De niaçall, cerf , ei coati, serpent
DE IA NOUVELLE-ESPAGNE
VOUS venez de dire, ainsi que la bienveillance dont vous faites usage envers moi en vous occupant de ma personne. Je vous ai sans doute causé bien des peines et des fatigues ; que ce que vous dites s’accomplisse, car mon cœur le désire également; il est temps que je commence à faire l’expérience des difficultés et des périls du monde. Qu’ai-je donc à faire? »
Cela étant dit, on apprêtait le repas en faisant des tamales, moulant du cacao et cuisant le molli. Ils achetaient ensuite une hache à couper du bois. Après ces préparatifs, on faisait appeler les maîtres des jeunes gens, qu’on nommait telpochtlatoque. On leur donnait à manger et on leur présentait des roseaux à fumer. Le repas étant fini, tous les vieux parents et les habitants du quartier s’asseyaient. On plaçait devant eux la hache dont les jeunes hommes font usage quand ils habitent avec leurs maîtres. C’était alors que l’un des parents du jeune homme à marier prenait la parole en disant : « Vous, ici présents, seigneurs et maîtres des jeunes gens, ne trouvez pas mauvais que votre frère N..., qui est notre enfant, veuille s’éloigner de votre compagnie. Il pi'étend prendre femme. Voici cette hache qui est le signe de son désir de se séparer de vous, selon la coutume des Mexicains ; prenez-la et laissez-nous notre fils. » Alors le supérieur des jeunes gens répondait : « Moi et les jeunes gens avec lesquels votre fils a été élevé pendant quelque temps, nous avons entendu que vous avez résolu de le marier; à partir de ce moment, il sera séparé d’eux pour toujours : qu’il soit fait comme vous l’ordonnez. » Ils prenaient aussitôt la petite hache et s’en allaient en laissant le jeune homme dans la maison de son père. Alors ses vieux parents se réunissaient en une conférence pour voir quelle serait la jeune fille qui pourrait lui convenir. Après qu’on était tombé d’accord sur celle qui lui conviendrait et qu’on demanderait pour lui, on en prévenait les vieilles matrones qui avaient pour métier d’intervenir dans l’agencement des mariages, et les parents du jeune homme les priaient d’aller de leur part parler à la personne qui avait été choisie par les parents réunis. Le lendemain, elles se rendaient à la demeure de la future et priaient ses parents de donner sa main au jeune homme. Elles s’acquittaient de cette commission dans un langage éloquent et persuasif. Après avoir entendu l’objet de leur message, les parents de la jeune fille répondaient en s’excusant, comme voulant se faire prier, donnant pour prétexte que la demoiselle n’était pas encore disposée à se marier et qu’elle ne méritait point un si bon jeune homme. Suivaient ensuite quelques paroles de cajolerie et, la conversation étant finie, on prenait congé et les vieilles s’en allaient en disant qu’elles reviendraient le lendemain, après
HISTOIRE DES CHOSES
avoir prié les parents de réfléchir posément à ce qu’il conviendrait de faire. Elles revenaient le lendemain de bonne heure pour reprendre les conversations relatives à l’afTaire; les parents de la jeune fille les congédiaient de nouveau avec mille cajoleries et les priaient de revenir encore le jour suivant. Elles revenaient, en effet, le quatrième jour pour entendre la réponse et la détermination définitive des parents qui se décidaient alors à parler en ces termes : « Señoras, cette petite vous cause bien du tracas, puisque vous mettez tant d’obstination à la rechercher pour femme de ce jeune homme dont vous parlez; nous ne comprenons pas qu’il se fasse à ce point illusion, car elle n’est bonne à rien et ce n’est qu’une petite niaise. Mais puisque vous y mettez tant d’insistance, il est nécessaire — car cette jeune fille a des oncles, des tantes et d’autres parents — qu’ils voient tous ensemble ce qu’il est convenable de faire ; voyons donc ce qu’ils diront. 11 est juste aussi que notre fille l’entende. Revenez donc demain et vous emporterez la conclusion de l’affaire. » Le lendemain les parents de la jeune fille se réunissent et s’entretiennent de la chose tranquillement et avec calme et, quand on est arrivé à conclure, les parents de la jeune fille disent ce qui suit : « C’est bien; c’est fini ; le jeune homme sera bien content d’apprendre ce qui a été résolu ; c’est avec plaisir qu’il se mariera avec elle, dût-il lui en résulter de la pauvreté et des peines, puisqu’il semble être réellement attaché à cette jeune fille, malgré qu’elle ne sache rien faire et qu’elle soit tout à fait novice en son métier de femme. » Et sans tarder, les parents de la jeune tille s’adressaient à ceux du futur pour leur dire : « Señores, que Dieu vous ait en paix; l’affaire est conclue; convenons du jour où nous devons les réunir. » Après qu’ils s’étaient séparés, les vieux parents du jeune homme allaient demander aux devins quel serait le jour propice à la célébration de cet acte. On en recevait pour réponse que le moment le plus opportun pour la conclusion de cette affaire devrait être choisi dans les jours où régnent les signes (\'acatl, à'oçomatli, de cipaclH, de quauhlli ou de calli. Aussitôt après, on se mettait à l’ouvrage afin de préparer les choses nécessaires pour le jour de la noce qui devait se célébrer sous un des signes qu’on vient de dire. On mettait en état les pots qui devaient servir à cuire le maïs, à faire le cacao moulu qu’on appelait ; on cueillait les fleurs dont on aurait
besoin, les roseaux à fumer appelés yetUlW^, les plats nommés mo¿caxitl^, les gobelets appelés çoquitecomatl’' , les chiquiuül ou paniers.