I. Pluriel de UilzimüL
dissanls comme une pierre précieuse. Et pour que le chemin se fasse jusqu’à l’astre brillant, votre sœur, la déesse des subsistances prend soin de les munir de la besace qu’ils doivent emporter, parce que cette provision des choses nécessaires est la force, le guide, le bourdon de voyage de tous les habitants du monde, et sans elle on ne saurait vivre.
« Mais cette famine dont vous nous tourmentez, ô notre bon Seigneur, est si affligeante et si intolérable que les tristes macehuales ne la peuvent supporter et qu’ils meurent le plus souvent sans autre maladie. Et ce ne sont pas les hommes seulement qui se ressentent de cette calamité, mais encore tous les animaux, ü Notre-Seigneur très miséricordieux. Seigneur des légumes, des gommes et des herbes odorantes et médicinales, je vous supplie de vouloir bien jeter des regards de compassion sur les habitants de votre ville, royaume ou seigneurie : tout le monde se perd et court le risque d’arriver à sa fin. Les animaux eux-mêmes disparaissent et se consument sans qu’on y puisse porter remède. Et puisqu’il en est ainsi, je vous prie de vouloir bien expédier les dieux qui donnent les subsistances, les pluies et les orages, et qui sont les seigneurs des herbes et des grands arbres, afin qu’ils viennent exercer leur mission sur ce bas monde. Que la richesse et la prospérité de vos trésors s’ouvrent sur nous! Que les grelots d’allégresse qui ornent les bourdons des dieux de l’eau s’agitent et entrent en mouvement et que ces dieux s’empressent de chausser leurs cotaras á’ulli pour cheminer avec célérité ! Favorisez, Seigneur, de votre aide le dieu de la terre, ne fût-ce que par une pluie légère, car c’est lui qui nous nourrit et nous entretient lorsque l’eau ne manque pas. Qu’il vous plaise, Seigneur, soulager le maïs, les épis verts et les autres subsistances aussi nécessaires que désirées; ils sont semés et plantés dans les sillons et ils y souffrent les tourments du besoin, faute d’humidité. Faites en sorte, Seigneur, que notre peuple reçoive de votre main cette grâce et cette faveur; qu’ils aient la chance de voir les légumes renaître et de jouir de la fraîcheur, biens inestimables qui sont comme des pierres précieuses. Le vrai fruit et la substance des dieux Tlaloque, ce sont les nuages qui les accompagnent et qui répandent la pluie sur nous. Trouvez bon, Seigneur, que la joie renaisse parmi les quadrupèdes, les herbes, les volatiles et les oiseaux au plumage précieux, tels que le quecholli et le çaquan: que ceux-ci voltigent, chantent et sucent les herbes et les fleurs, mais non point au milieu du tonnerre et des éclairs, qui sont la manifestation ordinaire de vos colères ; parce que, si nos seigneurs Tlaloque venaient accompagnés de la foudre et des éclairs, comme les macehuales sont amaigris et tous les habitants affaiblis par la faim,
HISTOIRE DES CHOSES
ils s’épouvanteraient et seraient saisis de frayeur. S’il en est qui soient déjà destinés à aller au paradis terrestre après avoir péri par la foudre, que ce soit seulement ceux qui souffrent, et qu’il ne soit fait aucun dommage ni préjudice à autres personnes quelconques, pas même parmi celles qui se trouvent éparpillées sur les montagnes et par les prairies. Qu’il n’arrive point de mal non plus aux arbres, aux magueys et aux autres plantes naissant de la terre et nécessaires à la vie, à la subsistance et au bien-être des pauvres gens malheureux et abandonnés qui ne peuvent se procurer qu’à grand’peine les aliments indispensables au soutien de leur existence et qui errent morts de faim avec le ventre vide et collé à l’échine. O Seigneur très bon, très généreux, donateur de toutes les subsistances ! soyez assez bon pour porter la consolation sur le sol et sur toutes les choses qui vivent à la surface de la terre. C’est en soupirant et le cœur opprimé par l’angoisse queje vous appelle et prie, vous tous qui êtes les dieux de l’eau, qui vous trouvez à l’orient, à l’occident, au septentrion et au midi du monde, qui habitez dans les concavités de la terre, dans les airs, sur les montagnes ou dans les cavernes profondes ; venez tous consoler ces pauvres gens et arroser la terre, parce que ceux qui l’habitent, hommes, quadrupèdes et volatiles, ont leurs regards fixés sur vous et mettent leurs espérances en vos divines personnes. 0 nos Seigneurs ! qu’il vous plaise venir! »