DES PASSE-TEMPS ET DES RÉCRÉATIONS DES ROIS
Lorque les rois sortaient de leur palais pour aller se récréer, ils portaient à la main une petite canne qu’ils faisaient mouvoir en accord avec ce qu’ils disaient aux personnages qui les accompagnaient. Ceux-ci se tenaient aux deux côtés de la personne royale. Quelques-uns marchaient devant pour écarter le monde et empêcher qu’on passât devant le roi ou trop près de lui. Aucun de ceux qui circulaient n’osait lui regarder la figure; ils baissaient la tête et prenaient une autre direction. Quelquefois, par façon de passe-temps, le roi s’amusait à chanter et à apprendre les chants dont on fait usage dans les areytos. D’autres fois, pour le récréer, des truands lui disaient des facéties et des gracieusetés. Parfois aussi, il jouait à la paume, et c’est pour cela qu’on avait en réserve pour lui des balles d’ulli. Celles-ci étaient de la grandeur des boules dont on fait usage au jeu de quilles. Elles étaient faites d’une certaine résine ou gomme massive, appelée ulli, qui est très légère et saute comme une pelote gonflée d’air. Elles étaient sous la garde d’un page. Le roi se faisait suivre de bons joueurs de paume pour les faire jouer en sa présence. Il choisissait aussi quelques personnages pour jouer contre lui. On gagnait des chalchiuitl, des colliers d’or, des turquoises, des esclaves, des mantas, des ceinturons riches, des plantations de maïs, des maisons, des armures en or, des grands anneaux d’or, des bracelets en plumes riches, des robes en plumes et des charges de cacao. L'établissement de jeu de paume s’appelait tlaxlli ou tlachili. Il consistait en deux murailles placées à vingt ou trente pieds de distance l’une
(le l’autre, d’une longueur de quarante ou cinquante pieds et d’un estado et demi de hauteur. Le sol et les murailles étaient brunis à la chaux. Une raie partageait l’espace par le milieu et, à la partie moyenne des deux murailles, se trouvaient placées de grandes pierres rondes comme deux meules, trouées au centre et se faisant vis-à-vis. Le trou était d’une dimension telle que la paume y pouvait passer. Celui qui réussissait à l’y introduire gagnait la partie. Ils ne recevaient pas la halle avec les mains, mais avec les fesses. Ils avaient des gants et ils plaçaient sur leurs fesses une bande en cuir pour repousser la balle.
Les rois aussi, par passe-temps, s’amusaient à un jeu appelé palolli qui est comme une sorte de marelle et ressemble un peu au jeu de dés. On y fait usage de quatre haricots de grande dimension percés d’un trou ; on les jette avec la main sur un tapis, où se trouve tracée une figure, comme on le fait au jeu des osselels. On jouait ainsi des choses de prix, comme colliers en or, pierres précieuses et turquoises très fines. Ce jeu, ainsi que celui de paume, a été abandonné à cause de cerlaines superstitions idolâtriques qu’on lui supposait. Ils avaient aussi l’habitude de jouer au tir de l’arc et on y gagnait des choses de valeur. Ils s’amusaient également au tir de la sarbacane, et ils portaient dans des filets leur provision de projectiles. On en fait encore usage aujourd’hui pour tuer des oiseaux. On en prend aussi au filet.
Ils se récréaient également en formant des parterres où ils réunissaient toute espèce d’arbrisseaux à fleurs. Ils avaient des truands pour s’amuser de leurs facéties. Ils faisaient jouer devant eux le jeu des bâtons pour s’en divertir Des pages les accompagnaient toujours pour les servir et ils avaient l’habitude d’avoir à leur suite des nains, des bossus et d’autres gens contrefaits. Ils élevaient des bêtes fauves, des aigles, des tigres, des ours, des chats sauvages et des animaux d’autres espèces.