ONT DIT
Nos seigneurs et nos pères bien-aimés, c’est pour moi que vous avez fait une route fatigante dans laquelle il y a des chutes et des mauvais pas, malgré les grandes affaires et les occupations importantes dont Notre-Seigneur vous a chargés. Vous avez tout abandonné pour moi, afin de me donner contentement, repos, satisfaction par vos paroles, vos conseils et vos précieux avis paternels, que vous aviez thésaurisés dans vos gorges et dans vos entrailles comme on fait pour les choses les plus désirables. Nous n’oublierons point ces paroles, ni moi ni mon mari ici présent, votre serf et serviteur, auquel Notre-Seigneur m’a unie. Pourrait-on croire par hasard que l’indifférence lui fasse jamais oublier ni votre conduite ni le motif qui vous a fait venir ici?
Il est très vrai qu’il a plu à Notre-Seigneur de nous donner une pierre précieuse ou une plume riche ; j’aurai le bonheur de voir venir à la lumière du jour ce qui n’est que commencé, si tel est le plaisir de Dieu ; mais peut-être aussi serai-je privée de ce bienfait et ne jouirai-je point de la présence de mon enfant ; j’ignore ce que Notre- Seigneur aura déterminé en cette importante affaire. Ce que je sais uniquement, c’est que je n’ai aucun mérite pour que cette créature vienne au monde ; je ne puis savoir si elle verra le jour afin de mettre bien en évidence la grâce qui m’a été faite. Votre serf et serviteur est ici présent; lui et moi allons toujours ensemble comme si nos mains étaient attachées l’une à l’autre- Qui sait s’il lui sera donné de voir et de connaître le visage de celui qui est dans mon sein et qui a
HISTOIRE DES CHOSES
été fait, (le son propre sang? J’ignore s’il verra son image dans la créature qui est en moi, ou si le Seigneur qui est en tous lieux se rira de nous en la faisant couler comme de l’eau, en l’affligeant de quelque .maladie, à son âge le plus tendre, ou en la faisant naître avant le temps ; et de la sorte, il ne nous resterait plus que notre désir de posséder de la famille, sans que nos pleurs et notre pénitence parussent dignes d’autre chose. Espérons cependant en Notre-Seigneur, quoique nous soyons sans mérite. Mes pères et seigneurs bien-aimés, je vous souhaile toutes sortes de repos et de contentements.