‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 544 sur 704 · Qui a du feu (ie · texte numérisé non relu

Qui a du feu (ie

2. C’est aussi le nom du vercoquin ou liset, qui ronge les plantes.

DE XA NOUVELLE-ESPAGNE

parce qu’au milieu du jour et le soir son venin a moins de force. Le point mordu enfle sans retard et il s’en écoule une eau sanguinolente. Si l’on n’y porte remède tout de suite, le mordu ne tarde pas à mourir, et s’il ne meurt pas lorsqu’il a été piqué à la main ou au pied, cette partie se sèche. Le remède contre les morsures des serpents consiste à sucer le plus vite possible la partie mordue On la scarifie et on applique une membrane mince et transparente qui se forme sur la feuille de maguey. On approche aussi du feu la morsure, on la chauffe et la frotte avec du tabac sauvage moulu. Ces serpents existent en plusieurs endroits, dans les bois et dans les savanes. Ils font un nid et y procréent leurs petits.

Il y a un autre serpent très grand et féroce, qu’on appelle ulcoatl *. Il est gros et long comme le tecutlacoçauhqui. Tout son corps est gris, à l’exception des bords de la bouche, qui sont rouges, et du poitrail qui est jaune. Son venin tue. Il procrée sur les montagnes et les rochers escarpés.

Il en existe un autre nommé çolcoatl *, c’estxà-dire « serpent ennemi des cailles », parce qu’il les trompe par" son chant et les mange. Il est de dimension moyenne, ni très gros ni très long. Il a des maillures comme la caille, avec le poitrail blanc et le pourtour de la bouche jaune. Il est très venimeux, sa morsure n’a pas de remède. Il est très astucieux et trompe par son chant les cailles et les gens. Il chante en effet comme ces oiseaux et, quand ceux-ci l’entendent, ils s’y méprennent, s’en approchent, et alors le serpent les prend et les mange. Quelques Indiens étourdis l’entendant chanter se figurent que c’est la caille, vont à lui, se font mordre et meurent. Ceux qui sont plus prudents, entendant le serpent chanter, écoutent si une autre perdrix lui répond. S’il n’y a pas de réponse, le serpent se reprend à siffler ou à chanter au même endroit qu’auparavant. Les Indiens comprennent alors que c’est bien le serpent et ils se précautionnent contre lui. On dit que ce serpent vole.

§ 3. — Du serpent à deux têtes.

Il y a dans ce pays un serpent qui a deux têtes : l’une à sa place naturelle et l’autre au lieu de queue®. On l’appelle maquizcoatl. Chacune des deux têtes possède des yeux, une bouche, des dents et une langue. Il n’a point de queue. Il n’est ni long ni gros, mais bien de petite dimension. Il porte quatre raies noires sur le dos, quatre autres rouges d’un côté et autant d’une couleur jaunâtre du côté opposé. Il marche dans les deux sens : tantôt c’est l’une, tantôt l’autre des deux têtes qui sert de guide. Ce serpent est appelé phénoménal, à cause de ses rares apparitions. Les Mexicains retirent de cet animal certains augures qui sont détaillés dans le texte nahuatl de ce livre. On donne aux gens trop prompts k parler le nom de ce serpent, en prétextant qu’ils ont comme lui deux langues et deux têtes.

Il y a encore dans ce pays un serpent qu’on appelle maçacoatl. Il est très gros

Page 1