Ces vases sont faits avec des calebasses [ayotetl
HISTOIRE DES CHOSES
i'ond du cœur cl des entrailles. C’est par ses remontrances que Notre Seigneur Dieu fait sentir ses coups et ses orties. » Après lui avoir adressé ces paroles qui sont comme des pierres et des coups de bcàton, les vieillards finissent par des consolations et des larmes. Ils lui défendent de se livrer A l’orgueil et à la vaine gloire; ils ne veulent pas qu’il s’attribue à lui-meme ce qu’il a gagné, mais qu’il le fasse remonter à la bonté de Dieu à qui il doit les biens qu’il a acquis : les plumes riches, les pierres précieuses et toutes les autres choses qu’il vient d’apporter. C’était par ces paroles que les vieux marchands exhortaient aux larmes et à l’humilité ces trafiquants qui revenaient heureux, afin qu’ils s’habituassent à ne point mépriser les grâces de Dieu. Celui qui les entendait ne s’en fâchait nullement; il s’humiliait au contraire, en était reconnaissant comme d’une bonne action et répondait les larmes aux yeux : « Mes maîtres, j’estime fort la faveur qu’on me fait en me corrigeant ainsi. .Te vous ai fait de la peine et du chagrin. Qui suis-je pour que vous ayez daigné ouvrir pour moi le trésor de vos entrailles? Est-ce que ma pauvreté me fera oubliei' et perdre ces paroles plutôt divines qu’humaines? N’aurai-je pas pour elles l’estime qu’elles méritent? Tranquillisez-vous et reposez-vous. » Ces paroles des vieillards étaient tenues en grande estime par les jeunes gens qui les entendaient. Ils les gardaient dans leur cœur comme un trésor, sans en perdre une seule. Les vieillards les adressaient aux trafiquants les plus jeunes qui rapportaient du bien de leurs marchés. Ceux-ci se réjouissaient de les entendre et c’est pour cela qu’ils les invitaient en disant aux personnes de leurs maisons : « Señores et señoras. Notre Seigneur m’a fait part de ses biens. Peutêtre me suis-je trop enorgueilli pour cela; peut-être ai-je ressenti du mépris pour mon prochain. Je veux entendre les bonnes doctrines et les conseils des vieillards; qu’on les appelle et qu’ils viennent. » C’était ainsi que parlaient les jeunes gens bien élevés et bien disciplinés. Ils invitaient les vieillards, comme on vient de le dire, pour qu’ils les fortifiassent de leurs conseils. Aussi, le métier de marchand était-il fort honoré et aucun d’eux n’était vicieux. Ils avaient en grande estime et ils suivaient les principes et les conseils des vieillards. Nous avons déjà dit comment les marchands revenaient de leur long voyage et par quels chemins; ils n’y marchaient pas sans faire leurs offrandes et leurs sacrifices partout où ils rencontraient des oratoires d’idoles, jusqu’à ce qu’ils arrivassent au village d'Itziucan. Ils s’arrêtaient là, attendant le signe prospère pour entrer dans leur pays. Lorsque ce signe approchait et qu’ils y étaient déjà arrivés, ils partaient en toute hâte vers leurs demeures pour y entrer pendant sa durée. Ils s’y introduisaient de nuit et secrètement. Personne ne
r>E LA NOUVELLE-ESPAGNE.
voyait ce dont ils étaient porteur^, parce qu’ils avaient soin de le bien couvrir. Ils n’allaient point tout d’abord dans leurs maisons, mais ils entraient tout droit dans celle de quelque oncle, de leur frère ou de n’importe quelle autre personne qui leur inspirait confiance et sur la discrétion duquel ils comptaient, parce qu’ils le connaissaient modeste, judicieux, peu parleur et point enclin au bien d’autrui. Les voyageurs déposaient là ce qu’ils apportaient et retournaient nuitamment dans leurs demeures, de façon que, lorsque le jour venait, il n’apparaissait aucune trace de ce qui était arrivé. Le marchand, propriétaire de tout cet avoir, ne se vantait nullement que cela lui appartînt. 11 avait au contraire l’habitude de dire aux dépositaires : « Ce chargement n’est point à moi; gardez-le et ne pensez pas que je vous le confie parce que c’est mon bien ; il appartient aux marchands principaux qui m’ont recommandé de l’apporter ici ». Par tout le chemin oü ils passaient, dans tous les villages où ils entraient, à Tochtepec, à Anauac, ou à Xoconochco bien loin d’avouer que ce fût là leur avoir, ils avaient l’habitude de dire : « Ce que j’apporte ne m’appartient nullement; c’est la propriété de mes pères et mères les marchands. » Bien loin de se servir de leurs biens pour se grandir, ils y puisaient un moyen d’abaissement et d’humiliation, ils ne voulaient point passer pour riches, ni s’en faire la réputation; ils courbaient au contraire la tête avec humilité. Ils ne cherchaient ni réputation, ni honneurs, on les voyait passer avec une manta déchirée. Nous avons dit, en etfet, que le roi de Mexico aimait beaucoup les marchands et les traitants d’esclaves, comme ses propres enfants. Or, lorsqu’il les voyait s’enorgueillir et s’enivrer des faveurs de la fortune, il en devenait triste, cessait de les aimer et il cherchait quelque prétexte, avec apparence de bonnes raisons, pour les humilier et les faire périr sans motif véritable et sans autre mobile bien souvent que l’aversion que leur orgueil lui avait inspirée. 11 donnait leurs biens aux vieux soldats de sa cour, appelés quaquachictin et à d’autres, qui contribuaient à rehausser la pompe de son entourage.