Sorte de vêtement (quemill) brun ou noir (tlilli
son gendre : elle le couvrait d’abord d’une mania nouée sur l’épaule et plaçait une ceinture à ses pieds. Cela étant fait, les marieuses nouaient la mania du marié avec le uipilli de la jeune fille et la belle-mère de celle-ci venait lui laver la bouche; elle plaçait en môme temps des tamales auprès d’elle dans une assiette en bois, ainsi qu’un plat de molli appelé tlatonilli. Elle en donnait quatre bouchées à sa bru; c’était la première chose qu’on mangeait. Elle en offrait quatre autres immédiatement après au marié et, tout aussitôt, on les conduisait dans une chambre; les marieuses les faisaient tomber sur leur lit; on fermait les portes et on les laissait seuls. Tout le monde étant sorti de la chambre, les vieilles marieuses, appelées titici, qui étaient comme les prêtresses du mariage, s’occupaient à faire la garde à la porte. Elles ne s’en allaient point chez elles ; elles buvaient et passaient là toute la nuit. Les choses continuaient ainsi pendant quatre jours, après lesquels on faisait une cérémonie consistant à porter au milieu de la cour la natte sur laquelle les mariés avaient couché; on l’y secouait d’une certaine façon et on la reportait ensuite à la chambre nuptiale. Pendant tout ce temps, les parents de la mariée mangeaient et buvaient dans la maison avec les parents du mari. Ils se traitaient mutuellement comme beaux-frères et alliés, et c’était à ces titres qu’ils s’adressaient la parole et établissaient leurs relations. Cela étantfini, ils rentraient tous chez eux bien contents, et les vieilles ' parentes du marié parlaient à la jeune femme en ces termes : « Ma fille, nous ici présents, qui sommes vos mères et vos pères, nous voulons vous consoler. Prenez courage; ne vous affligez point du poids des obligations que le mariage va vous imposer. Quoique la charge soit lourde, vous la supporterez avec l’aide de Notre-Seigneur. Priez-le qu’il vienne à votre secours. Qu’il lui plaise vous faire vivre de longues années et vous conduire dans le chemin abrupt des difficultés de la vie. Espérons, ma fille, que vous arriverez au sommet sans que Dieu s’y oppose par aucun emj)êchement ni fatigue; mais nous ne savons pas ce que sa majesté divine jugera à propos de faire : espérez en elle. Voici cmqmantas que votre mari vous donne pour vos affaires du marché, afin qu’elles vous servent à acheter du du sel, de Vocotl et du bois, à l’usage de votre cuisine. Telle est la coutume qui nous a été transmise par nos prédécesseurs. Travaillez, ma fille, et faites toute seule votre métier de femme ; personne ne vous y aidera. Nous nous en allons ; soyez heureuse et prospère autant que nous vous le souhaitons. » Cela étant dit, la belle-mère du nouveau marié lui parlait en ces termes : « Vous voilà, mon fils, devenu notre tigre, notre aigle, notre plume riche et notre pierre précieuse; car vous êtes notre fils bien tendrement aimé. Comprenez bien que vous
HISTOIRE DES CHOSES
êtes marié et que noire fille est votre femme ; ne prenez point cela pour une plaisanterie : vous êtes bien certainement dans un monde nouveau. Vous êtes émancipé et vous avez devant vous une manière de vivre différente de celle que vous avez eue jusqu’ici. Soyez homme et abandonnez votre cœur d’enfant. Il ne vous convient plus désormais d’être un jeune espiègle, ni de vous associer aux jeunes gens dans des parties de plaisir, ni de passer votre temps avec les maîtresses et dans des farces de jeune homme, parce que vous appartenez au rang de marié, c’est-à-dire que vous êtes tlapaliui'^. Adonnezvous au travail en chargeant vos épaules, sur les routes, de chilli^ de sel, de salpêlre et de poissons, pour les porter de village en village. Habituez-vous aux difficultés et aux fatigues de l’esprit et du corps, couchant dans les recoins, dans les demeures étrangères et sur le seuil des maisons inconnues. Familiarisez-vous avec le danger de traverser les rivières, de monter dans les chemins escarpés et de voyager dans les déserts. Accoutumez-vous au froid et aussi à ces grands soleils dont vous aurez besoin de modérer la chaleur au moyen de l’éventail de plumes que vous devez porter à la main. Habituez-vous à manger du pain desséché, avec du maïs torréfié. Ne pensez point à vivre désormais délicatement dans le luxe et les douceurs, car il faudra gagner la vie à la sueur de votre front Le boire et le manger ne poussent tout seuls dans la demeure de personne: ce dont on a besoin ne tombe pas à l’improvisle devant nous. Les provisions ne se rassemblent pas sans qu’on s’en occupe ; il est nécessaire de travailler de toutes nos forces pour mériter la miséricorde de Dieu. Il n’y a pas autre chose à vous dire. Soyez heureux. »