CHAPITRE X
CE CHAPITRE TRAITE DE CERTAINES DÉESSES QUI S’APPELAIENT CiuapipÜtin.
Ces déesses, appelées Ciuapipillin % étaient toutes des femmes mortes de leurs premières couches, que l’on canonisait du titre de déesses, ainsi qu’on en voit les détails au sixième livre, cliap. xxix. C’est là que se trouvent décrites les cérémonies qu’on faisait à leur mort ainsi que la canonisation qu’on y lira tout au long. Ce que le présent chapitre se borne à raconter c’est que ces déesses vaguent, disait-on, dans les airs ; elles descendent, quand elles veulent, sur la terre où elles affligent les enfants de maladie, comme paralysie, par exemple, et elles pénétrent dans les corps humains. On disait qu’elles choisissaient surtout les entrecroisements des chemins pour pratiquer ces maléfices. Aussi les pères et mères empêchaient-ils que leurs enfants sortissent du domicile les jours qu’on croyait que ces divinités descendaient sur la terre, afin de ne pas être exposés à les rencontrer et à en recevoir quelque dommage. Lorsque quelqu’un était atteint de paralysie ou d’autre maladie subite, ou qu’un démon l’envahissait, on en attribuait la cause à ces déesses. C’est pour cela qu’on leur faisait des fêtes, en offrant dans leur temple ou sur l’entrecroisement des routes du pain fabriqué en différentes formes, figurant tantôt des papillons, tantôt la foudre qui tombe du ciel et qu’on appelle tlauilequilizlli On leur offrait aussi de petits tamalli ‘ qui portent le nom de
]. T>e chaquachlli, teigne, pityriase, peut-être dartre, gale, et iciuilizlli ou iciuizüi, célérité, prestesse; substantif verbal tiré de iciui, se bâter.
2. Pluriel de ciuapilli, grande dame, matrone, femme honorée, vénérée; de ciuatl,
femme, et noble.
3. Ce mot signifie aussi grand coup ; de uilequi, frapper, châtier rudement. La forme en zigzag ou d'un S, représentant la foudre qui tombe, était donnée au pain désigné par le mot xonecuilli.
4. Pain de maïs dont la pâte était enveloppée et cuite dans les feuilles mêmes de l’épi de mais. On dit aujourd’hui tamal, en espagnol.
xocuichtlamatzoalli et du maïs torréfié appelé parmi eux izquiil L’image de ces déesses a le visage blanchi, ainsi que les bras, les mains et les jambes, comme si on les avait teints avec une substance pareille au tiçatP. Elles avaient les oreilles en or et les cheveux contournés en tresses comme les grandes dames. Leur péplum était rayé de noir, les jupons bariolés de différentes couleurs et leurs cotaras blanches.