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IL RECOMMANDE EN MÊME TEMPS LE CULTE DES DIEUX

LE MÉTIER DES ARMES ET LES SOINS DE l’aGRICULTURE.

Écoutez avec attention, vous tous, ici présents, que Notre-Seigneur Dieu a réunis, vous qui régissez les villes qui me sont assujetties; toi, qui as un emploi dans la chose publique et qui dois être comme le père et la mère de tes administrés; vous tous enfin, nobles et hommes généreux qui êtes devant moi et qui n’avez aucune charge publique : vous êtes là aussi, vous qui appartenez au métier des armes, gens valeureux, animés du courage de l’aigle et du tigre; et vous aussi, femmes nobles, généreuses dames à qui je désire la paix en Notre-Seigneur Dieu tout-puissant, créateur et gouverneur de tous : je veux vous inspirer courage et vous adresser mon salut en quelques paroles que je vais dire. Vous n’ignorez pas, vous tous ici présents, que j’ai été élu roi par la volonté de Notre-Seigneur Dieu, quoique j’en fusse indigne, et que peut-être, par suite de mon ignorance à bien agir. Dieu me chassera et mettra un autre à ma place. Mais, pendant tout le temps qu’il lui plaira de me laisser mon emploi, je ferai ce que je dois pour l’administration de ce royaume, quoique grossièrement, d’une manière défectueuse et en offensant peut-être souvent Notre-Seigneur Dieu. 0 misérable que je suis ! Infortuné, qui ai plusieurs fois fait offense à Dieu, pour mon malheur et par suite de ma misérable condition ! Et, en même temps, j’ai offensé les dignitaires et les illustrations du royaume, mes devanciers, qui en furent les administrateurs, aussi bien que la lumière, le miroir, l’exemple et la science pour tous. Ils eurent toujours à la main une torche très brillante pour éclairer tout le monde ; ils furent très prudents, très sages et très courageux. Placés à ce rang par Notre-Seigneur Dieu, ils ne reçurent de lui ni le savoir, ni le cœur, ni la versatilité des enfants. Il les fit puissants et braves, pour qu’ils châtiassent les méchants de leur royaume et pour qu’ils sussent défendre le pays

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contre ses ennemis. Il les orna enfin de tonies les vertus nécessaires à leurs fonctions. Il les avait connus bons et il les eut toujours pour amis et pour favoris. C’est à de tels hommes que je viens de succéder, pour leur faire honte et affront par mes défauts dans l’accomplissement de mes devoirs. Ce furent eux qui jetèrent les fondements de tout ce qui est édifié aujourd’hui. Ils sont les aïeux, les bisaieux et les Irisaïeux dont nous sommes descendus. Ils déboisèrent les montagnes et les plaines, pour rendre habitables les lieux où nous vivons. C’est par eux que commença la charge de gouverner; ils fondèrent le trône et l’estrade sur lesquels ils ont exécuté ta volonté de Notre-Seigneur Dieu, pendant tous les jours de leur vie.

O malheureux que je suis, homme d’intelligence bornée, de peu de savoir et de basse condition ! il ne convenait pas que je fusse élu pour un emploi aussi élevé! Peut-être cela passera-t-il commemn songe et ma vie s’achèvera-t-clle en peu de temps. Peut-être aussi plusieurs années s’écouleront-elles pendant que jeporterai sur mes épaules cette charge que mes aïeux laissèrent en mourant, charge sérieuse et très pénible, qui doit nous inspirer plus de modestie que d’orgueil et de superbe. Aujourd’hui, avant que je meure — si c’était la volonté de Dieu que je périsse — je veux vous adresser mes encouragements et mes consolations,

Ce que je vous recommande principalement c’est que vous vous teniez éloignés de l’ivrognerie et que vous ne buviez point de Voctli, car, semblable à la jusquiame, il fait perdre à l’homme son bon sens, chose qui inspira la crainte et l’éloignement à nos anciens, qui le linrenl pour digne d’inspirer l’horreur et le dégoût, et c’est pour ce vice que les sénateurs et seigneurs d’autrefois pendirent un grand nombre d’hommes, brisèrent la tête à d’autres à coups de pierre, et en châtièrent quelques-uns de la bastonnade. C’est le vin appelé octli qui est la source de tout mal et de toute perdition ; car, avec l’ivrognerie qui en est la suite, il cause des discordes et des dissensions et tous les troubles et désordres des villes et royaumes. Il est comparable à un tourbillon qui bouleverse et détruit tout; c’est une tempête infernale qui porte avec elle tous les maux réunis. De l’ivrognerie procèdent les adultères, les viols, la séduction des vierges et la violence faite aux parentes et aux alliées ; d’elle viennent aussi le vol, le brigandage et les attaques à main armée; d’elle encore procèdent les malédictions, les faux témoignages, les médisances, les séparations, les bruits, les disputes et les criailleries. Tout cela est le fruit de Voctli et de l’ivresse. Le pulque est aussi une cause d’orgueil et de superbe, qui font qu’on se tient en grande estime et que le buveur se vante sans mesure d’être de haut lignage en méprisant tout le monde et n’estimant per-

sonne. De là proviennent, en outre, les inimitiés et les haines. Les ivrognes profèrent des choses déraisonnables et sans suite, parce qu’ils sont hors d’eux-mêmes. L’homme ivre n’est en paix avec personne; jamais ne sortent de sa bouche des paroles paisibles, mais bien des mots sans mesure qui troublent la tranquillité du pays. Les vieillards nous l’ont ainsi affirmé et nous l’apprenons par expérience.

L’ivrognerie déshonore les hommes nobles et généreux et porte en elle-même tous les maux. Ce n’est pas sans raison qu’on l’a comparée à la jusquiame, puisqu’elle fait perdre la tête à la manière de la plante qui s’appelle tlapatli ou omiztli ; il ne se trompait pas celui qui disait que l’ivrogne est fou et sans cervelle comme celui qui mange le tlapatli ou Vomiztli. Il ne se lie d’amitié avec personne et il n’a jamais de respect pour qui que ce soit. Il est porteur de faux témoignages; il est menteur, semeur de discordes, homme à deux langues et à deux faces. On peut le comparer au serpent à deux têtes qui mord des deux bouts L Ce n’est pas seulement ces mau.x-là que l’ivresse produit; elle est encore la source de bien d’autres, car l’ivrogne n’a ni paix ni trêve; il n’est jamais gai; il ne boit ni ne mange avec tranquillité. Les gens ivres pleurent souvent et sont toujours tristes. Ils sont criards et portent le trouble dans les maisons. Quand ils ont bu, ils vont piller chez les voisins tout ce qu’ils ont : le pot au feu, les jarres, les assiettes et les écuelles. Rien ne dure chez eux et rien n’y prospère ; tout y est pauvreté et malheur : il n’y a ni plat, ni écuelle, ni pot. L’ivrogne n’a pas de vêtement pour se couvrir, ni de chaussures, ni de lit pour dormir. Ses fils et tous les habitants de sa maison sont sales, déchirés, déguenillés ; ses filles couvrent à peine leur nudité de quelque haillon ; car un pèi’e ivrogne ne prend souci de rien, ni du manger, ni des vêtements, ni des personnes de sa famille. C’est pour cela que les rois et seigneurs qui ont régné, qui ont possédé les estrades et les trônes royaux, et qui ont porté à leurs sujets les paroles des dieux, châtièrent de mort beaucoup d’ivrognes, en leur écrasant la tête à coups de pierre ou en les étranglant, la corde au cou. En ce moment, je vous avertis et j’ordonne, à vous nobles et hommes généreux, qui êtes jeunes et ici présents, et à vous aussi, vieillards, qui êtes delà parenté royale, de fuir absolument l’ivresse et l’ivrognerie, c’est-à-dire, que vous ne fassiez pas usage de l’oci/ioude toute autre chose qui abrutisse, decedont vos aïeux eurent horreur. Le vin ne doit pas entrer dans vos usages; vous ne mourrez pas certainement pour avoir cessé de le boire. Je vous prie tous de

1. C’est le maquizccall, du genre ampliisbène; au fig. ce mol, accompagné de chiquimolin^ sorte ue chardonneret, était employé pour dire rapporteur, brouillon, calomniateur, etc.: inaquizcoatlj chiquimolin mochiua, c’est un brouillon.

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l’abandonner. Et vous, braves et bommes courageux, qui vous occupez des choses de la guerre, je vous ordonne de le laisser. Toi, ici présent ou absent de ce lieu, qui l’as déjà goûté, laisse-le ; triomphe de toi-même, ne le bois plus ; tu ne mourras pas pour cela.

Malgré cet ordre, on n’ira pas te surveiller pour t’empêcher de boire. Si tu bois, ce sera pour la satisfaction de ton cœur ; mais quoique ta volonté t’y conduise dans le secret de ton domicile, Notre- Seigneur Dieu, que tu offenses et qui voit tout ce qui se passe, fût-ce dans l’intérieur des rochers et des boiseries, aussi bien qu’au fond de ta poitrine, Dieu, dis-je, découvre tout et connaît toute chose, tandis que j’ignore moi-même ce que tu fais. Dieu donc, qui t’aura vu, ne tardera pas à divulguer ta faute et à la rendre patente sur la place publique. On verra manifestement ta méchanceté, tes souillures, tes vols et tes paroles injurieuses. Peut-être que tu te pendras toi-même ou te jetteras au fond d’un puits; peut-être te précipiteras-tu de quelque hauteur ou dans quelque abîme où tu trouveras ta fin. Si tu te mets à crier et à lancer des bravades; si tu t’étends ivre-mort sur un chemin ou dans la rue; si ton ivresse te fait marcher à quatre pattes... la justice, enfin, s’emparera de toi et tu seras châtié, battu, réprimandé, couvert de honte en présence de tous; et même alors on te punira de mort en t’écrasant la tête sur une pierre, en t’étouffant d’un lac au cou ou en te criblant de flèches. On t’arrêtera quand tu seras occupé à manger et à boire ; peut-être même que les hommes de loi te surprendront au moment ou tu pécheras avec la femme d’autrui, ou dans le flagrant délit de vol quand tu seras occupé à dévaliser les caisses de quelque maison. Le résultat sera qu’on te brisera la tête, ou qu’on te traînera par les rues jusqu’à la place publique, et, de cette façon, tu couvriras d’infamie ta personne et tes ascendants donton dira: « N.... et N...., son père et sa mère, ont laissé ce drôle croître indiscipliné, mal élevé, sans le reprendre; on en voit aujourd’hui le résultat dans ses habitudes; car comme on sème la graine on récolte le fruit. » On dira peut-être aussi : « Malheureux homme! il déshonore ses parents, qui ont produit un pareil drôle pour en être aujourd’hui couverts d’infamie et de honte. « On se contentera peut-être de dire : « Voilà la perversité de cet ivrogne! » Que tu sois noble ou homme du palais, cela empêchera-t-il qu’on te critique? Echapperais-tu aux sarcasmes, parce que tu serais d’une race généreuse et illustre? Non, certainement.

Je vous donnerai pour exemple un grand seigneur de Quauhtitlan , qui s’appelait TlachinoltzinK II était d’illustre race, possédait des vas-

1. Forme révérentielle de tlachinolli, chose brûlée; au fig. tlachinolli teuatl, guerre, bataille.

saux et tenait un emploi élevé; mais comme il s’adonna au vin et qu’il s’enivrait grandement, il y perdit ses dignités et son rang. 1 vendit toutes ses terres et en gaspilla le prix en buvant. Quand il eut achevé de boire la valeur de son héritage, il s’en prit aux pierres et aux madriers de sa propre maison : il vendit tout pour boire et, quand il n’eut plus rien à vendre, sa femme se mit à filer et à tisser pour lui gagner de quoi boire et acheter de Voctli. Ce malheureux qui était tlacatecatl, vaillant homme, courageux et très noble, en arrivait quelquefois, dans son ivresse, à s’étendre sur une route passagère, sale, nu et couvert de poussière. Quoiqu’il fût de rang élevé, on ne manqua pas d’en jaser, d’en rire, de se moquer de lui et de le châtier. Le bruit de cette affaire arriva à Mexico aux oreilles de Moteuhçoma, empereur et seigneur de ce pays, qui mit fin à ce désordre. Il donna l’ordre au roi de Quauhtitlan, appelé Aztaton'^, de procéder contre le coupable, quoiqu’il fût frère cadet dudit Tlachinoltzin. Malgré qu’il fût un personnage du plus haut rang et tlacatecatl, on ne déguisa nullement ses fautes et on l’étrangla en lui passant une corde au cou. Le pauvre tlacatecatl mourut donc ainsi pour s’être enivré bien souvent.

Qui pourrait dire le nombre considérable de nobles, de seigneurs et de marchands qui sont morts à cause de ce vice? Combien aussi de gens du peuple pour ce même motif! Qui pourrait en faire le compte ? Quant à vous, hommes courageux, braves soldats, je vous le demande : y a-t-il eu un roi qui ait ordonné de boire Voctli, (\m a la propriété de causer aux hommes la folie? Il n’y en a pas certainement. Cette boisson est-elle nécessaire à l’existence? Non certes. Donc, qui que tu sois, si tu t’enivres, tu ne m’échapperas pas ; je te prendrai, je t’emprisonnerai; car les villes, les seigneuries et le royaume disposent d’un grand nombre d’employés chargés d’emprisonner et de faire périr les délinquants. On fera de toi un exemple et un objet de terreur pour tout le monde; car tu seras châtié et tourmenté conformément à ton délit; tu seras étranglé et jeté sur la voie publique; ou bien tu seras lapidé et deviendras un objet de frayeur pour tous, car on le jettera dans la rue. Quand tu en seras là, je ne pourrai nullement servir à t’éviter le châtiment et la mort ; car tu te seras mis toi-même, par ta faute, dans les mains des bourreaux, en provoquant la justice contre toi. Cela étant ainsi fait par toi-même, comment pourrais-je t’en défendre? Cela n’est pas possible, et tu devras te souméttre à la peine habituelle. Ce serait en vain que tu lèverais tes yeux vers moi avec l’espoir d’y trouver ta délivrance, puisque tu es déjà tombé dans la gueule du

1. « Petit héron», diminutif de aztatl. Les deux éditions portent Azlatson.

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lion. Fusses-tu mon ami, le cadet ou l’aîné de mes frères, je ne te pourrais être d’aucun secours ; tu es devenu, en effet, mon ennemi et moi le tien, par la volonté de Notre-Seigneur Dieu qui nous a divisés ; je suis obligé de t’être contraire et de combattre contre toi ; je t’arracherais des entrailles de la terre et des profondeurs de l’eau si tu t’y cachais. Mais remarque donc, méchant malfaiteur, que personne ne t’ordonne de boire, et que cela ne te convient nullement. Observe au surplus que les péchés charnels sont très méprisables et qu’il importe que tout le monde les fuie; il importe aussi que personne ne pille et ne prenne ce qui appartient à autrui.

Ce que vous devez désirer et chercher, ce sont les lieux signalés pour la guerre, appelés Teualempan et TlachinoUempan\ où circulent, vivent et naissent les père et mère du soleil, nommés tlacatecatl et tlacochcalcall, qui sont chargés d’offrir, pour manger et boire, à la terre et au soleil la chair et le sang de leurs ennemis. Pour eux la vraie richesse, ce sont les boucliers et les armes; mais en ces lieux de combats on arrive à mériter les riches ornements d’oreilles, les précieux pendants des lèvres, les glands sur la tête, les bracelets et les cuirs jaunes pour les mollets. Là, s’obtiennent aussi les boules d’or et les plumes riches, et tout cela est donné aux guerriers parce qu’ils sont braves. C’est là encore qu’on gagne la richesse et la royauté que Notre-Seigneur Dieu tient en réserve et livre à ceux qui les méritent et qui combattent contre leurs ennemis. C’est là aussi qu’on obtient les fleurs et les roseaux à fumer, les boissons et les mets délicats, les ceintures et les mantas riches, les maisons de grands seigneurs, les plants de mais des braves et le respect qui est la conséquence de la valeur. Ils deviennent alors comme les pères et mères, les protecteurs et les défenseurs de leur ville et de leur patrie; c’est près d’eux que viennent s’abriter les gens du peuple et de basse naissance, comme ils vont à l’ombre des arbres appelés pochotl et aueuetl, pour s’y garantir du soleil.

Remarque bien, toi qui prétends être un homme, que ceux qui se sont rendus illustres, grands et fameux par leurs actions d’éclat sont comme toi et nullement d’un métal et d’une trempe différents des tiens. Ils furent tes frères aînés et cadets ; leur cœur est comme le tien ; leur sang est comme le tien, leurs os comme les tiens, leur chair comme la tienne. Ce même Dieu qui mit en toi l’esprit dont tu vis et te fit don du corps que tu possèdes, leur donna à eux-mêmes cet esprit et ce corps dont ils vivent. Que penses-tu et t’imagines-tu

I . De teuatl et tlacliinoUi qui signifient guerre, bataille, mots unis à lentli, bord, et à la postposition pan¡ dans, sur, etc.

donc? Crois-tu que leur cœur et leur corps soient faits de bois, de pierre ou de fer? Non, ils pleurent et tombent comme toi dans la tristesse. Y a-t-il quelqu’un qui n’aime pas le plaisir? Mais, parce que son cœur est ferme et sévère, il triomphe de lui-même et s’impose de la force pour prier Dieu, afin que ce cœur devienne saint et vertueux. 11 se présente à Dieu tout-puissant avec des pleurs et des soupirs ; il ne cède point à l’envie de dormir; il se lève à minuit pour soupirer, gémir et appeler Dieu tout-puissant, invisible et impalpable. Il l’acclame les larmes aux yeux; il prie avec tristesse ; il lui demande ses faveurs avec instance; de nuit il veille; aux heures de sommeil il ne dort pas, et si c’est une femme et qu’elle soit sage et sensée, elle prend soin de dormir à part ; elle fait son lit en un coin séparé de la maison ; elle y dort peu et attend que l’heure vienne de se lever pour balayer le domicile et allumer le feu. Aussi, Dieu la regarde-t-il avec des yeux de miséricorde ; il répand sur elle ses faveurs dans ce monde, afin qu’elle ne manque jamais du boire et du manger, sans savoir d’où lui vient cette abondance. Ce qu’elle sème dans les propriétés de son héritage croît et se multiplie; si elle veut trafiquer au marché, tout ce qu’elle y fait conduire se vend à sa fantaisie. En récompense de ses peines et de ses veilles. Dieu lui fait la grâce d’une bonne mort. Quant à l’homme, il doit à la faveur de Dieu d’être fort, courageux, vainqueur à la guerre et digne d’être compté parmi les soldats braves et entreprenants appelés quauhpetIatl,ocelopetlatl'.l\ en reçoit encore des richesses, des satisfactions et autres récompenses que Dieu a l’habitude de donner à ceux qui le servent, sans compter l’honneur et la renommée.

0 chevaliers! ô seigneurs de villes et de provinces I que faites-vous? Il ne convient nullement que, comme conséquence de votre passion pour VoctU et de vos vices charnels, les gens du peuple se moquent de nous. Allez-vous-en à la guerre et aux lieux des batailles, appelés Teualempan, où notre père le soleil et le dieu de la terre signalent, inscrivent et marquent en rouge les vaillants et les braves qui s’exercent au métier des armes. 0 jeunes gens nobles et élevés dans les palais parmi les gens de haut rang! ô guerriers vaillants et courageux comme l’aigle et le tigre! que faites-vous ? que devenez-vous? Sortez de vos villes; suivez les vieux soldats à la guerre; n’ayez d’aspirations que pour le métier des armes. Imitez les hommes valeureux qui sont morts en faisant campagne et qui actuellement se réjouissent dans

1. C’esl-à-dire natte d’aigle (quauhlli), natte de tigre (ocetoù). C’est par les noms de quauhlli, ocelotl, miztli, lion, etc., que les guerriers étaient souvent désignés. Les métaphores, ainsi que I on a pu déjà le remarquer, étaient abondantes et formaient l’une des richesses de la langue nahuatl.

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les délices, possesseurs de grandes richesses, humant le suave parl'um des fleurs du ciel et s’occupant au service du Soleil, dont ils font la oie et qui s’appelle Tiacauh quauhtleuamül et in yaomiqui. Ne vous est-il donc pas possible de prendre votre élan et de suivre l’exemple de ceux qui sont déjà en possession des richesses du soleil? Levezvous, marchez au ciel vers le palais du Soleil. Ne pouvez-vous donc pas abandonner l’ivrognerie et les voluptés charnelles dans lesquelles vous êtes plongés? Heureux sont les jeunes gens dont on peut déjà dire et dont on dit qu’ils ont capturé quelqu’un dans le combat ou qu’eux-mêmes, ayant été faits captifs, sont allés dans le palais du

Soleil ! N et N , nos neveux et parents, s’y reposent déjà, tandis

que leurs pères et mères pleurent, soupirent et versent des larmes pour eux.

Si tu es timide et lâche, si tu n’as pas le courage d’affronter les choses de la guerre, va-t’en labourer la terre et semer du maïs ; tu seras laboureur et tu auras, comme on dit, la bravoure des champs. Dieu tout-puissant t’y prendra en miséricorde et tu jouiras de ce que lu auras semé lorsque le fruit aura mûri. Sème et plante dans tes héritages toutes sortes de plantes, des magueys et des arbres ; tes fils et tes petits-enfants en profiteront en temps de disette, et tu en auras aussi ta part; tu mangeras et tu boiras du fruit de tes labeurs.

Prêtez-moi une oreille attentive, nobles et hommes généreux ! — Je m’adresse principalement à toi qui es illustre et de sang royal; aie soin de t’exercer à chanter dans les chœurs et à y jouer des instruments, parce que c’est une pratique propre à relever l’esprit des gens du peuple et que Dieu se réjouit de l’entendre; c’est d’ailleurs là le lieu qui convient pour que chacun y demande à Dieu ce qu’il désire et le prie de relever les cœurs, car il répand réellement ses faveurs toutes les fois qu’on l’appelle avec dévotion en réclamant ses secours C’est en ce lieu et dans cet exercice qu’on médite, examine et invente les ruses de la guerre.

Vous avez élu votre seigneur l’empereur; mais il ne faut pas croire qu’il vivra toujours, ni que son existence sera comme celle de l’arbre et du rocher qui ont une longue durée. Est-ce qu’il ne mourra pas? Est-ce que vous ne devez pas avoir un autre seigneur après lui? Certainement oui qu’il y aura, avec le temps, des élections d’un autre roi et d’autres sénateurs, quand mourront ceux d’aujourd’hui et quand il plaira à Notre- Seigneur de les faire entrer au lieu de leur repos. Et parce que tu es content et que ton cœur est satisfait de voir réussir tout ce que tu désires, ou bien parce que tu es mis de côté sans que personne fasse cas de toi, forcé de vivre solitaire, isolé et oublié, faudra-t-il que, lorsque manqueront ceux qui gouvernent

actuellement, Dieu aille chercher dans un autre royaume quelque homme d’emprunt pour qu’il possède ici et régisse le trône royal et s’occupe des braves et des captifs qui ont vécu dans l’art militaire? Remarque bien que si tu suis le service de Dieu et si tu t’efforces de devenir le familier de ceux qui gouvernent en cherchant auprès d’eux tes vrais plaisirs, tu seras semblable à la femme qui se montre au public galamment ornée, pour qu’on l’aime et qu’on la désire. Il ne te servira de rien, au contraire, de vouloir soustraire ta personne à la société. Te fusses-tu transformé en revendeur de légumes et en bûcheron qui va chercher sa charge de boisa la forêt, Dieu saura t’y distinguer et t’en retirer pour t’élever sur les estrades et t’y donner le soin d’y administrer la ville ou la seigneurie ; ou bien pour placer sur tes épaules quelque charge de la république ou môme quelque dignité royale h Sur qui fixez-vous vos regards, qui attendez-vous pour vous gouverner ? Que faites-vous, homme généreux, illustre et de rang royal? Qui prétendez-vous fuir, de qui vous éloignez-vous? Est-ce de votre ville et de votre société ? Vous, guerriers valeureux, pères de la milice, ne savez-vous pas que le royaume et la seigneurie ont besoin de deux yeux, de deux pieds et de deux mains? Ignorez-vous qu’ils ont besoin d’un père et d’une mère qui les lave, les nettoie et sèche leurs larmes quand ils pleurent? Ils ont besoin aussi de personnes qui exécutent les ordres de ceux qui gouvernent ^ Ces serviteurs des choses de la guerre et de la république iront te chercher n’importe où tu te trouveras occupé à faire de l’herbe, à couper du bois ou à fumer tes sillons, et ils te porteront au trône

1. J’ai fait tous les efforts possibles pour établir quelque suite dans les phrases de ce passage et en rendre le sens compréhensible ; mais j’ai vu que je n’y pourrais parvenir qu’à la condition d’altérer profondément le texte. Je m’arrête donc à^la conviction que le manuscrit primitif de Sahagun a été altéré dans les copies qu’en ont eues Kingsborough et Bustamante, ou que le génie propre de la langue des Aztèques ne s’est prêté que d’une manière imparfaite à la traduction qu’en a donnée Sahagun lui-même en langue espagnole. Je traduis littéralement le passage, en regrettant qu’il ne m’ait pas été permis d’être plus clair en étant plus clair lui-même. Quelque confus qu’il soit, du reste, ce langage est à beaucoup d’égards superbe et il est, pour l’ordinaire, assez correct pour que l’on y puisse voir les pensées les plus élevées de la philosophie la plus digne de respect.

[Noie du traducteur).

2. Ces exécuteurs de la justice étaient au nombre de deux principaux. L’un était noble et appartenait au palais; l’autre, qui était un capitaine reconnu pour sa bravoure, appartenait à la profession des armes. Pour exercer ce même office sur les soldats et capitaines il y avait deux hauts personnages, dont l’un était tlacatecutli, et l’autre tlaccichtecutli. L’un était pilli et l’autre de grade élevé dans l’armée. Il est à remarquer que pou" ces emplois on réunissait toujo s un soldat et un noble. Il en était de même pour les commandements de la guerre On prenait un personnage noble et du palais conjointement avec un brave très exercé dans les choses de la guerre. L’un d’eux s’appelait tlacatecaU et l’autre tlacochcalcatl. Ils s’occupaient de tout ce qui concernait la guerre et la milice. {Cette note est de Sahagun. Kingsborough dit la même chose dans son texte ordinaire .)

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royal pour que tu consoles le peuple dans ses afflictions et ses besoins. Ils mettront dans tes mains les choses de la justice qui sont comparables à une eau claire pour laver et purifier les souiliures et les délits des gens du peuple. Tu seras chargé de faire châtier les délinquants. Notre-Seigneur Dieu qui est partout s’incarnera dans ton visage, les oreilles, la bouche et ton langage, et il parlera par ta voix.

Je vous en supplie, nobles et gens du palais, descendants du sangroyal, et vous aussi, hommes courageux, animés de l’élan de l’aigle et du tigre, qui vous occupez des choses delà guerre, observez-vous de tous côtés et voyez s’il n’y a pas quelque part quelque défaut et quelque tache dans vos habitudes. Observez ce qu’est votre cœur, pour voir s’il est comparable à un saphir ou à une pierre précieuse et s’il est enfin tel qu’il le faut pour l’administration de la république. Si vous avez des taches ou des souillures, si vos habitudes sont mauvaises, si vous vous enivrez, si vous faites des folies, si vous buvez et mangez au delà de ce qu’il convient, vous n’êtes pas aptes à gouverner et vous ne convenez nullement ni à un trône ni à une seigneurie. Si par hasard vous ôtes charnels et souillés par la luxure, vous n’ètes point gens de palais, ni dignes de vivre parmi les seigneurs. Si vous êtes enclins au vol et à vous saisir du bien d’autrui, si vous pillez et volez, vous n’êtes bons pour aucun emploi important. Examinez-vous et jugez si vous méritez de prendre sur vos épaules le peuple et son gouvernement et de devenir le père de tout le royaume. Si vous êtes vicieux comme nous venons de dire, est-ce que vous seriez propres à remplir cet emploi? Certainement non; vous n’êtes alors dignes que de reproches et de châtiment. Vous méritez qu’on vous fasse tomber en confusion, qu’on vous couvre de honte et qu’on vous punisse du fouet comme personnes viles. Vous méritez aussi d’être pris de maladie, de devenir aveugles ou perclus; vous méritez encore de vaguer toute votre vie sales et couverts de haillons comme des misérables, sans espoir d’avoir jamais ni plaisir, ni repos, ni satisfaction. Vous ôtes dignes, en effet, d’avoir toutes les afflictions et de souffrir tous les tourments

O mes amis et mes seigneurs, je vous ai adressé ce peu de paroles pour vous consoler, vous exhorter au bien et réconforter vos cœurs. J’ai dû le faire pour remplir les devoirs de ma dignité, et maintenant, lorsque vous vous trouverez en faute, souvenez-vous de moi et dites : « Nous avons entendu ses paroles et nous les avons méprisées. » Je désire que Notre-Seigneur Dieu vous gouverne dans la paix et le repos. O mes bien-aimés, je vous prie encore une fois de prendre note de ce que vous venez d’entendre. Je voudrais que vous vous

habituassiez à y conformer votre conduite et que personne ne se négligeât. Si, par mépris ou faute de soin, vous oubliiez mes conseils, à qui pourriez-vous en attribuer la faute, sinon à vous-mêmes? Ceux de vous qui pratiqueront ce que j’ai dit et le garderont dans leurs cœurs se feront du bien et seront miséricordieux pour eux-mêmes. C’est ainsi que vous serez tous consolés sur la terre et que vous augmenterez votre renommée auprès des vieillards, en même temps que vous servirez d’exemple pour pratiquer la vertu. Je n’ai plus rien à dire, mais je prie Notre-Seigneur Dieu de vous donner paix et tranquillité en abondance.

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