CHAPITRE XXXVIII
DKS GRADES PAR LESQUELS ON PASSAIT POUR ARRIVER A CELUI DE tcquitlatoqUC^.
Voici les grades par lesquels devaient passer ceux qui étaient réservés aux hautes dignités. Quand ils étaient petits, ils avaient la tête tondue. Lorsqu’ils arrivaient à l’âge de dix ans, on leur laissait croître une mèche de cheveux à la nuque, qu’on appelait mocuezpaltia L A quinze ans, cette mèche était déjà longue; ils étaient alors appelés cuexpalchicacpol \ parce qu’ils ne s’étaient encore rendus notables par aucun fait de guerre. Mais s’il arrivait qu’un, deux, trois d’entre eux fissent quelque captif, on leur coupait la mèche de cheveux, ce qui était une marque d’honneur. Lorsqu’ils avaient été associés plusieurs pour prendre un captif à l’ennemi, le partage en était fait de manière que celui qui s’était le plus distingué dans l’affaire recevait la cuisse et la jambe droites, celui qui venait en second prenait la cuisse et la jambe gauches; le troisième avait le bras droit, et le quatrième le bras gauche, du coude à l’épaule ; le cinquième recevait l’avant-bras droit, et le sixième l’avant-bras gauche. Quand on coupait, en ce cas, la mèche de la nuque, on en laissait croître une autre qui couvrait l’oreille droite. Cela donnait un aspect plus honorable, parce que c’était le signe qui annonçait qu’on avait fait un captif, à l’aide de quelques autres camarades. C’était à cause de cette association qu’en le complimentant sur la coupe de sa mèche, comme étant un signe d’honneur, ses aïeux ou ses oncles lui disaient : «Notre petit-fils, le soleil et la terre ont lavé ta figure; tu en ¡possèdes une toute nouvelle, pour avoir eu l’audace de prendre un ennemi, à l’aide de tes camarades ; mais remarque bien qu’il vaudrait mieux périr ou être capturé par l’ennemi que d’avoir encore besoin du secours d’autrui pour faire un captif; car si cela t’arrivait on t’obligerait à porter
1. Tlacochcalcatl teculli. seigneur chef desarmes; — ticociuacoatl tecutli, seigneur grand vice-roi; — ciuacoatl tecutli, seigneur vice-roi, lieutenant; — litlancalqui tecutli, seigneur qui est à la tête des messagers [titlantli),
2. C’est-à-dire ; les souverains, les maîtres des tributs, des charges, des emplois.
3. « Se laisser sur la nuque une touffe de cheveux [cuexpalli) , »
4. Mèche de cheveux [cuexpalli) de celui qui est déjà très fort [chicacpol, augmentatif de l’adjectif chicactic, vigoureux).
HISTOIRE DES CHOSES
une autre mèche sur l’autre oreille, à la manière des jeunes filles. Il vaudrait mieux pour toi mourir que recevoir cet affront. »
Le jeune homme qui, porteur d’une mèche à la nuque, allait à la guerre deux ou trois fois et en revenait sans avoir capturé quelqu’un, soit seul, soit en compagnie, était appelé honteusement cuexpalchicacpol, ce qui veut dire : polisson qui porte une mèche à la nuque el qui n’a été propre à rien toutes les fois qu’il est allé à la guerre. C’était pour lui un grand affront; aussi s’efforçait-il de sejeter au milieu des ennemis pour arriver à en capturer quelqu’un, ne fût-ce qu’en compagnie. Quant à ceux qui faisaient des captifs en association, on leur coupait la mèche et on leur collait un casque de plume sur la tête. Pour ce qui est de ceux qui ne prenaient personne dans les combats, ni seuls ni à l’aide d’autrui, on ne leur coupait point la mèche, on ne leur mettait pas de toupet, mais on leur marquait sur la tête une couronne qui était un grand sujet de honte. Si quelqu’un parmi ceux qui recevaient cet affront possédait du bien, en plants de maïs ou autrement, il se résolvait à vivre de sa propriété sans plus songer à la guerre, et, en ce cas, il coupait sa mèche. Mais il ne lui était plus permis de porter des mantas et des ceintures en coton, elles devaient être d’íír¿/¿ sans nulle broderie, et c’était la marque des vilains. Le jeune homme qui faisait à lui seul un captif, la première fois qu’il allait à la guerre, était appelé telpochtli yaquillamani^ ce qui veut dire : jeune guerrier qui a fait un captif. On l’amenait devant le roi dans son palais afin qu’il fût réputé pour brave. Le roi l’autorisait alors à se teindre tout le corps en jaune, tout le visage en rouge avec des plaques jaunes sur les tempes. Cette opération était faite la première fois par les majordomes du roi, pour lui faire honneur. Dès lorsque le jeune homme était teint comme on vient de dire, il recevait les dons du roi, qui consistaient en une manta brodée de rayures violettes, une autre manta ornée de certaines broderies, une ceinture brodée en rouge à bouts longuement pendants et une autre ceinture portant des broderies de toutes couleurs. Cela lui était donné comme marques d’honneur et désormais il était autorisé à porter des ceintures et des manteaux toujours brodés. Celui qui faisait deux captifs était également amené au palais devant le roi, de qui il recevait des dons comme on vient de dire. Le jeune homme qui faisait trois prisonniers était gratifié comme les autres; mais il était en même temps investi de l’autorité de commander à d’autres en temps de guerre. On le désignait en même temps pour être élu aux emplois destinés à instruire les jeunes gens dans le telpochcalH. Son autorité s’étendait aussi