CHAPITRE XX
QUI PARLE DU DIEU APPELÉ NapatecutU,
Napatecutli^ était le dieu des gens qui font des nattes de feuilles aquatiques et il est du nombre de ceux qu’on appelle Tlaloque. On dit
1. C’était aussi le nom du quinzième mois de l’année, durant lequel avait lieu la troisième fête en l’honneur du dieu UUzilopochili, que l’on appelait aussi Panquelzalizlli; de pamitl, drapeau, et queizalizlli, déploiement.
2. Ou Nappalecutli, « quatre. fois seigneur », de nappa, quatre fois, et lecutli, seigneur; ainsi nommé probablement comme étant l’inventeur des trois objets indiqués et le producteur de la pluie. Ce dieu reputé bienveillant avait deux temples à Mexico.
HISTOIRE DES CHOSES
qu’il fut l’inventeur de l’art des nattiers, et c’est pourcela qu’il est adoré par ceux qui fabriquent des petlatl, des chaises basses, appelées icpalli, et des claies de roseaux qu’on nomme tolcuextli'. On prétendait que c’était par la puissance de ce dieu que croissaient les souchets, les joncs et les roseaux, au moyen desquels on pratique ce métier. Comme on croyait, au surplus, que ce dieu produisait les averses, on lui faisait des fêtes pour l’adorer et lui demander les objets qui proviennent des pluies, comme l’eau, les roseaux, etc. Quand on le fêlait, on achetait un esclave destiné à être sacrifié devant lui. On le revêtait des attributs de ce dieu comme si c’eût été son image. Le jour qu’il devait mourir, et qu’il était vêtu comme je viens de dire, on lui mettait sur la main un vase vert plein d’eau, et il en aspergeait tout le monde, à l’aide d’une branche de saule, comme si c’eût été de l’eau bénite. Lorsque, dans le cours de l’année, quelqu’un de ce métier voulait fêter cette divinité, il en donnait connaissance à ses prêtres, qui choisissaient un satrape, le revêtaient des attributs de ce dieu comme son image, et le conduisaient pendant qu’il aspergeait en route avec son rameau de saule. A son arrivée, on le plaçait à l’endroit qui lui était destiné et on faisait des cérémonies en sa présence, le priant de répandre ses faveurs sur cette maison. Celui qui célébrait la fête donnait à manger et à boire au dieu, à ceux qui l’accompagnaient et à tous les conviés.
Tout cela se faisait en signe de reconnaissance pour la prospérité et les richesses acquises, dans la conviction que ce dieu les avait données, et c’était pour cela qu’on célébrait ce banquet. On y dansait et chantait en l’honneur de ce dieu, afin que celui qui le donnait fût tenu pour homme reconnaissant. Il y dépensait, du reste , tout ce qu’il possédait, en disant : « Je ne fais aucun cas de rester sans ressource, pourvu que mon dieu soit satisfait de cette fêle; soit qu’il me donne encore, soit qu’il me laisse dans la misère, que sa volonté s’accomplisse «. Cela étant dit, il couvrait d’une manta blanche le représentant du dieu, qui s’en retournait ainsi avec tous ceux qui étaient venus avec lui. Après son départ, l’auteur de la fêle ou du banquet faisait un repas avec ses parents. Ceux qui se livraient au métier de natlier et faisaient d’autres ouvrages en feuilles de roseaux, prenaient soin d’orner, d’arranger, de balayer le temple de ce dieu et d’y étendre de leurs plantes. Ils ne manquaient pas, non plus, d’y mettre des nattes et des sièges de jonc appelés icpalli, faisant observer la propreté de façon qu’il n’y eût ni paille, ni autres choses quelconques éparpillées sur le sol du temple. L’image de ce dieu représentait un