‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 40 sur 704 · De xochill, fleurs, et ilhuitl, fête · texte numérisé non relu

De xochill, fleurs, et ilhuitl, fête

Lorsqu’arrivait la fête de ce dieu, fête qu’on appelait xochilhuül, ce qui veut dire fête des fleurs, tout le monde jeûnait quatre jours; quelques-uns se privaient de chilli'- ou piment et ne mangeaient qu’à midi. Ils prenaient à minuit une sorte de brouet nommé tlacuilolace qui veut dire : brouet orné d’une fleur au milieu. Ce jeûne s’appelait le jeûne des fleurs. Ceux qui jeûnaient sans se priver de chilli ou d’autres choses savoureuses ne mangeaient qu’une seule fois par jour, à midi. D’autres ne mangeaient que des pains azymes, c’est-à-dire que le maïs dont ils faisaient usage pour leur pain n’était pas cuit à la chaux avant de le moudre (ce qui équivaut à la fermentation) ; le maïs était moulu à sec, et c’est de cette farine qu’ils faisaient leur pain en comal, et ils le mangeaient sans y mêler ni chilli, ni autre chose quelconque. Ils faisaient un seul repas par jour, à midi. Le cinquième jour était la fête de cette divinité. On se couvrait d’habits et d’ornements semblables à ceux du dieu, comme si l’on aspirait à être sa représentation et son image, et on se livrait ainsi à des danses, au milieu des chants et au son du tambour.

A midi sonnant, on décapitait un grand nombre de cailles, et l’on en faisait couler le sang devant l’image de ce dieu. Quelques-uns se saignaient aux oreilles en sa présence; d’autres se perçaient la langue avec une épine d,e maguey et passaient ensuite par le trou un grand nombre de brins d’osier, en entretenant l’écoulement de sang. D’autres offrandes étaient encore faites dans le temple. Ils avaient aussi une cérémonie qui consistait à faire cinq tamalli, qui sont comme des pains ronds de maïs ; ils étaient grands, mais mal roulés, et on les appelait pains de jeûne. On plaçait dessus une flèche appelée xochimitl % et on les présentait à l’idole comme offrande de toute la ville. Les particuliers qui en avaient le désir offraient cinq petits tamalli sur une assiette de bois, et du chilmolli * dans un autre vase. A la gomme noire appelée ulli, que quelques personnes offraient sur des assiettes en bois, certains dévots substituaient en offrande deux pâtés appelés tzoalli, dont l’un était de couleur vermeille. On faisait, d’ailleurs, des offrandes diverses : quelques-uns présentaient du maïs grillé; d’autres, ce même maïs avec du miel et de la farine de graines de blettes; ceux-ci offraient du pain travaillé de manière à figurer les rayons

1. Terme générique pour désigner le piment dont on compte au Mexique plus de douze espèces principales.

2. De tlacuilolli, peint, colorié, et a/oiii, bouillie. Comme on peut s’en convaincre, rien dans ce mot n’indique que la fleur fût placée au milieu du mets. Sahagun a ajouté ce commentaire d’après ce qu’il avait vu ou entendu à cet égard.

Page 1