DE CEUX QUI VENDENT DES POULES, DES ŒUFS ET DES REMÈDES
Le marchand tCœufs élève ordinairement les poules qui les pondent. Il vend aussi des œufs de canard et de perdrix, frais et nouvellement pondus. 11 en fait parfois des omelettes et d’autres fois un autre plat en casserole. Le marchand déloyal en ce genre trompe en vendant des œufs gâtés, ainsi que des œufs de canards sauvages, de corbeaux, d’auras et d’autres oiseaux dont les produits ne se mangent pas.
Le marchand de poules a l’habitude de les élever. Quelquefois il en achète pour les revendre, de l’espèce du pays et de celle de Castille, grosses, tendres, jeunes; ainsi que des poulets et des coqs à jabot. Le mauvais marchand en ce genre vend des poules vieilles, dures, maigres, malades, prises de pépie ou déjà mortes et de mauvaise odeur.
L’ouvrier qui fait des rasoirs ou couteaux du pays les retire de la pierre noire avec un instrument en bois en s’aidant des pieds et des mains. A chaque coup il fait éclater un couteau. Les uns sont faits pour raser la tête, les autres pour d’autres usages. 11 en est qu’on fait sauter de la surface même de la pierre; on en prépare d’autres à deux tranchants qui servent à racler des magueys pour en faire sortir la sève. Quelques-uns de ces couteaux sont blancs, d’autres sont jaspés ou jaunes. Il y en a d’ordinaires qui servent à raser les soies de porcs après qu’on les a flambés.
L'apothicaire qui vend des remèdes connaît les herbes, les racines, les arbres, les minerais, l’encens du pays et toutes les substances médicales dont il est traité dans le XL livre. Il les dispose séparément sur une natte, au marché, pour en faire la vente.
Le fabricant de nattes possède une grande provision de joncs et de feuilles de palmes. Il les étend d’abord sur un sol plan pour les exposer au soleil. II fait choix des meilleurs et il les range en bon ordre. Les nattes qu’il vend sont tissues de différentes couleurs, ou faites de feuilles de palmes sans autre nuance.
Celles-ci sont également employées à fabriquer des paniers, semblables à des cabas de sparte, que l’on appelle otlatompiatli^ . 11 vend également des nattes de jonc très épaisses et longues. Parmi ces marchandises, il y en a de grossières et de peu de valeur, tandis que d’autres sont très belles et de premier choix. Les nattes sont parfois longues et larges ; d’autres fois carrées. 11 en est de longues et étroites, bariolées de couleurs. Ces marchands vendent aussi des sièges à dossier et d’autres qui sont d’une forme carrée. 11 en ont aussi qui servent d’oreiller et qui sont les uns peints et les autres unis sans aucun dessin. Celui qui n’est pas bon ouvrier en ce genre vend des nattes faites avec des joncs gâtés.
Celui qui fabrique des paniers en joncs fend d’abord les joncs et les tresse ensuite pour en former les paniers dont il consolide l’ouverture au moyen d’une bordure. 11 fait les uns ronds et hauts, les autres larges ou minces. Ceux-ci avec un fond solide, ceux-là surmontés de couvercles.
Le colporteur qui vend des enfilades de verroterie vend aussi des petits couteaux, du cristal blanc, foncé ou arrondi, du jais et autres vétilles; ainsi que des joyaux fondus en or, comme des chalumeaux et des jalets. 11 vend encore de la bijouterie de Castille: des colliers, des chapelets, des bracelets, qui paraissent faits d’émeraudes, des cristaux blancs, jaunes, verts, rouges, noirs, bleus, fauves, verts foncés, violets ; les couleurs en sont artificielles.
Ce sont les lapidaires qui vendent des miroirs; car ils s’exercent à couper délicatement des pierres polies en glaces. 11 les raclent avec l’instrument qu’on appelle teuxalli, au moyen d’un béton fait avec des excréments de chauves-souris et ils les polissent avec des joncs appelés quetzalotlatl* . Ils vendent des miroirs polis à deux faces et d’autres d’une face seulement. Ils en vendent qui sont concaves et d’autres qui sont faits de pierre blanche et noire; on en fait fort peu usage aujourd’hui.
Le marchand (Taiguilles les fond, les nettoie ensuite et les polit avec soin. Il s’occupe aussi à fabriquer des grelots, des aiguillons, des poinçons, des clous, des haches ordinaires, des haches à deux tranchants, des herminettes, des ciseaux.
Le marchand de gomme noire appelée ulli est propriétaire d’arbres desquels il la recueille. Cette gomme fond comme des tranches de jambon dans la rôtissoire et ne se solidifie plus ensuite. Il en fait des masses rondes, élargies, minces et longues, qu’on utilise pour la santé. On en fabrique des balles pour le jeu de paume, qui sautent comme les balles à vent, en faisant le même bruit qu’elles.
Le marchand de balais va s’approvisionner à la montagne et couper la plante avec des feuilles. Il les vend au marché, longs, résistants, propres. Quelquesuns ont la pointe rognée.
Celui qui vend de l'empois l’extrait de racines qu’il arrache, nettoie, humecte et bat fortement. Cela fait, il les expose au soleil, les sèche et les réduit en poudre fine. Quelquefois il trompe ses acheteurs parce que ses racines sont mal pulvérisées. Ules mêle d’ailleurs quand elles sont sèches avec des cannes de maïs, des graines de la même plante ou des haricots bien moulus. Après avoir fait ce mélange, il présente faussement son empois pour un produit naturel.