‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 261 sur 704 · DE QUELQUES AUTRES FANTÔMES QUI APPARAISSAIENT PENDANT LA NUIT · texte numérisé non relu

DE QUELQUES AUTRES FANTÔMES QUI APPARAISSAIENT PENDANT LA NUIT

11 y avait une autre sorte de spectre qui apparaissait, pour l’ordinaire, dans les lieux où l’on allait satisfaire ses besoins. Si l’apparition était sous forme d’une petite femme naine, appelée cuitlapanton ou centlapachton, on en augurait une mort prochaine ou la certitude de quelque grande infortune. Ce fantôme était de petite taille, portait les cheveux longs jusqu’à la ceinture et marchait comme un canard. Quiconque voyait un pareil spectre était pris d’une grande frayeur. Personne ne réussissait à s’en saisir, parce qu’il disparaissait sur place, pour apparaître en un autre endroit très rapproché. Si on voulait de nouveau le prendre, il s’échappait et dupait ainsi celui qui voulait s’en saisir, autant de fois qu’il l’essayait, jusqu’à ce qu’enfm celui-ci se décidât à abandonner la partie.

On racontait encore une autre apparition nocturne ; c’était une sorte de tête de mort, qui se présentait tout à coup à la vue d’une ou de plusieurs personnes; elle suivait par derrière, venait battre sur

les mollets et faire, en sautant sur le sol, le bruit étrange qui peut sortir d’une pareille tête. Celui qui l’entendait prenait aussitôt la fuile saisi d’épouvante. S’il s’arrêtait, la tête s’arrêtait également. Si le fuyard enhardi voulait s’en saisir, elle s’envolait autre part, au moment où elle allait être prise. Quelquefois, la personne mystifiée courait encore après la tête; mais elle s’en allait en un autre endroit et continuait ainsi ce manège jusqu’à ce que le poursuivant fatigué et pris de frayeur la laissait et gagnait son domicile.

On voyait aussi pendant la nuit une autre espèce de spectre. C’était un mort étendu, enveloppé dans son linceul, gémissant et faisant entendre des plaintes. Si ceux qui le voyaient étaient gens découragé, ils s’élançaient sur lui pour s’en saisir, mais il ne leur restait entre les mains qu’une motte de terre ou de gazon. Tous ces genres de fantasmagories étaient attribués à Tezcatlipoca.

On tenait aussi pour mauvais présage des coups de sifflet, quand ils étaient entendus sur les montagnes. On en tirait l’augure de quelque malheur prochain. On disait encore que Tezcatlipoca se transformait souvent en coyotl, qui est comme une variété de loup*. Sous ce déguisement, il venait se placer devant des voyageurs pour leur couper le chemin et empêcher qu’ils allassent plus loin. Ceux-ci en auguraient que quelque danger, provenant de voleurs, les attendait sur leur route ou que quelque autre malheur leur arriverait s’ils continuaient leur voyage.

1 . Ce carnassier, très commun au Mexique, fait une guerre continuelle aux animaux domestiques. Il a la voracité du loup, la ruse du renard et la forme du chien. Aussi lui donne-t-on ces différents noms, ainsi que celui de chacal ; mais il se distingue de tous ces animaux et forme, dans le genre chien, une espèce à part que l’on pourrait considérer comme étant la transition du chacal au chien proprement dit; car le coyotl pousse des cris prolongés qui rappellent celui du chacal et, en y ajoutant des saccades de la voix qui sont de véritables aboiements, il rentre dans l’originalité qui distingue l’espèce canine.

APPENDICE

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