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vrc de Sahagim est celui qui rappelle les aspirations des immigrants aztèques lorsqu’ils arrivèrent au pays où ils devaient asseoir leur empire. Ils allaient à la recherche de régions enchantées et ils étaient poussés vers les hauteurs des montagnes par l’espoir d’y trouver le séjour de délices qui excitait leur envie ‘. Leur goût pour la riante beauté des sites, dont témoignèrent bientôt les cultures élégantes de leurs jardins, arrêta leur marche au milieu de la fertile vallée dominée par le Popocatepetl, aux bords de ces belles lagunes qui leur parurent favorisera la fois la satisfaction de leurs sens et les besoins de défense, ün peut assurer que dans ce lieu choisi par les Aztèques pour y fixer leur demeure, l’uniformité de sa douce température eût été des plus propres à amollir la férocité d’instincts chez un peuple qui en aurait été fatalement entaché.’ L’aspect de cette nature à la fois grandiose et souriante devait, d’ailleurs, entraîner le calme de l’àme plutôt que le bouillonnement de cruelles passions. On peut donc assurer que l’historien, au moment d’entreprendre l’étude morale du peuple qui a fixé là le point de départ de ses destinées, se trouvera en présence d’actes et d’inspirations qui n’auront eu pour mobiles que les sentiments naturels et les fruits de l’éducation, indépendamment des influences physiques des milieux qui, ailleurs, ont été bien souvent la source inspiratrice des événements les plus décisifs dans l’histoire d’un peuple.
On vient de voir que la vallée de Mexico n’était pas, avant sa conquête par les Espagnols, ce qu’elle est devenue sous l’influence de leur administration. La répugnance que la grande végétation inspirait à ces nouveaux maîtres du sol en fit bannir les arbres magnifiques dont il ne reste plus aujourd’hui que quelques rares vestiges. L’étendue des eaux y a, d’ailleurs, diminué dans des proportions considérables. C’est donc au milieu d’une nature plus riante et plus salubre que nous aurons à transporter nos considérations sur les mœurs et les coutumes des anciens Mexicains. L’enfant dont la naissance va nous fournir les premiers éléments de nos réflexions était appelé à grandir sous un ciel toujours bleu, resplendissant de lu-
1. Sahnguii ilil, en effet, dans sa préface et dans le prologue du VHP livre, que les premiers colonisateurs des hauts plateaux du Mexique venaient des régions septentrionales et croyaient savoir par tradition qu’ils trouveraient le bonheur en gagnant vers le sud les points élevés des montagnes. Quoi qu’il en soit, les pérégrinations de ces premiers colons paraissent avoir obéi à h pensée de s’élever vers les hauteurs, et il nous est permis de voir là les traces d’une double tradition qui témoignerait, d’abord de la croyance, établie parmi les peuples américains, que l’homme avait habité primitivement des climats d'une constante douceur et, de plus, que le séjour des montagnes élévées avait pu seul lui en assurer la jouissance. Les restes de nomlireuses habitations situ 'es à des hauteurs considérables, dans l’Amérique méridionale, paraissent être d’accord avec ces traditions pour témoigner des goûts d’un autre âge pour la résidence des lieux élevés.
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mière. Ses yeux s’ouvraient au milieu des soulèvements les plus grandioses du sol, qui lui faisaient un paysage sans horizon, animé par une variété magique d’aspects et par l’éclat de neiges qui n’ont jamais fondu. Pourrions-nous dire qu’en présence de cet accueil que lui ménageait la nature, les parents et les hommes près desquels il était appelé à vivre restassent indifférents à l’annonce de son apparition sur la terre? Non, certainement ; et nous devons, au contraire, nous hâter d’avouer que le peuple mexicain profitait de cette circonstance, comme de tout autre événement marquant de la vie, pour témoigner de son respect pour les convenances sociales et faire les plus louables efforts pour en régler les lois. La femme qui s’était unie légitimement par les liens du mariage devenait l’objet des prévenances de tous ceux qui l’avaient connue. Une attention bienveillante était portée sur elle, et, aussitôt qu’elle avait fait l’aveu des premiers signes d’un état intéressant de grossesse, la parenté entière, à laquelle venaient se joindre les vieillards les plus respectables de la localité, s’empressait autour de la jeune épousée pour la féliciter par des discours que la tradition perpétuait dans le souvenir des familles. Dès lors, les conseils les plus prévoyants l’entouraient sans cesse jusqu’au moment de sa délivrance.
L’heureuse issue de cet acte, le plus intéressant de la vie féminine, était proclamée sans délai et célébrée par des réjouissances. L’importance de cet événement, qui devait assurer à la patrie un nouveau soutien, était entourée d’un tel respect que, dans les cas malheureux où la mère en devenait victime, elle devait être honorée presque à l’égal d’une divinité. On comparait sa lutte contre la souffrance au combat d’un guerrier valeureux, et, de même que celui-ci, elle recevait la récompense des braves dans une nouvelle vie de délices, au palais du soleil. Au moment où elle rendait le dernier soupir, l’accoucheuse élevait la voix et s’écriait en s’adressant à la défunte : « Réveillez-vous et debout, ma fdle ! le jour a paru et l’on voit déjà les lueurs de l’aube matinale. Les hirondelles et tous les autres oiseaux font entendre leurs chants. Levez-vous, ma fille, et parez-vous de vos ornements ; partez pour ces lieux enchanteurs où s’étale la demeure du soleil votre père. Là, tous les êtres vivent dans la joie, le contentement et les délices. Allez avec le soleil, emportée par les femmes célestes, ses sœurs, qui sont toujours réjouies et rassasiées de plaisir en sa compagnie, car il est le père universel ! » Sublime sentiment! Cette pensée
d’honorer d’une apothéose celle qui a donné sa vie pour assurer au monde une existence nouvelle n’apparaît chez aucun autre peuple avec un pareil enthousiasme d’expression. Ne passons pas avec indifférence devant ces
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admirables paroles, car elles sont pour nous lu révélation d’une autre croyance généralement admise chez las anciens Mexicains. « Réveillezvous Partez pour les lieux enchanteurs, » disait-on à celle qui ve-
nait de fermer ses yeux à la lumière de la vie terrestre. D’autres passages du livre de Sahagun reproduisent cette même pensée, de manière à nous montrer chez ce peuple vraiment remarquable la conviction que l’existence de ce bas monde n’e^t qu’une illusion et un rêve, dont on se réveille, en mourant, pour revivre de la vie réelle.
Mais revenons à l’enfant qui vient de naître. Ce n’était point avec indifférence que le premier soin de l’accoucheuse s’occupait à trancher les attaches qui l’avaient uni, pendant neuf mois, à la vie de sa mère. La section du nombril était entourée des signes d’un respect presque religieux, et ce lien devenu inutile vivait encore dans l'esprit des parents par le souvenir des fonctions dont il avait été l’intermédiaire. L’imagination des Mexicains voyait en lui comme un point de transition entre une existence jusque-là parasitaire et la vie désormais indépendante, et, de même qu’il avait servi à attacher l’enfant avant sa naissance à celle qui venait de lui fournir les premiers mois de la vie, de même on s’évertuait à rendre sensibles par des cérémonies touchantes les devoirs qui vont l’al tacher désormais à sa nouvelle destinée. Quand c’était une fille, son nombril était enterré près du foyer, comme pour dire à la femme qui allait croître que ses devoirs la liaient au domicile et aux soins intimes de la famille. Si c’était un garçon, le nombril était confié à des guerriers valeureux qui avaient mission de l’enterrer dans les lieux où s’engageaient les combats, et bientôt les enfants du voisinage, venant saluer leur nouveau camarade, rendaient sensible l’allégorie de cet acte en s’écriant : « O yaotl! o yaoil! pars vers le champ de bataille; ton métier est de réjouir le soleil et la terre en leur donnant du sang à boire et de la chair à manger. Ton sort est celui des guerriers, aigles et tigres, qui sont morts à la guerre et qui se
réjouissent aujourd’hui en chantant devant le soleil »
(page 457).
De toutes parts, au surplus, on venait féliciter le nouveau-né en lui donnant la bienvenue. Dans les discours qui étaient prononcés à son sujet, les vœux se formulaient toujours avec des restrictions où dominaient les doutes sur sa future destinée. On en peut juger par les paroles que l’accoucheuse prononçait à ce sujet en adressant une allocution à l’eau du baptême : « Notre-Dame miséricordieuse, disait-elle, votre serviteur ici présent est venu dans ce monde où l’ont envoyé nos père et mère, les dieux qui résident au neuvième ciel. Nous ignorons quels sent les dons
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qu’il apporte; nous ne savons })as ce qui lui a été attribué avant le commencement du monde, ni quel est le sort dont il vient enveloppé » (page 441). Deux mots de ce discours prouvent à quel point les Mexicains étaient fatalistes; car ils paraissent faire remonter leurs destinées à la l aison idéale de la création et à l’éternité des desseins d où découla l’univers. On le voit plus clairement encore dans un autre passage du livre : « Personne, parmi ceux qui naissent dans ce monde, ne reçoit son sort sur cette terre; nous l’apportons, en réalité, avec nous-mêmes en naissant, car il nous fut assigné avant le commencement du monde » (page 227). Leurs bonnes ou mauvaises foitunes étaient donc éternelles comme la volonté suprême de laquelle tout est sorti. Cette conviction générale se traduisait, chez eux, en détails nombreux qui se peuvent lire dans les parties de ce livre qui traitent des rapports de la naissance avec certains phénomènes de la nature. Personne n’ignore, du reste, que des nations hautement civilisées de l’Ancien Monde obéirent aux mêmes croyances ; mais ce peuple américain eut sur elles l’avantage d’être conséipient avec scs convictions. Il sut comprendre, en effet, que s’il n’était pas l’auteur volontaire de ses fautes ou de ses mérites pendant la vie, la raison s’opposait à la pensée qu’il en fût puni ou récompensé après sa mort. Plusieurs passages de cet ouvrage nous démontrent les idées qui le dominaient à cet égard; car il y est dit expressément que les joies ou les satisfactions qui étaient le partage de chacun dans la vie immortelle dépendaient uniquement du genre de mort, sans grand égard au plus ou moins de mérite qui Pavait précédée; mais n’anticipons pas sur les développements que cette croyance comporte et que nous aurons à étudier bientôt avec plus de détails.
C’étaient les augures qui se chargeaient du soin de révéler, par la connaissance de certains signes, quelle serait la destinée de l’enfant dont on venait leur annoncer la naissance. Mais, veuillez voir à quel point ce peuple s’était évertué à ne rien étouffer dans l’homme de ce que pouvaient produire les élans de sa volonté dégagée de toute entrave. 11 n’avait point voulu qu’il pût jamais succomber au découragement sous la pensée d’une destinée fatale qui aurait pesé sur son initiative en toute chose pour la rendre inféconde. Aussi les augures s’empressaient-ils, en entrevoyant un mauvais sort, de détadler les moyens qui pouvaient servir à le conjurer.
Ainsi donc, ce rapide coup d’œil jeté sur l’avènement d’un nouvel être nous fait voir à quel point les Mexicains avaient su honorer de leurs lespects ce premier pas que l’homme fait dans la vie, aussi bien que les circonstances qui l’y avaient immédiatement précédé. Les allocutions dont la tradition avait fait parmi eux une habitude et qui étaient prononcées à
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(ji'oposde cet événement nous dévoilent aussi que les indigènes de l’ancien Mexique pratiquaient le culte du souvenir à l’égard des aïeux. L’amour de la famille, qui est la base solide des sentiments du devoir envers la société et la patrie, e.xistait très vivace dans leur coeur ; « Oui, disait-on, en félicitant les parents du nouveau-né, voilà que germent et lleuris'Cnt la renommée et la gloire appelées à faire revivre la mémoire des aïeux dont
les dieux nous transmettent ici l’image et l’empreinte ! » C’étaient
le plus souvent les vieillards (|ui se chargeaient du soin de témoigner à la famille les sentiments de joie et de sympathie dont le nouveau-né était l’occasion. Rien n’est touchant, dans les coutumes favorites des Aztèques, comme ce sentiment qui réunit les âges extrêmes et qui porte les plus anciens à venir faire montre de leur passé et de leurs vertus civiques pour honorer la naissance d’un concitoyen et pour lui servir plus tard d’exemple et de guide. Dans tous les rangs de la société, du reste, tout le monde était pénétré de respect pour les personnes d’un âge avancé. Partout, dans les cérémonies religieuses, dans les banquets, dans les conseils de toute sorte, dans les réunions de corporations quelconques, les vieillards occupaient les places de distinction et c’était à eux qu’étaient rendus tous les honneurs. La loi elle-même semblaient faire trêve à scs sévérités et couvrait en leur faveur du voile de l’indulgence les fautes (|ui s’expiaient, à un autre âge, par les peines les plus rigoureuses. Ainsi, leur droit de boire le pulque, même jusqu’à l’ivresse, était passé dans les habitudes, tandis que les jeunes hommes expiaient l’ivrognerie par la bastonnade appliquée jusqu’à la mort.
Mais ne nous laissons pas égarer par des considérations qui nous éloignent de la partie de notre sujet qui en ce moment nous intéresse. Peu de jours après sa naissance, l’enfant recevait l’eau du baptême des mains de l’accoucheuse qui venait de donner ses soins à la mère à l’heure de la délivrance. Cette cérémonie avait pour but de laver le nouveau-né des .souillures originelles qui n’étaient nullement le résultat de ses fautes, puisque le petit être n’avait pas encore vécu. Ce n’est certainement pas sans surprise que noirs voyons chez ce peuple, qu’aucun contact avec l’Ancien Monde n’était venu éclairer, l’idée d’une décadence de l’humanité entière, par suite de démérites se perdant dans la nuit des temps et dont les Aztèques connaissaient probablement la nature, mais que les documents historiques en notre pouvoir ne nous ont point expliqués. Les paroles prononcées par l’accoucheuse à l’occasion de ce baptême sont pleines d’éloquence et démontrent la conviction sincère dont ce peuple était animé : « Voilà l’eau céleste », disait-ellc en mouillant les seins de l’enfant ; «voilà