IC.I LA MÈRE ET LES PARENTS DE LA MARIÉE RÉPONDENT A L’ACCOUCHEUSE
Très chère señora, notre mère spirituelle, faites votre métier, agissez selon le vœu de notre déesse Quilazdi', et procédez au bain de cette jeune femme. Le bain est la fleur de Notre-Seigneur; nous l’appelons temazcalli. C’est là que Yoallicül, qui en est la déesse, aide et guérit.
1 . Plus connue sous le nom de Ciuacoall, femme serpent, ou mère du genre humain, à laquelle Ilzr.oatl, 4' roi de Mexico, fit élever un grand temple. Voy. la note 2 de la page 16.
DE DA NOUVELLE-ESPAGNE
Cela étant dit, l’accoucheuse se mettait aussitôt en devoir d’allumer elle-même le feu pour chauffer le bain. Elle y introduisait ensuite la femme enceinte et elle faisait manœuvrer ses mains sur son ventre pour redresser sa créature. Si elle la trouvait mal placée, elle lui faisait faire volte-face. Si l’accoucheuse était indisposée ou un peu vieille, une autre allumait le feu du bain à sa place. Quand la jeune femme était retirée du bain, l’accoucheuse lui palpait le ventre et pratiquait plusieurs fois cette opération qui s’appelait j»a/per à sec. On a l’habitude de flageller le dos de ceux qui se baignent avec des feuilles de maïs bouillies dans l’eau môme du bain ; mais l’accoucheuse ordonnait quelquefois que cela ne se pratiquât point sur la femme enceinte. Elle ordonnait aussi, bien souvent, qu’on ne chauffât pas beaucoup l’eau du bain, parce que, disait-elle, le fœtus aurait couru le danger de s’échauffer et même de s’y brûler. Il en serait résulté qu’il se collât au sein de sa mère, de manière à naître ensuite avec difficulté. Elle donnait donc des ordres pour qu’on ne llagellât point le dos de la baigneuse et que l’eau ne fût pas très chaude, afin que l’enfant ne courût pas de danger. Elle commandait aussi que la femme enceinte ne chauffât pas trop devant le feu, ou au soleil, son ventre et sou dos, à cause de la crainte de brûler le petit enfant. L’accoucheuse prévenait aussi la jeune femme de ne point dormir dans le jour, pour que l’enfant ne vînt pas au monde avec la figure difforme. Elle donnait encore bien d’autres ordres ou conseils à la femme, pour qu’elle s’y soumît pendant tout le temps de sa grossesse : comme, par exemple, de ne pas manger cette sorte de bitume noir appelé tzictli^ afin que l’enfant n’y courût pas le danger nommé netentzoponiliztli ', et que le palais de sa bouche ne devînt pas dur ni les gencives engorgées, parce qu’il en résulterait qu’il ne pourrait plus téter et qu’il mourrait. Elle conseillait à la jeune femme de ne pas s’affliger* ou se mettre en colère, de ne pas s’exposer à des frayeurs, de peur qu’elle n’avortât ou que la petite créature en reçût du dommage. Elle prévenait en même temps les gens de la maison de lui porter sans retard tout ce qui lui ferait envie, de crainte que l’enfant ne reçût quelque préjudice si on ne donnait pas à la mère ce qu’elle voulait aussitôt qu’elle en aurait témoigné le désir. Elle ordonnait également â la femme enceinte de ne point fixer les objets rouges, pour ne pas s’exposer à ce que l’enfant, en naissant, se présentât de côté. La jeune femme ne devait point jeûner, afin que l’enfant ne souffrît point de la faim; elle devait s’abstenir de manger de la terre et du tiçatl, de peur que l’enfant ne naquît malade ou entaché de quelque défaut corporel, attendu que ce