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DE LA LUNE

Lorsque la lune renaît de nouveau, elle ressemble à un petit arc fait avec un mince fil métallique ; elle ne rayonne pas alors, mais elle croît peu à peu. Quinze jours après, elle est pleine, et alors elle se lève en orient quand le soleil se couche. Elle semble être en ce moment une grande pierre de meule très ronde et très rouge, tandis que, lorsqu’elle a monté, elle est blanche ou rayonnante. On voit une sorte de lapin au milieu d’elle, et, s’il n’y a pas de nuages, elle resplendit presque comme le soleil et répand à demi la clarté du jour. Après avoir été complètement pleine, elle diminue peu à peu jusqu’à ce qu’elle devienne comme elle était en commençant. Les indigènes disent alors : « La lune se meurt, elle dort beaucoup. » C’est alors qu’elle se lève avec l’aurore. Au moment de la conjonction, on a l’habitude de dire : «La lune est morte.» Voici la fable qu’on raconte au sujet du lapin que l’on y voit. On dit que les dieux jouant avec la lune lui lancèrent à la figure un lapin dont l’image s’y imprima. C’est de cette façon qu’ils lui firent un bleu sur la face qui en resta pochée.

A’oici comment la lune a commencé à éclairer le monde. On dit qu’avant que le jour existât les dieux se réunirent au lieu appelé Teotiuacan (c’est le village de San-Juan, entre Chiconauhtlan '■ et Otumba], et qu’ils se dirent les uns aux autres : « Qui sera chargé d’éclairer le monde? » A quoi un dieu appelé Tecuciztecatl répondit : « C’est moi qui me charge de l’éclairer. » Les dieux parlèrent pour la seconde fois et dirent : « Quel autre encore? » Ils se regardèrent ensuite les uns les autres en cherchant quel serait celui-là, et aucun d’eux n’osait s’offrir à remplir cet emploi ; tous craignaient et s’en

1. C’est-à-dire neuf. Ville située à l’orient du lac de Xaltocan et au nord de la lagune de Telicuco. La ville de Otompan est au bas de la pente orientale de la chaîne des monts Quauhtepan, qui limitent à l’est la vallée de Mexico.

excusaient. L’un d’eux, dont on ne tenait pas compte et qui avait des bubas, ne parlait pas et écoutait le dire des autres. Ceux-ci lui adressèrent donc la parole en disant : « Que ce soit toi, petit buboso. » Il obéit volontiers à ce qu’on lui commandait et répondit : « Je reçois votre ordre comme une grâce ; qu’il en soit ainsi. » Les deux élus commencèrent aussitôt une pénitence de quatre jours. Ils allumèrent ensuite un feu au foyer pratiqué dans un rocher, qui actuellement porte le nom de Teotexcalli ^ . Le dieu nommé Tecudztecatl n’offrait que des choses précieuses, car au lieu de bouquets il faisait offrande de plumes riches appelées quetzalli; à la place de pelotes de foin il offrait des boules d’or ; des épines faites avec des pierres précieuses au lieu d’épines de maguey, et des épines de corail rouge au lieu d’épines ensanglantées. Au surplus, le copal qui lui servait à l’offrande était des meilleurs. Le buboso, qui s’appelait Nanauatzin^, offrait neuf roseaux verts attachés de trois en trois, au lieu de rameaux ordinaires. Il offrait des pelotes de foin et des épines de maguey ensanglantées de son propre sang, et au lieu de copal il faisait offrande des croûtes de ses bubas.

On édifia une tour en forme de monticule pour chacun de ces deux dieux. C’est là qu’ils firent pénitence quatre jours et quatre nuits. Ce sont ces monticules qu’on appelle actuellement Tzaqualli; ils sont situés près du village de San-Juan, nommé Teotiuacan. Les quatre nuits de pénitence étant finies, on jeta tout autour de ce lieu les rameaux, les bouquets et tous les autres objets dont ils avaient fait usage. La nuit suivante, un peu après minuit, lorsque les offices devaient commencer, on apporta les ornements à Tecudztecatl; ils consistaient en un plumage appelé aztacomitl ^ et en une jaquette d’étoffe légère. Quant à Nanauatzin, le buboso , ils lui couvrirent la tête d’une toque de papier appelée arnatzontli % et lui mirent une étole et un ceinturon également en papier. Minuit étant venu, tous les dieux se rangèrent autour du foyer nommé teotexcalli, où le feu brûla quatre jours. Ils se partagèrent en deux files qui se placèrent séparément aux deux côtés du feu. Les deux élus vinrent prendre place en face du foyer, la figure tournée vers le feu, entre les deux rangées des dieux qui se tenaient debout et qui, s’adressant à Tecudztecatl, lui dirent: «Allons, Tecudztecatl! dans le feu. » Celui-ci essaya, en effet, de s’y lancer, mais, comme le

1. Rocher divin; de leotl, dieu, et texcalli, roche, lieu élevé.

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