DES ANNÉES
Le feu étant fait de la manière dite, les habitants de chaque maison, dans tous les villages, renouvelaient leur installation. On couvrait le sol de nattes fraîches et tous, hommes et femmes, se vêtaient d’habits neufs. Il en résultait que toutes les choses d’usage dans les maisons étaient renouvelées en l’honneur de l’année nouvelle qui commençait. On se livrait, en cette occasion, à de grandes fêtes et réjouissances en disant qu’ils en avaient fini avec la peste et la famine. Ils mêlaient au feu beaucoup d’encens ; ils décapitaient des cailles et ils encensaient leurs dieux vers les quatre points cardinaux, avec leurs encensoirs de terre cuite, au milieu des cours de leurs habitations. Après avoir lancé dans le foyer tous les objets dont ils avaient fait l’ofirande, ils se mettaient à manger du tzouall, qui est un mets provenant d’un mélange de miel et de farine de blettes. Tout le monde devait jeûner et personne ne devait boire de l’eau jusqu’à minuit. A midi commençaient les sacrifices de captifs et d’esclaves, et c’est ainsi que s’embellissait la fête , tandis qu’on prenait soin d’entretenir les grands feux, sans cesser les banquets. Quant aux femmes enceintes qu’on avait enfermées comme des bêtes fauves, s’il arrivait qu’elles accouchassent au milieu de ces circonstances, on donnait à leurs enfants les noms de Molpilia, si c’étaient des garçons, et de Xiiihnenetl^, si c’étaient des filles, en souvenir de ce qui arriva au moment de leur naissance. Cette fête eut lieu, pour la dernière fois, sous le règne de Müteuhçoma, qui donna des ordres par tout son royaume pour qu’on s’évertuât à prendre un captif qui portât ce nom-là. On prit en effet un homme de Uexotzinco, très noble, du nom de Xiuhllamin. Ce fut un soldat du Tlatelolco appelé Ilzcuin qui s’en empara dans une