Héron à aigrette
.‘t. Sahagun a déjà parlé quelques lignes plus haut de ce genre de gallinacé.
lion et, tandis qu’il vit encore, ils lui ouvrent le ventre avec un dard à trois branches qu’on appelle minacachalli. La raison qui les obligeait à le prendre par le bec, c’était pour l’empêcher de vomir ce qu’il avait dans son ventre, chose qu’il aurait faite sans cette précaution. Quand on l’ouvre, on lui arrache le gésier et on y trouve une pierre précieuse ou diverses sortes de plumes riches. Si ces objets en sont absents, les chasseurs n’y découvrent qu’un charbon, ce qui veut dire que celui qui a pris ou tué cet oiseau ne tardera pas à mourir. Lorsqu’au contraire on y trouvait ce qui a été dit auparavant, le possesseur était destiné à être heureux à la chasse et à la pêche, en même temps que fort riche, tandis que ses petits-fiis seraient voués à la misère. La chair de cet oiseau était répartie entre tous les pêcheurs ou chasseurs aquatiques qui la mangeaient après se l’être partagée. La part de chacun était fort petite; mais ils en faisaient le plus grand cas, parce que cet oiseau était le cœur des eaux. Quand il s’en allait vers les parages où il se multiplie, tous les autres oiseaux le suivaient dans la direction de l’occident. Les chasseurs disaient que Vatotolin était comme leur miroir dans lequel ils pouvaient voir quels seraient ceux d’entre eux qui seraient fortunés ou malheureux à la chasse et à la pêche.
Il y a un autre oiseau aquatique appelé acoyotV qui ressemble à la poule d’eau dont nous venons de parler. Il arrive vers la Saint-Jacques à la lagune de Mexico. 11 a la tête de la grosseur de celle d’une poule du pays. Son bec est pointu, noir et arrondi, avec une bande jaune sur les bords. Son poitrail est blanc; son dos, ses ailes, et sa queue sont gris à la manière des canards; le corps est gros et allongé. Ses jambes sont courtes et ses pieds, larges comme une main humaine, se portent très près de la queue. Cet oiseau est rare aussi et il ne se voit pas souvent. Il submerge également ceux qui naviguent dans des embarcations. Toute la fable de Vatotolin se renouvelle à son propos. Il est très bon à manger.
Un autre oiseau aquatique s’appelle acitli *, ce qui veut dire « lièvre de l’eau. » C’est un oiseau rare qui vient de passage à la lagune de Mexico en même temps que ceux dont on vient de parler. Sa tête est petite et noire, son bec long et effilé, son œil rouge comme braise. Il a le corps allongé et grassouillet, le poitrail blanchâtre et le dos noir. Les grosses plumes des ailes sont blanches, tandis que les ailerons deviennent noirâtres vers la queue comme chez les canards. Il habite le centre des eaux où on lui fait la chasse avec des filets. Cet oiseau vole peu. Lorsqu’on le poursuit en canoa pour lui lancer des flèches et quand on en est assez près pour le tuer, il redresse ses plumes et pousse des cris pour appeler le vent. Les vagues grossissent aussitôt et l’oiseau disparaît des yeux du chasseur en plongeant. Il est rare qu’on puisse lui lancer des flèches. Ce n’est pas ici qu’il se multiplie, mais bien loin de nous. Il est bon à manger.
Il y a un autre oiseau d’eau qu’on appelle tenitztli^, ce qui veut dire « pointe de pierre à couteaux ». Il vole pendant la nuit et ne paraît point dans le jour. Il a la taille d’une palombe; sa tête est petite et noire, son poitrail couleur de fumée.
1. De ait, eau, etcoyotl, chacal, sans doute à cause de la couleur de son plumage.