‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 279 sur 704 · I. Voyez livre I, chap. Xll, p. 23 et suivantes · texte numérisé non relu

I. Voyez livre I, chap. Xll, p. 23 et suivantes

HISTOIRE DES CHOSES

« Mais si au contraire il a dit toute la vérité et s’est dégagé de tous ses péchés, il a reçu le pardon de toutes les fautes dont il s’était rendu coupable lorsqu’en trébuchant il était tombé devant vous en péchant de diverses manières, se salissant ainsi lui-même et se précipitant dans un abîme et dans un puits sans fond. C’était sa faiblesse et sa misère qui l’avaient fait succomber, et maintenant il gémit douloureusement sur le passé. Son cœur s’inquiète et s’afllige ; il est au plus grand regret d’avoir fait ce dont il s’est rendu coupable et il est dans le très ferme propos de ne plus vous oiïenser. Je parle en présence de Votre Majesté qui sait toutes choses et qui n’ignore pas que ce malheureux ii’apas péché avec lapleine jouissance de son libre arbitre, parce qu’il y a été aidé et poussé par les qualités naturelles du signe de sa naissance. Et puisqu’il en est ainsi, o très bon Seigneur, appui et faveur de tous, quoique ce pauvre homme vous ait offensé gravement, est-ce que vous ne détournez pas de lui votre colère et votre indignation? Mettez-y un terme, Seigneur; favorisez-le et pardonnezlui ; car il pleure, gémit et soupire en voyant la faute qu’il a commise et l'offense qu’il vous a faite. Il est dans une grande tristesse; il répand d’abondantes larmes ; la douleur de. ses péchés opprime son cœur, et non seulement il s’en afflige, mais encore il en conçoit de l’épouvante. Et s’il en est ainsi, il est juste également que votre foreur et votre indignation contre lui s’apaisent et que ses péchés soient oubliés. Puisque vous êtes un Seigneur très miséricordieux, qu’il vous plaise lui pardonner et lui rendre sa blancheur. Accordez-lui, Seigneur, l’indulgence et la rémission de tous ses péchés, par cette divine intervention qui coule du ciel comme de l’eau claire avec le pouvoir de purifier, et au .moyen de laquelle Votre Majesté fait disparaître les taches et souillures que les péchés causent à l’âme. Faites, Seigneur, qu’il s’en aille en paix et ordonnez ce qu’il doit faire. Qu’il se livre à la pénitence et pleure ses péchés et, quant à vous, Seigneur, donnez-lui les inspirations dont il a besoin pour bien vivre. >>

Ici le satrape s’adresse au pénitent et lui dit ; « 0 mon frère, tu es venu dans un lieu dangereux et difficile, qui excite l’épouvante, où se trouve un ravin coupé, taillé à pic, dont n’échappe jamais celui qui y est tombé. Tu es aridvé à un endroit où les lacs et les filets sont entrelacés les uns aux autres et superposés de façon que personne ne peut passer sans se prendre à quelqu’un d’entre eux ; et ce ne sont pas seulement des lacs et des filets, mais encore des excavations en forme de puits. Toi-même es tombé dans le ravin du fleuve et tu t’es pris dans les filets dont tu ne pourras jamais tout seul te dégager. Tes péchés ne sont pas seulement des lacs, des filets et des puits profonds dans lesquels tu t’es précipité, mais ce sont encore des bêtes

féroces qui tuent et réduisent en lambeaux le corps et l’àme. Peut-être as-tu caché quelqu’un ou quelques-uns de tes péchés graves, énormes, sales et puants qui sont déjà publiés dans le ciel, la terre et l’enfer et répandent une odeur infecte jusqu’aux confins du monde? Tu t’es présenté devant notre très débonnaire Seigneur, appui de tous, que tu as offensé et irrité, dont tu as provoqué la colère contre toi, celuilà même qui, demain ou un autre jour, t’enlèvera de ce monde pour te placer sous ses pieds, et t’enverra à la demeure infernale, universelle où se trouvent ton père et ta mère, le dieu et la déesse de l’enfer, avec leurs bouches béantes prêtes à vous avaler, toi et tous les habitants du monde. Là, il te sera donné ce que tu auras mérité ici-bas conformément à la justice divine et dans la mesure marquée par la pauvreté, la misère et les maladies dont tu auras souffert. De toutes façons, tu ne pourras manquer d’être tourmenté et affligé à l’extrême ; tu te verras plongé dans un lac de misère et de tourments intolérables. Pour à présent, voilà que tu prends pitié de toi-même en venant t’entretenir avec Notre-Seigneur qui voit tous les secrets des cœurs. Confesse donc ce que tu as fait et les péchés graves que tu as commis en te rendant semblable à l’homme qui se jette la tête en bas dans un ravin et dans un abîme sans fond.

« Quand tu fus créé et envoyé dans ce monde, on te fit sans tache ; ton père et mère, Quetzalcoatl, te forma semblable à une pierre précieuse et à une boulette d’or d’une grande valeur. Tu étais, en naissant, comme une riche pierre et comme un joyau d’or très beau et très resplendissant. Mais, poussé par ta volonté et jouissant de ton libre arbitre, tu t’es sali, taché, roulé dans l’ordure et les souillures des méchancetés et des péchés que tu as commis et dont tu viens de faire l’aveu. Tu t’es conduit comme un enfant sans jugement qui se salit, en jouant d’une manière repoussante dans l’ordure. C’est ainsi que lu t’es souillé et rendu haïssable par les péchés dans lesquels tu as trouvé tes délices, tels que tu viens de les découvrir et rendre manifestes aux yeux de Notre-Seigneur qui est l’appui et la purification de tous les pécheurs. Et ne prends pas ces choses pour simple badinage, car il est certain que tu es entré dans la fontaine de miséricorde où se trouve une eau très claire au moyen de laquelle sont lavées les souillures de l’âme par Notre-Seigneur Dieu, protecteur et soutien de tous ceux qui reviennent à lui. Tu t’étais lancé dans l’enfer, et voilà que maintenant tu ressuscites, comme si tu venais de l’autre monde. Tu viens de renaître; tu recommences à vivre, et Notre-Seigneur Dieu te donne à présent même un nouveau soleil et un autre foyer. Tu recommences aussi à fleurir et à briller comme une pierre précieuse sans tache, qui sort du sein de sa mère où elle s’était formée. La

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chose étant ainsi, mets bien ton attention à vivre dorénavant avec prudence et discernement pour tout le temps que tu passeras dans ce monde sous la dépendance de Notre-Seigneur Dieu très bon, très bienfaisant et très généreux. Pleure, sois triste, procède avec humilité et réserve, la tête basse, adressant tes prières à notre Dieu. Ne t’enorgueillis pas en dedans de toi-même, car, si tu le faisais, tu t’aliénerais la pitié de Notre-Seigneur qui lit dans la pensée et le cœur de tous les mortels. Quelle est, en effet, l’estime que tu fais de toi-même? Quels mérites te donnes-tu? Quel est ton point de départ et la base d’action? Quel est ton appui? 11 est clair que tu n’es rien, que lu ne peux rien, que tu n’as aucune valeur; aussi Notre-Seigneur fera-t-il de toi ce qu’il lui plaira, sans que rien le puisse arrêter. Penses-tu qu’il te découvrira, d’ici-bas, toutes les choses futures avec lesquelles il tourmente et afflige, pour que tu les puisses voir, dès à présent, de tes propres yeux? Non certes, car les peines épouvantables avec lesquelles il torture dans l’autre monde ne sont point visibles, et les vivants ne les peuvent apercevoir. Si tu les avais méritées, tu y serais condamné et Dieu t’enverrait à la demeure universelle de l’enfer. Ta maison, où tu vis maintenant si joyeux, deviendrait un dépôt de saletés et d’immondices, en attendant ce que ferait de toi Notre-Seigneur, protecteur de tous, invisible, incorporel et unique, et qu’il lui plût faire disparaître les murs de ta demeure avec les baies vives et les fossés dont tu l’avais si laborieusement entourée.

« C’est pour cela que je te prie de te relever et de faire tes efforts pour ne pas redevenir ^bientôt ce que tu as été dans le passé. Fais- toi un cœur nouveau et une autre manière de vivre et prends soin de ne pas l’etomber dans tes péchés d’autrefois. Remarque bien qu’il t’est impossible de voir de tes yeux Notre-Seigneur Dieu, invisible et impalpable, Tezcatlipoca ou Titlacauan', mais sache bien qu’il est jeune et orné de toutes les perfections infinies et sans tache. Occupe-toi de bien balayer, nettoyer et mettre en ordre ta maison; si tu ne le faisais pas ainsi, lu chasserais de ta compagnie et de ta demeure et tu offenserais gravement cette jeune et très bonne divinité qui fréquente continuellement nos maisons et nos quartiers, s’y récréant et cherchant à discerner ses amis pour les consoler et se consoler elle-même avec eux. Je te dirai enfin que tu ailles t’occuper à balayer et à enlever les ordures et les saletés de ta maison; nettoie-la bien dans son entier; nettoie aussi ta personne ; cherche un esclave pour le sacrifier devant Dieu ; donne une fête à tes supérieurs et chante avec eux les louanges de Notre-Seigneur. Il convient aussi que tu fasses pénitence en travaillant un an, ou plus, dans la maison de Dieu. Là, tu répandras ton sang et tu piqueras ton corps avec des épines de maguey. Afin de

faire pénitence pour les adultères et autres souillures dont tu t’es rendu coupable, tu passeras chaque jour deux fois des fétus d’osier à travers tes oreilles et ta langue alternativement, et ce ne sera pas seulement à cause des péchés charnels susnommés, mais encore en souvenir des paroles mauvaises et injurieuses par lesquelles tu as offensé ton prochain, et aussi pour expier ton ingratitude envers les grâces que tu avais reçues de Notre-Seigneur, non moins que ton inhumanité envers le prochain en ne faisant point l’offrande des hiens que tu tenais de Dieu et en refusant aux pauvres une part des richesses que Notre-Seigneur t’avait données. Tu te chargeras d’offrir du papier et du copal et de distribuer des aumônes aux nécessiteux affamés auxquels manquent le boire, le manger et les vêtements, dusses-tu le retrancher de tes aliments pour le leur donner. Prends bien soin de vêtir ceux qui sont nus ou couverts de haillons, en pensant que leur chair est comme la tienne et qu’ils sont hommes comme toi; fais surtout grand cas des malades, car ils sont l’image de Dieu. 11 n’y a plus rien à te dire; va en paix et prie le Seigneur de t’aider à accomplir ce que tu es obligé de faire, car il est le protecteur de tous. »

Les Mexicains, surtout les Mixleca et les Olmeca^, adoraient TlaçoUeoil, déesse de la luxure. On assure qu’au temps de leur infidélité, les Mixteca, quand ils étaient malades, confessaient tous leurs péchés à un satrape qui leur ordonnait, en réparation, le payement des dettes, la restitution des vols, des usures et des fraudes. En général le satrape, fût-il médecin, devin ou astrologue, obligeait son pénitent à rendre le bien d’autrui dont il était le détenteur.

Les Cuexleca^ adoraient et honoraient TlaçoUeotl. Ils ne s’accusaient point devant elle de la luxure, parce qu’ils ne croyaient pas qu’elle fût un péché.

Quant aux Occidentaux, comme sont les gens de Michuacan, les vieillards ne savent pas dire s’ils adoraient cette déesse de la luxure, appelée TlaçoUeotl.

Les Chichimeca^ n’adoraient pas celte déesse, parce qu’ils n’avaient

Mixteca, pluriel de Mixtecall, habitant de la province de Mixtecapan, vers l’Océan pacifique ; — Olmeca, pluriel de OlmecaÜ, peuples d’origine fort incertaine, qui seraient venus dans l’Anahuac par le nord-est (Panuco) et se seraient établis non loin de Cholula. On leur attribue généralement la construction des pyramides de Teotihuacan.

2. Pluriel de Cuextecatl, habitant de la province de Cuexllan, sur la limite septentrionale du Mexique.

3. Pluriel de C/u’c/iimecaii,Chichimèque. Les Chichimèques comprenaient diverses tribus dont quelques-unes parvinrent à un certain degré de civilisation ; ainsi l’État á’Acolhuacan, d’origine ebiebimèque, avait Tetzcuco pour capitale, qui fut un des centres les plus éclairés et mérita d’être surnommée V Athènes de VAnahuac. Les conquérants espagnols désignaient

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qu’un seul dieu, appelé Mixcoatl\ dont ils possédaient l’image et la statue; mais ils croyaient en un autre dieu invisible, non représenté par une image, appelé Yoalli ehecatl, ce qui veut dire dieu invisible et impalpable, bienfaisant, protecteur et tout-puissant, par la vertu duquel tout le monde vit et qui, par son seul savoir, régit volontairement toutes choses.

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