De tcntli, lèvre, bec, et itttli, obsidienne
HISTOIRE DES CHOSES
ses plumes noires, les plumes des ailes petites, le corps arrondi, la queue courte, les pattes semblables à celles de la palombe. Il a trois becs l’un sur l’autre avec deux bouches et deux langues, qui toutes deux appréhendent l’aliment; mais il n’a qu’un seul gosier pour avaler. On augure que celui qui prend cet oiseau à la chasse doit mourir, de même que tous ceux qui partagent sa demeure. Aussi l’appelait-on oiseau de mauvais augure. Il se nourrit de moucherons qui vont sur l’eau et de fourmis qui volent. Sa chair est bonne à manger.
Un autre oiseau aquatique s’appelle quapetlauac ou quapetlanqui ce qui veut dire « tête sans plume », comme l’oiseau qu’on nomme axoquen. Ce doit être un héron. 11 a, comme le dindon, la tête chauve; ses griffes sont rouges, son cou long, son bec gros, rond, noir et allongé et légèrement recourbé en arc. Les ailes et tout le corps sont cendrés, les ailerons noirs et la queue courte. Il vient à cette lagune en même temps que les autres. C’est un oiseau qu’on voit rarement et il est de mauvais augure. Lorsqu’on en prenait un à la chasse, c’était le signe que quelque seigneur ou haut personnage devait mourir, ou qu’on devait attendre un mauvais résultat si on allait en ce moment en guerre. Les chasseurs savaient par expérience que quelque malheur public devait arriver lorsqu’on s’emparait à la chasse de cet oiseau. Il se nourrit de poissons et d’autres animaux aquatiques. Sa chair est très bonne à manger.
Il y a un autre oiseau d’eau qu’on nomme quatezcatl^, ce qui veut dire « tête de miroir ». Il arrive à cette lagune à la même époque que les autres. Il a la taille d’une palombe et il possède comme un miroir arrondi autour duquel surgissent de petites plumes de couleur cendrée. Le bec est rond et court, le poitrail et le dos bleus, ainsi que les ailes et la queue; mais le duvet devient blanc en approchant de la peau. Les pattes sont jaunes. Il est bon nageur et, quand il plonge, on voit sous l’eau quelque chose comme une braise qui brille. On tenait pour mauvais augure l’apparition de cet oiseau, car on disait que c’était un signe de guerre. Celui qui s’en emparait à la chasse connaissait en regardant dans la glace s’il devait être captif parce qu’il s’y voyait porté par l’ennemi ; tandis que s’il devait être victorieux il s’y apercevait capturant un adversaire.
Il y a un autre oiseau d’eau qu’on nomme tolcomoctli et atqponaztli^. 11 a la taille d’un chapon de Castille, la tête noire, le bout des plumes et le bec jaunâtres, ainsi que le poitrail, les ailes, la queue et les pattes. On l’appelle tolcomoctli à cause de sa voix retentissante, et ateponaztli, parce qu’on dirait entendre le son de cet instrument. Cet oiseau demeure toujours sur cette lagune où il se multiplie en pondant quatre ou cinq œufs au milieu des souchets. Les pêcheurs et les chasseurs d’eau augurent de son chant s’il doit ou non pleuvoir et si la pluie sera rare ou abondante. Lorsqu’il chante toute la nuit, c’est le signe, dit-on, que les pluies approchent, qu’il pleuvra beaucoup et que le poisson sera abondant. Ils devinent qu’il pleuvra peu et que le poisson sera rare, en voyant que l’oiseau chante peu, par intervalles de trois jours ou davantage.
1. De quaîtl, tête, et petlauac, dénudée, on pellanqui, dépouillée.