DES OISEAUX
§ 1". — Des oiseaux à plumes riches.
Il y a dans ce pays un oiseau qu’on appelle quelzaltototl *. Il a de magnifiques plumes de différentes couleurs. Son bec est jaune et très pointu et ses pattes jaunes également. Il porte sur la tête une touffe de plumes à la manière des crêtes de coq. Il a la taille de l’oiseau qu’on nomme tzanatl, lequel est lui-même comme une pie d’Espagne. Sa queue a la forme et l’arrangement naturel du tzanall ou teotzanatl, que l’on élève dans des lieux habités. Les plumes qui forment sa queue et portent le nom de quetzalli sont d’un très beau vert et brillent beaucoup. Elles ont la largeur d’une feuille de souchet. Elles plient au souffle du vent en projetant les reflets des plus belles couleurs. Des plumes noires qui poussent également sur sa queue recouvrent et entourent les plumes riches. Ces plumes noires sont d’un brun très foncé en dehors, tandis qu’elles affectent une couleur brun verdâtre vers la partie qui recouvre les plumes de prix. La touffe que cet oiseau porte sur sa tête est très belle et fort brillante; les plumes qui la composent s’appellent tzinitzcan. Le cou et la poitrine sont d’un rouge resplendissant. Cette plume qui les couvre porte le nom de la précédente. Mais la partie postérieure du cou ainsi que le dos sont recouverts de plumes vertes d’un brillant magnifique. Sous la queue et entre les jambes existe un plumage mollet de la même couleur, un peu plus claire et aussi brillante. Les coudes de ses ailes sont recouverts de plumes vertes qui deviennent noires en dessous. Celles qui sont placées dessous sont de la couleur de l’ongle et affectent une forme imbriquée. Elles sont larges et pointues, et elles recouvrent les tuyaux des plumes minces de l’aile qui portent le nom de quetzaluitztli * et sont larges, droites, pointues et brillent de leur couleur vert clair. Ces oiseaux habitent la province
1. Le quelzaltototl est un oiseau grimpeur, assez bien décrit par Sahagun et inscrit dans la nomenclature moderne sous le nom de togon pavoninus. Hernandez dit à son propos : « Vivunt in provincia Tecolotlan ultrà Quauhlemallan tendentibus in vocatas Honduras ubi magnâ curâ cavetur ne quisquam eas occidat aves. Tantûm licet eas plumis exuere, ac stalim dimitiere, nec omnibus sed solis dominis ; sunt enim opimorum prœdioriim loco, ac Iranseunt ad hæredes. » Ce précepte qui tendait à ménager la vie de ces précieux volatiles n’aura sans doute été suivi que d’une manière bien imparfaite, car le quetzal n’existe plus dans les provinces méridionales du Mexique, et nous ignorons à quel point on en trouve encore dans les pays limitrophes au sud de cette République.
Leur nombre ne dut cependant pas être peu considérable dans les temps passés, car des vêtements ornés de leur plumage n’étaient pas d’une extrême rareté. Comme d’ailleurs les plus belles plumes qui excitaient la convoitise étaient celles de la queue et que l’oiseau n’en avait que deux principales, plus longues que les autres et exceptionnellement brillantes par leur coloris, il faut croire qu’à une certaine époque le quetzal n’était pas rare, car les ornements qui étaient embellis par ces longues plumes de sa queue figuraient en grand nombre dans les fêtes principales et dans les réunions d’apparat.