CHAPITRE XII
d’üne autre espèce d’ouvriers comme les laboureurs et les marchands.
Le richard est discret et ingénieux, il a de grands biens qu’il met beaucoup de zèle à augmenter. Le bon riche est libéral et miséricordieux; il est reconnaissant dos biens acquis qu’il sait garder et dépenser avec mesure, sans cesser de les accroître. Le mauvais riche est dissipateur ou avare et, en ce dernier cas, il prête son argent à des intérêts démesurés.
Le laboureur est dispos, fort, diligent, apte aux travaux des champs. Le bon laboureur est robuste, zélé et soigneux. Il se lève de bonne heure, afin de ne rien perdre de son avoir. 11 se prive volontiers de manger et de dormir pour augmen-
HISTOIRE DES CHOSES
ter son bien. Il travaille sans cesse à briser les mottes de terre, à creuser, a sarcler, à enlever les arbrisseaux, à égaliser le sol, faire des sillons, ramollir la terre, la labourer en temps opportun, placer des bornes et des clôtures, défaire les mottes en temps de pluie, choisir les meilleurs terrains pour y placer les semailles, pratiquer des trous pour y enfouir la graine et arroser en temps de sécheresse, bien répandre la semence, pratiquer des trous dans la terre pour y semer des haricots, boucher les trous dans lesquels le maïs est semé, butter ou relever la terre sur le pied de la plante quand elle est née, ôter les mauvaises plantes, enlever les pieds surabondants, écarter les épis, enlever les faux épis, couper le haut des tiges pour mieux arriver à la maturité, cueillir en temps opportun les épis verts; au moment de la récolte, couper les pieds et récolter le maïs quand il est bien mûr, dépouiller les épis, les attacher les uns aux autres au moyen de leurs feuilles, faire des chaînes, apporter la récolte à la maison et la mettre dans les silos, couper les pieds qui n’ont plus leurs fruits, égréner, émonder, vanner. Le mauvais laboureur est négligent, fainéant; tout travail lui paraît pénible; il est lourd, abrupt, grossier, vilain, glouton, avare, nullement enclin à donner et très porté à prendre.
Le jardinier a pour devoir d’ensemencer, de planter, de faire des aires, de creuser et d'amollir son terrain. Le bon jardinier est ordinairement discret, soigneux, prudent, judicieux; il note bien sur ses livres les conditions de temps par mois et par année.
Le potier est fort, agile; il connaît très bien les terreaux qu’il emploie; il est habile à faire des vases de toute sorte dans la forme qu’il a devinée. Le mauvais potier est lourd, sot et niais.
Le trafiquant est marchandeur ; il sait prêter à intérêt et y trouver son compte, s’entendre avec les acheteurs et faire fructifier son bien. Le bon marchand transporte ses marchandises hors de son pays et les vend h prix modéré, chaque chose selon sa valeur et pour ce qu’elle est en réalité, ne faisant jamais usage de fraude et se guidant en tout par la crainte de Dieu. Le mauvais marchand est mesquin, serré, trompeur, hâbleur, obstiné, renchérisseur, âpre au gain, voleur, menteur. Ce qu’il a gagné est au détriment de sa conscience, car son bénéfice est injuste. Pour vendre, il a la parole aisée et il vante sa marchandise au point qu’il trompe aisément ses acheteurs.