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CHAPITRE III

DES i'BATIQUES AUXQUELLES SE LIVRAIENT LES MARCHANDS QUAND ILS ALLAIENT PARTIR POUR TRAFIQUER QUELQUE PART.

Lorsque les marchands voulaient partir de leurs demeures pour aller se livrer à leurs trafics, ils commençaient par s’enquérir d’un signe favorable pour le faire coïncider avec leur départ. Ayant fait choix de celui qui leur paraissait le meilleur, ils se coupaient les cheveux un jour avant de partir, et se savonnaient dans leurs maisons, car ils ne devaient plus se laver la tête jusqu’à leur retour. Pendant le temps qu’ils étaient en route, ils ne se coupaient plus les cheveux ni ne se savonnaient la tête, ils se lavaient seulement le cou tant qu’ils voulaient, mais ils ne se baignaient jamais. Au milieu de la nuit qui précédait leur départ, ils coupaient du papier de la manière qu’ils en avaient l’habitude, pour faire des offrandes au feu qu’ils appelaient Xiuhtecutli.^ Ils donnaient aux papiers la forme d’un drapeau qu’ils attachaient à une hampe teinte en vermillon. Après avoir préparé ces papiers pendant la nuit, ils y traçaient des dessins avec de Vulli qu’ils faisaient fondre dans un long tube de cuivre d’où on le faisait couler goutte à goutte, de façon qu’en tombant il vînt dessiner une figure d’homme avec sa bouche, son nez et ses yeux. On disait que c’était la tête du soleil en feu. Après cela, on coupait un autre morceau de papier pour l’offrir à Tlaltecutli et s’en ceindre ensuite la poitrine. On prenait soin d’y dessiner une figure semblable à celle qu’on vient de dire. On coupait ensuite d’autres papiers pour les offrir à Y amtecutli q\\[ est le dieu des marchands. On en entourait, de haut en bas, un bâton massif, qu’on adorait comme un dieu lorsqu’il était ainsi recouvert. Lorsque les trafiquants partaient, ils emportaient leur bâton avec les papiers peints ù’ulli qui étaient leur ornement. Après tout cela on coupait d’autres papiers, en quatre bandes pour en faire l’offrande à ce coati olli melauac, qui est un des vingt signes de l’art divinatoire. On y dessinait au moyen de Vulli des serpents avec leurs têtes, yeux, bouches, langues et leurs cous. On coupait encore d’autres papiers en forme de papillons teintés de gouttes d’ulli, pour les offrir aux (lieux du voyage appelés Çacatzonlli et Tlacotzontli. Tous ces papiers

HISTOIRE DES CHOSES

étant préparés ainsi qu’on vient de le dire, on en faisait l’offrande à minuit, d’abord au feu, en les posant devant le foyer. On s’en allait ensuite au milieu de la cour de la maison et l’on y plaçait en rang premièrement les papiers qu’on offrait au dieu de la terre Tlaltecutli, ensuite ceux qu’on dédiait au dieu du voyage et enfin ceux dont on faisait offrande au dieu des marchands, dont on couvrait les bâtons massifs. Ceux-ci n’étaient jamais brûlés, car ils étaient destinés à revêtir le bâton de voyage. Après avoir placé en ordre les offrandes au milieu de la cour comme on vient de le dire, ils rentraient dans la maison, venaient se placer debout devant le foyer et décapitaient quelques cailles en l’honneur du feu. Après avoir fait le sacrifice de ces oiseaux, ils se saignaient aux oreilles avec de petites lancettes de pierre d’obsidienne et quelques-uns s’incisaient la langue. Lorsque le sang coulait, ils le recevaient sur la main, en disant : teonappa\ en lançaient quatre fois dans le foyer et en faisaient aussitôt couler quelques gouttes sur les papiers dont on avait fait offrande au feu. Après cela, ils sortaient dans la cour et lançaient vers le ciel du sang qu’ils avaient fait couler sur leur ongle, et ils faisaient de même vers les quatre points cardinaux. Quand ils avaient lancé leur sang dans les directions qu’on vient de dire, ils en aspergeaient aussi les papiers qui avaient été placés en ordre au milieu de la cour. Cette cérémonie étant terminée, ils entraient de nouveau dans la maison, se plaçaient devant le feu et lui parlaient en ces termes: « Vis de longues années, noble seigneur Tlalxicteuticale, Nauhiotecatl » (ce sont les noms qu’on donnait au feu quand on l’invoquait). Ou bien on lui adressait cette prière : « Je vous prie. Seigneur, de recevoir bénévolement cette offrande, et pardonnez-moi si j’ai commis envers vous quelque offense. » Après avoir prononcé ces paroles, on plaçait sur des braises le papier dédié au feu, ayant soin de le faire reposer sur du copal blanc très odorant, très pur et très propre, pour qu’il brûlât sans retard. Celui qui en faisait l’offrande regardait le papier et le copal. Si on les voyait fumer sans brûler, on en tirait mauvais augure; celui qui en faisait le sacrifice commençait à craindre quelque malheur et â se convaincre qu’il tomberait malade pendant le voyage. S’il voyait au contraire que l’offrande prenait feu et faisait du bruit en brûlant, il en ressentait de la joie, parce qu’il y lisait un bon pronostic, et il disait : « Notre Seigneur le feu m’a été favorable et m’a fait comprendre quemón voyage sera prospère. » Cela étant fait, il sortait de nouveau dans la cour où les offrandes avaient été mises en ordre et il prenait chacune d’elles, élevant la première pour l’offrir quatre fois vers

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