‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 490 sur 704 · De xocotl, fruit, avec la postposition Han · texte numérisé non relu

De xocotl, fruit, avec la postposition Han

quelzalcalli c’est-à-dire appartement de plumes riches. Un autre appartement, situé vers le sud, dit de plumes blanches, portait ce nom parce qu’il était formé intérieurement de toute sorte de plumes blanches arrangées en panache. Un autre appartement, situé au nord, dit de plumes rouges, était tapissé en dedans de plumages provenant des plus beaux oiseaux. Outre ces différents édi- Oces, ils en construisirent un grand nombre d’autres très remarquables et de grand prix.

La demeure ou l’oratoire de Quetzalcoatl était situé au milieu d’une grande rivière qui passait par la ville de Tullan. C’était le lieu des ablutions de cette divinité. On l’appelait Chalchiuhapan En ce district se trouvent un grand nombre de constructions souterraines où les Toltèques laissèrent bien des choses enfouies sous le sol. Ce n’est point seulement à Tullan et Xocotitlan que l’on a découvert des restes exquis provenant des Toltèques, tant en édifices qu’en autres produits. On en trouve encore dans toutes les parties de la Nouvelle-Espagne ; partout on a découvert de leurs œuvres en poteries, fragments de terre cuite à tous usages, jouets d’enfants, joyaux et mille autres objets fabriqués par eux. C’est que, en réalité, les Toltèques s'étaient répandus de toutes parts dans le pays.

Ceux qu’on appelait Amanteca et qui s’adonnaient aux ouvrages en plumes excellaient en toutes les belles œuvres qui sortaient de leurs mains. Ils furent les véritables inventeurs de l’art de travailler la plume. Ils en fabriquaient des rondaches et autres insignes qu’on appelait apanecayotl, ainsi que tous autres dont on faisait anciennement usage. Ces objets dont ils furent les inventeurs étaient fabriqués par eux à merveille, avec un grand art, en y mêlant des plumes riches. Afin d’y arriver à la perfection, ils avaient soin, avant de les exécuter, de faire des épreuves au moyen du dessin. C’était après ces essais qu’ils les confectionnaient de la manière la plus exquise.

Les Toltèques avaient également acquis une grande expérience en ce qui concerne les propriétés des plantes. Ils savaient distinguer celles qui sont utiles de celles qui sont nuisibles ou mortelles. La connaissance qu’ils en avaient leur permit de signaler à l’attention celles dont on fait usage aujourd’hui pour guérir les maladies; car ils furent médecins et même les premiers dans l’exercice de cet art, à propos duquel on les appelait Oxomoco, Cipactonal., Tlaltetecuin QiXochicauaca. Ils mirent tant d’habileté à connaître les plantes qu’ils furent réellement les inventeurs de Tart de guérir et même les premiers médecins herboristes. Ce furent eux encore qui, par leur grande connaissance des choses, découvrirent les pierres précieuses et en firent usage les premiers, comme sont les émeraudes, les turquoises, les fines pierres bleues et toutes autres espèces de pierres exquises.

Leurs connaissances en ce genre s’élevèrent au point que, lors même que les pierres précieuses étaient enveloppées de rochers ou placées sous la terre, leur finesse naturelle et leur raisonnement les leur faisaient découvrir. Ils savaient toujours où les trouver et ils y parvenaient de la façon suivante. Ils se levaient de bon matin, se transportaient en un lieu élevé et tournaient leurs regards du côté du soleil levant. Lorsque cet astre commençait à paraître ils regardaient de

1. De queizalli) plume riche, brillante, et calli., salle, maison.

2. C’est-à-dire ; dans l’eau (apan) brillante, précieuse ou d’émeraude (chalchiuitl),

HISTOIRE DES CHOSES

tous côtés pour découvrir le point du sol sous lequel gisait une pierre précieuse. Ils choisissaient surtout pour la chercher des endroits où la terre apparaissait humide et mouillée. Au moment où le soleil achevait de paraître ou, plutôt, au premier instant où il commençait à se lever, on voyait se former une vapeur légère qui s’élevait dans les airs. C’était là qu’ils devaient trouver la pierre précieuse sous la terre ou dans l’intérieur de quelque rocher, et ils le devinaient par l’apparition de cette vapeur.

Ce furent encore les Toltèques qui découvrirent le filon de vraies turquoises, qu’on appelle xiuitl au Mexique. Ce filon, au dire des anciens, se trouve dans un grand cerro, situé aux environs de la ville de Tepotzotlan ^ et qu’on nomme Xiuhtzone. C’était de là qu’on retirait lesdites pierres. On allait ensuite les laver dans une rivière appelée Atoyac. Ce fut même parce qu’on allait les y laver que ce cours d’eau s’appela Xipacoyan Aujourd’hui, c’est ainsi qu’on nomme le village qui s’y est fondé près de la ville de Tullan. Les Toltèques étaient si cultivés qu’ils connaissaient presque tous les métiers mécaniques et en tous ils excellaient; car ils étaient peintres, lapidaires, menuisiers, maçons, brunisseurs, ouvriers en plumes, potiers, fileurs et tisserands. Comme ils étaient d’ailleurs fort intelligents et d’esprit inventif, ils ne connurent pas seulement les pierres précieuses avec toutes leurs qualités; ils surent aussi découvrir les mines d’argent, d’or, de cuivre, de plomb, le laiton naturel, l’étain et d’autres métaux qu’ils apprirent à extraire et à travailler de façon à nous en laisser le souvenir après eux. Ils élaborèrent également l’ambre, le cristal, les améthystes, les perles en tous genres. Ils en formaient des joyaux et des colliers tels que ceux dont on fait encore usage, tandis que certains de leurs procédés de fabrication sont aujourd’hui oubliés et perdus.

Les Toltèques furent si habiles en astrologie naturelle qu’ils furent les premiers à former le compte des jours de l’année, des nuits, des heures, de la différence des temps, etc... Ils connaissaient fort bien quelles étaient leurs influences favorables ou nuisibles et ils représentèrent leurs connaissances en ce genre par vingt figures ou caractères qu’ils nous ont transmis. Ils inventèrent aussi l’art d’interpréter les songes et leur science s’était élevée jusqu’à connaître les étoiles du ciel, auxquelles ils avaient donné des noms et dont ils savaient les propriétés et les influences. Ils connaissaient également les mouvements des deux calculés par les étoiles.

Ils savaient aussi et affirmaient l’existence de douze cieux dont le plus élevé était la demeure du Grand Seigneur et de son épouse. Celui-là portait le nom d’Ome tecutli, ce qui veut dire deux fois seigneur, et celle-ci s’appelait Orne ciuatl ce qui signifie deux fois notre dame. Les deux se nommaient ainsi pour donner à entendre qu’ils régnaient sur les douze cieux et sur la terre. On disait que de ce Grand Seigneur dépendait l’existence de toutes choses et que, par sa volonté, de lui procédaient l’influence et la chaleur au moyen desquelles les enfants étaient engendrés dans le sein de leurs mères. Les Toltèques étaient de fort braves gens, enclins à la vertu. Le mensonge leur était inconnu. D’habitude, leurs

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