III
De la fleur déjà, faite. — Les superstitieux anciens disaient que les bouquets se composant de plusieurs fleurs, qu’on prend à la main pour danser et qui se distribuent aux invités, ne doivent pas être sentis au milieu, parce que le centre est réservé à Tezcatlipoca ; les hommes ne doivent en sentir que le bord.
Du MAÏS. — Les superstitieux d’un autre temps et même quelquesuns d’aujourd’hui disent qu’on doit souffler sur le maïs avant de le mettre au pot pour qu’il y cuise; c’est afin de lui donner le courage de ne pas craindre la coction. On prétendait aussi que si quelques grains de maïs étaient répandus sur le sol, celui qui les voyait était
obligé de les recueillir. Si quelqu’un omettait de remplir ce devoir, il faisait injure au maïs, lequel s’en plaignait à Dieu en disant : « Seigneur, châtiez cet homme qui m’a vu répandu et ne m’a pas relevé; punissez-le de famine, afin qu’il apprenne à ne pas me mépriser, »
De. tecuencholhuiliztli^ ce qui veut dire : passer sur quelqu’un, — Les superstitieux d’un autre temps disaient que si quelqu’un passait sur un enfant qui était couché ou assis, il lui enlevait la propriété do croître et l’obligeait à rester toujours petit. Il y avait cependant un remède à cela, disait-on ; c’était de repasser dans le sens contraire.
De h’atlUiztli^, ce qui veut dire : boire, le petit avant le grand. — Ils avaient un autre préjugé relatif au boire : si deux frères allaient boire et que le plus petit bût le premier, le plus grand lui disait : « Ne bois pas avant moi; car si tu le fais lu ne croîtras plus: tu resteras comme tu es actuellement. »
Du- FAIT DE MANGER A MÊME LE POT-AU-FEU. — Ils avaient un autre préjugé: si quelqu’un mangeait à même le pot-au-feu en y trempani des soupes ou en y prenant la masamorra avec la main, ses parents lui disaient : « Si tu fais encore cela, tu ne seras jamais heureux à la guerre et tu n’y captureras personne. »
Du tamalli cuit, — Si lorsque les tamales cuisaient dans la marmite, quelques-uns s’y collaient comme fait quelquefois la viande, on disait que la personne qui les mangerait ensuite, si c’était un homme, ne lancerait jamais bien les flèches dans le combat et que son épouse n’accoucherait pas heureusement; et si c’était une femme, elle serait malheureuse en couches, parce que son enfant se collerait à ses entrailles.
1 . Substantif verbal tiré de cuencholhuia, sauter par-dessus (une personne ou une chose).
2. Substantif verbal venant de alli, boire {¿) de l’eau {ail).
HISTOIRE DES CHOSES
De l’ombilic. — Quand on coupait l’ombilic des nouveau-nés, si c’élail un garçon, on le donnait à des soldats pour qu’ils allassent l’enterrer en un lieu destiné à combattre. On disait que, par ce fait, l’enfant affectionnerait la guerre. Si c’était une fille, on enterrait son ombilic près du foyer, en disant qu’à cause de cela, elle affectionnerait sa maison et se plairait à faire les choses à manger.
De la eemme enceinte. — On disait que, pour qu’une femme enceinte pût circuler pendant la nuit sans voir des spectres, il était indispensable qu’elle portât un peu de cendre près de la peau sur le sein ou sur la ceinture.
De la maison d’une accouchée. — Lorsque quelque femme allait voir une nouvelle accouchée, en emmenant avec elle quelques-uns de ses fils, elle se dirigeait vers le foyer de la maison et y frottait, avec de la cendre, les tempes et les jointui’es de ses enfants. On croyait que si cela ne se pratiquait pas ainsi, ces enfants auraient des articulations impropres à l’usage, faisant entendre des craquements chaque fois qu’elles seraient mises en mouvement.
Du TREMBLEMENT DE TERRE. — Loi’sque la terre tremblait, on s’empressait de prendre les enfants par les tempes entre les deux mains et on les élevait en l’air. On était dans la croyance qu’ils ne croîtraient plus et que le tremblement les emporterait, si on ne les soumettait pas à cet usage. On avait aussi l’habitude, quand la terre tremblait, d’arroser ses objets précieux avec de l’eau prise dans la bouche et projetée sur eux. On faisait de même sur les seuils de toutes les portes, et l’on croyait que, si on omettait de le faire, le tremblement emporterait toutes ces choses avec lui. Les réfractaires à cette coutume en étaient réprimandés par les autres. Lorsque le tremblement de terre commençait, on poussait de grands cris interrompus par des battements de mains sur la bouche, afin que tout le monde remarquât que la terre était en mouvement.
Du tenamaztUK — Les Mexicains disaient que ceux qui posaient le pied sur le triple support, composé de trois pierres en rond, sur lequel on expose au foyer le pot-au-feu, seraient malheureux à la guerre, n’y pourraient prendre la fuite et tomberaient entre les mains de l’ennemi. Aussi les pères et mères défendaient-ils à leurs fds de marcher sur ce trépied.
De la tortilla qui se tord sur le comalli. — Ils disaient que si la tortilla se tordait lorsqu’on la posait sût \e comalli pour la cuire, c’était un signe indiquant que quelqu’un allait arriver à la maison. Si le mari de la femme qui cuisait le pain était absent, ce signe indiquait qu’il allait venir, puisqu’il avait déjà lancé un coup de pied à la tortilla qui se tordait.
XY
Du FAIT DE LÉCHER LE metlatl. — Ou disait que celui qui passait la langue surlapierreà moudre qu’on appelle metlatP, perdrait ses dents sans retard; c’est pour cela que 'les pères et les mères défendaient à leurs fils de lécher les metates.
De celui qui s’appuie sur un poteau. — On disait que celui qui s’appuyait à des poteaux serait menteur, parce que les poteaux le sont naturellement et communiquent cette propriété à ceux qui s’en approchent; aussi les pères et mères défendaient-ils à leurs fils de s’y appuyer.
Du FAIT DE MANGER ÉTANT DEBOUT. — On prétendait quo les jeunes filles qui mangeaient debout ne se marieraient pas dans leur village, mais ailleurs ; c’est pour cela que les mères leur défendaient de manger en restant sur pied.
1. Pluriel tenamaztiii. On donnait ce nom à trois enfants provenant d’une même grossesse. Ce respect pour les trois pieds de la marmite, se rattachant sans doute à quelque cérémonie religieuse, doit remonter au temps des pérégrinations des tribus mexicaines. Quoi qu’il en soit, il y a là un sujet de très curieuses recherches.