‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 301 sur 704 · Plat, tasse, écuelle [tecomaÜ) en terre (çoqidtl · texte numérisé non relu

Plat, tasse, écuelle [tecomaÜ) en terre (çoqidtl

On commençait à moudre le maïs et à le mettre dans des apaztli ou cuvettes; on s’occupait à faire des ¿amales iour et nuit pendant deux ou trois jours; on dormait à peine, afin de ne pas interrompre tous ces travaux. La veille de la noce, on invitait d’abord les gens honorés et nobles; on passait ensuite à d’autres personnes, comme par exemple les maîtres des jeunes gens et les jeunes gens eux-mêmes, et on finissait par les parents du futur et de la jeune fille. Le jour de la noce étant venu, les invités entraient de bonne heure dans la maison de ceux qui allaient se marier. C’étaient d’abord les maîtres des jeunes gens avec toute leur suite; ils prenaient seulement du cacao et buvaient du pulque. Tous les vieillards des deux sexes venaient manger à midi ; c’était l’heure où dînaient aussi un grand nombre de personnes auxquelles on servait des mets, des fleurs et des roseaux à fumer. Beaucoup de femmes invitées apportaient des manias et en faisaient offrande. D’autres qui étaient pauvres n’offraient que du maïs. Ces offrandes se faisaient devant le feu, tandis que les vieillards, hommes et femmes, buvaient de Vocili modérément dans des vases de petit volume. On les vidait trois, quatre ou cinq fois, sans dépasser ce nombre; cela suffisait, du reste, à tourner la tête des buveurs, parce que c’était du vin préparé. Dans l’après-midi de ce jour on baignait la future ; on lui lavait les cheveux ; on lui couvrait les bras et les jambes de plumes rouges et on lui collait sur la peau du visage de la poudre de marcassite. Si la mariée était très jeune, on lui mettait des poudres jaunes appelées tecoçahuiil^. Après ces premiers préparatifs, on la faisait monter sur une estrade, près du foyer, et tous les vieillards, parents ou invités du marié venaient l’y saluer, en lui disant : « Par vous, ma fille ici présente, sont honorés les vieillards à l’égal de vos parents. Vous augmentez le nombre des femmes âgées ; vous avez fini d’être une jeune fille et vous commencez déjà à entrer dans la vieillesse ; il est donc temps que vous laissiez vos enfantillages. Vous ne devez plus à l’avenir vous conduire comme une enfant, mais il convient que vous adressiez vos paroles et vos saluts à tout le monde dans les termes d’usage. Vous aurez à vous lever la nuit, balayer la maison et allumer le feu avant qu'il fasse jour. Vous devrez quitter le lit chaque jour avant l’aurore. Prenez garde, ma fille, de nous déshonorer ou de nous faire tomber en affront, nous tous qui sommes vos pères et mères. Vos aïeux ne viendront pas vous dire ce qu’il vous importe de faire, parce qu’ils sont déjà morts; c’est en leur nom que nous vous parlons. Vois bien, ma pauvre petite, prends courage; tu vas te séparer de ton père et de ta mère; ton

1. De lecoçauia, peindre, colorier, teindre en janne [cozlic].

HISTOIRE DES CHOSES

cœur ne doit plus leur donner la préférence; ce n’est plus avec eux que tu dois rester; tu dois les abandonner absolument. 0 notre enfant, nous désirons que tu sois heureuse et prospère. »

La mariée, après avoir entendu ces paroles, répondait les larmes aux yeux : « Señor de toute mon estime, vous m’avez tous fait une grande faveur en venant ici ; votre cœur s’est montré bon et vous vous êtes dérangés pour moi, afin de m’honorer. Je tiens pour précieuses et très estimables les paroles que vous m’avez dites. Vous vous êtes conduits comme de véritables pères et mères en me parlant et en me donnant vos conseils; je suis très reconnaissante pour le bien qu’on m’a fait. » A l’heure du coucher du soleil les parents du jeune homme venaient en compagnie de plusieurs matrones âgées et honorables pour emmener la mariée et ils disaient en entrant dans la maison : « Peut-être vous causerons-nous quelque émoi par notre bruyant empressement; sachez que nous sommes ici pour notre fille et que nous désirons qu’elle s’en vienne avec nous. »Tous les parents de la jeune fille se levaient aussitôt, et une forte matrone, qui venait dans ce but, préparait une grande manta appelée tlilquemiil^ qu’elle étendait sur le sol en écartant les coins. La mariée s’y plaçait à genoux et la matrone la chargeait sur ses épaules. On allumait alors des torches préparées à l’avance : c’était le signal donné pour le départ vers la maison du mari. Tout le monde l’accompagnait en formant deux rangs, comme on le fait pour les processions, à l’exception des parents de la jeune fille qui se groupaient autour d’elle. Tous les yeux étaient fixés sur la mariée, et ceux qui étaient dans les rues pour jouir du spectacle disaient à leurs filles : « Heureuse jeune fille ! Regarde bien comme elle va... On voit bien qu’elle a été obéissante à ses parents et qu’elle a profité de leurs conseils. Tu n’en fais pas autant, toi ; ce que l’on te dit pour ton bien, les observations qu’on te fait, tu prends tout à l’envers et tu ne mets rien en pratique. Cette jeune fille qui se marie, là, avec éclat, est, paraît-il, bien élevée, imbue de saines doctrines; elle a bien écouté les conseils et les leçons de ses honorables parents : non seulement elle n’a pas désobéi à ses père et mère, mais elle leur fait honneur, ainsi qu’on voit actuellement. » Aussitôt que la mariée était arrivée dans la maison de son époux, on les plaçait tous les deux près du foyer, la femme à la main gauche et le jeune homme à la main droite. La belle-mère se présentait à l’instant pour offrir ses cadeaux à sa bru ; elle la couvrait d’abord d’un uipilli et plaçait ensuite à ses pieds un cueitl, ou jupon, le tout parfaitement brodé. La belle-mère du marié venait ensuite avec ses présents pour

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