTRE AÏEULE.
C’était la déesse ‘ des remèdes et des plantes médicinales. Elle était adorée par les médecins, les chirurgiens, les faiseurs de saignées, les accoucheuses, les femmes qui administrent des abortifs et les devins qui disent la bonne aventure et prédisent le sort heureu.x ou adverse réservé aux nouveau-nés, selon leur manière de venir au monde. Elle était encore l’objet du culte de ceux qui prédisent l’avenir en faisant le jeu des grains de maïs, de ceux encore qui cherchent des augures dans l’eau contenue dans une écuelle, des gens qui disent la bonne aventure au moyen de petites cordelettes attachées l’une à l’autre, lesquels sont api^elés mecailajwuhque^ , de ceux, enfin, qui tirent des vers de la bouche et des yeux ainsi que des petites pierres des autres parties du corps; on leur donnait le nom de tetlacuicuilique^ . Elle était adorée aussi par ceux qui tiennent des maisons de bains ou temazcalli-, ils prenaient soin de placer l’image de cette déesse dans leurs chambres de bain, et lui donnaient le nom de Temazcalleci, qui veut dire l’aïeule des bains*.
Toutes les corporations que je viens de dire se'réunissaient pour faire, chaque année, une grande fête à cette divinité. On achetait alors une femme qu’on prenait soin de parer avec les ornements de la déesse, tels qu’on les voit figurer sur son image. Pendant tous les jours que durait la fête, on organisait des danses avec la pauvre femme ; on la soignait le mieux possible et on s’ingéniait à éviter qu’elle tombât dans la tristesse et pleurât en pensant à sa mort. On lui donnait des mets exquis, l’invitant à les choisir elle-même et on lui faisait des instances comme on en use avec les grandes dames. Pendant tout ce temps, on se livrait devant elle à des simulacres de combat, avec cris et réjouissances, en étalant de grandes banderoles
1. Elle portait le nom de Cintcotl, ou Centeoll, de cinlli, ou centli, maïs, et teotl, déesse. Elle s’appelait aussi Tzinteotl, Xilonen,elc., suivant le degré de maturité du maïs. Cette déesse était principalement adorée chez les Totonaques qui lui avaient élevé sur une montagne un temple magnifique dont l’oracle était très renommé.
2. « Ceux qui comptent ou lisent au moyen des cordes »; pluriel de mecallapouhqui, composé de mecall, corde, et llapouhqui, lecteur; du verbe jooa, compter, lire, etc.
3. Pluriel de lellacuicuiliqui , celui qui extrait des choses à quelqu’un; du verbe cuicuüia, prendre, enlever, tirer, etc.
4. Ou plus exactement « l’aïeule des gens des bains»; àe, temazcalli, bains, et cillî, aïeule ; en composition : noci, mon aïeule ; leci, l’aïeule de quelqu’un ou des gens.
de guerre, et on faisait des largesses aux soldats qui s’escrimaient ainsi pour la réjouir. Lorsqu’arrivait l’heure fatale et qu’on venait de la sacrifier avec deux autres victimes destinées à l’accompagner dans la mort, on l’écorchait; un homme ou un satrape revêtait sa peau, et, ainsi couvert, il parcourait la ville où il était l’occasion de mille insanités.
Quant aux ornements et aux insignes dont on recouvrait celte déesse, la bouche et le menton étaient peints jusqu’à la gorgeavec une couche qui est une gomme noirâtre; une sorte d’emplâtre de
la même matière formait un rond sur la figure. Sa tête était recouverte par une espèce de bonnet formé de manta retroussée et attachée par un nœud dont les bouts retombaient sur les épaules et qui retenait un faisceau de plumes s’éparpillant en flammèches vers le derrière de la tête. Elle était revêtue d’un péplum qui se terminait en bas par une garniture dentelée. Ses jupons étaient blancs, et ses pieds chaussés de cotaras ou sandales^ Elle portait à la main gauche une rondache surmontée à son centre d’une plaque ronde en or et elle tenait un balai de la main droite.