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Turquoise (xiuitl), magnifique, divine (teoll

HISTOIRE DES CHOSES

appelée peyotl ' qui [entrait dans leur consommation à la place de vin. Ils faisaient de même avec une espèce de champignon vénéneux appelé nanacall, dont ils fabriquaient une boisson. Après l’avoir bue, ils se réunissaient sur un plateau où ils se livraient au chant et à la danse de jour et de nuit tout à leur aise, le premier jour surtout, car, le lendemain, ils pleuraient tous abondamment en disant que ces larmes servaient à laver leurs yeux et leur visage.

Ils étaient également ouvriers en plumes et ils en fabriquaient des produits exquis, comme par exemple des sortes de petits éventails de couleur rouge. Il y avait aussi parmi eux des corroyeurs qui apprêtaient des peaux de chevreuils servant à faire des jupes et autres vêtements. Les femmes préparaient à manger pour les hommes des viandes sautées ou rôties; mais les hommes ne rendaient pas ce service à leurs femmes et ils en donnaient pour motif l’obligation où ils étaient de conserver leur vue pour pouvoir chasser, tandis que la fumée la leur aurait gfitée. C’est que les Teochichimèques possédaient une fort longue vue et ils savaient très bien atteindre le but, car ils touchaient toujours de leur flèche ce qu’ils avaient visé, cela fùt-il fort loin et de dimension minime. Les mets dont ils faisaient usage pour leur subsistance consistaient en feuilles de tunas, les tunas elles-mêmes, la racine appelée cimatl; d’autres qu’ils arrachaient de dessous terre, comme senties tzioactli et necuametl; les mizquill, les palmes, les fleurs d'icçotl; le miel provenant des palmiers, du maguey et des abeilles; d’autres racines encore qu’ils connaissaient et qu’ils prenaient sous le sol; toutes sortes de viandes de lapins, de lièvres, de chevreuils, de serpents et d’un grand nombre d’oiseaux. C’est en mangeant toutes ces choses sans mélange de condiments qu’ils vivaient longtemps sains et robustes. C’était miracle de voir mourir quelqu’un, et celui qui mourait était déjà si vieux et tellement blanchi par l’âge qu’on pouvait dire que c’était l’unique cause de sa fin. Si l’un d’eux était atteint de quelque maladie et n’en guérissait pas dans trois ou quatre jours, tous les gens de la tribu se réunissaient et le tuaient en lui plongeant une flèche dans la gorge. En général quand les anciens arrivaient aune trop grande vieillesse, on leur donnait ainsi la mort d’un coup de flèche, prétendant qu’on les tirait de peine en les délivrant des souffrances de ce monde, et l’on évitait ainsi soi-même de compatir à leurs soucis. On les enterrait au milieu de grandes réjouissances; la fête durait deux ou trois jours pendant lesquels on se livrait au chant et à la danse. Comme une conséquence de leur sobriété et de la légèreté de leur vêlement, outre qu’ils étaient sains et vigoureux, ils se maintenaient fort agiles ; car ils gravissaient les sierras élevées vigoureusement et avec prestesse; on aurait dit qu'ils volaient en marchant. Ils n’en étaient, du reste, nullement empêchés par leur rate et leur obésité, attendu que leur corps ne connaissait nullement ces incommodités. Chacun d’eux emmenait sa femme avec lui, ainsi que nous l’avons déjà dit. Lorsqu’elle était enceinte, le mari lui réchauffait le dos et l’arrosait ensuite en disant que cela faisait l’office de bain. Aussitôt qu’elle avait accouché, le mari lui lâchait deux ou trois coups de pieds par derrière pour que le sang achevât de sortir. Après cela, ils prenaient l’enfant, le mettaient dans un petit uacalli, la femme le plaçait sur son dos et ils continuaient aussitôt leur route jusqu’à l’endroit où la nuit

1. La plante porte le même nom. On appelle également ainsi le cocon du ver à soie.

les prenait. Ils y dormaient, et le lendemain et les jours suivants ils faisaient de même jusqu’à ce qu’ils fussent arrivés au but de leur voyage. Si l’enfant mis au monde était une fille, on la donnait, dès qu’elle avait quatre ou cinq ans, à un garçon de son âge qui la recevait et s’en allait avec elle. Si l’enfant était du sexe masculin, dès qu’il avait un an, on lui mettait entre les mains un arc dont on lui enseignait à se servir sans lui apprendre aucun autre jeu. Ils faisaient usage de maléfices pour ensorceler les gens. Ils portaient les cheveux longs et tressés. Hommes et femmes ne les coupaient jamais.

Cette variété de Chichimeca s’appelait, les uns, Nahua Chichimeca, parce qu’ils parlaient â la fois leur propre langue et celle des Mexicains ou Nahua ; les autres étaient dits Otonchichimeca , parce qu’ils parlaient l’otomi en même temps que leur propre langue. Il y en avait aussi qu’on nommait Cuexteca Chichimeca, parce qu’ils parlaient à la fois leur langue et la guaxtcca. Tous vivaient en société policée; ils avaient leur gouvernement, leurs seigneurs, leurs caciques et leurs gouverneurs. Ils formaient des centres habités avec leurs maisons bien pourvues de vêtements et de choses à manger. Leur habitude était également d’être armés et de faire usage de l’arc et de la flèche.

§ 3. — Où l'on dit ce qu'étaient ceux qui se nommaient Nahua.

Les Nahua étaient ceux qui parlaient la langue mexicaine, bien que ne la prononçant pas comme les vrais Mexicains. Ils s’appelaient aussi Chichimèques et ils prétendaient descendre des Toltèques qui restèrent dans le pays lorsque leurs compatriotes s’exilèrent, à l’époque où Quelzalcoatl partit pour Tlapaüan. Les Nahua ne manquaient pas d’esprit pratique, car ils avaient leur gouvernement, leurs caciques, leurs chefs subalternes qui administraient et faisaient en sorte d’agrandir leurs domaines. Ils avaient leurs habitudes de réjouissance; leurs chants, leurs danses pour l’amusement du peuple. Tout le monde possédait le nécessaire pour le manger et le boire. Us avaient des métiers. La prospérité et même les richesses ne leur manquaient pas en étoffes, bijoux, belles plumes et autres propriétés : maisons, semailles et silos pleins. Ils reconnaissaient un dieu qu’ils adoraient, invoquaient et priaient en demandant ce qui était à leur convenance; ils l’appelaient Yoalli ehecatl, ce qui veut dire air et nuit, ou opw, invisible. Ils lui étaient très dévots dans leurs prières. Les veilles qu’ils lui dédiaient pendant la nuit se faisaient en chantant avec accompagnement du tambourin qu’ils appellent teponaztii. Ils lui offraient le sacrifice de leur sang en s’incisant avec des épines de maguey et en accompagnant cet acte des sons d’une grande conque marine qui remplaçait la trompette parce qu’elle résonnait au loin. Ils faisaient des ablutions à minuit, même pendant les grands froids. Ils célébraient des sacrifices à leur dieu dans des fêtes, tous les vingt jours. Habiles à concevoir, ils étaient adroits et délicats dans l’exécution, car ils étaient artisans en plumes, peintres, brunisseurs, orfèvres, doreurs, forgerons, charpentiers, maçons et lapidaires. Us excellaient dans l’art de tailler et de polir les pierres précieuses. Us étaient aussi fileurs, tisserands, élégants dans leur langage, recherchés dans leur manière de manger et de se vêtir, très enclins à la dévotion et à l’offrande à leur dieu, prenant soin de l’encenser dans ses temples. Du reste, vaillants h la guerre, pleins d’élan, fé-

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conds en ruses pour faire de grandes prises. Nous nous bornerons à ce peu de paroles sur les Nahua; mais il y aurait beaucoup à dire sur leur gouvernement et sur leur manière de vivre.

§ 4. — Ce que sont les Otomi et leurs coutumes.

La dénomination d'Otomitl provient d’Oion, leur chef. Ses fils, ses descendants et les sujets qu’il gouverna, tous ensemble et chacun en particulier, furent appelés Otomi. Ils n’étaient point sans civilisation. Ils se réunissaient dans des centres habités et y formaient un gouvernement. Les hommes faisaient usage des mantas et couvraient de maxtles leurs parties secrètes ; ils se chaussaient de cotaras. Les femmes avaient des jupons et des uipilli qui leur tenaient lieu de chemises. Les mantas des hommes étaient élégantes et bien tissées, leurs chaussures faites avec goût. Les femmes faisaient également usage de jupons et de chemises de très bonne fabrication. Parmi eux, il y avait des seigneurs et des chefs chargés du gouvernement et de l’administration du peuple. Il y avait de hauts employés, personnes de valeur reconnue qui, comme ceux appelés calpixque, avaient mission d’administrer la tribu. Il y en avait d’autres appelés otonllamacazque ' , ainsi qu’un suprême grand prêtre du nom de tecutlato On voyait encore parmi eux des devins nommés tlaciuhque^, ce qui signifie les familiers ou les pareils de leur dieu. Ils prétendaient savoir ce que cette divinité déterminait sur toutes choses, attendu qu’ils lui parlaient et recevaient ses réponses. Aussi était-ce à eux que les Otomi venaient demander quand et comment ils devaient partir en guerre et quel serait le succès de leurs armes; s’il pleuvrait beaucoup ou pas du tout cette année-là; s’il y aurait de la famine, des maladies, une grande mortalité. Bien d’autres choses encore étaient demandées à ces devins. Si leurs réponses, qui étaient comme des oracles, devenaient quelquefois des vérités, on les tenait pour dieux et on les adorait comme tels. La réputation qu’ils en acquéraient leur attirait bien des gens qui venaient des pays lointains pour les voir.

Ces mêmes Otomi possédaient des semailles et des silos ; ils avaient abondamment à manger et à boire, de bonnes subsistances. Leur dieu s’appelait Yocippa. On lui avait érigé un temple remarquable. C’était une construction couverte en irhaume, d’une fabrique particulière qui n’était en usage que pour cet édifice, car il n’était point permis de bâtir une maison sur ce modèle. Les cabanes dans lesquelles ils vivaient étaient recouvertes d’un chaume grossièrement placé, car les Otomi se souciaient peu des aises excessives du domicile. Des prêtres appelés tlamacazque vivaient dans le temple et s’y occupaient à l’éducation des enfants. Ils y faisaient pénitence pour tout le monde. Ils veillaient la nuit entière quand c’était l’époque des sacrifices. Ils se piquaient et se saignaient aux lèvres ou aux cuisses avec des épines de maguey et ils se baignaient à minuit dans les saisons froides. Ils jeûnaient et ils montaient au temple avec leur tambourin ou teponaztli, qu’ils disaient être leur compagnon de veille ou leur garde.

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