‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 546 sur 704 · De chimalli, bouclier, et coati, serpent · texte numérisé non relu

De chimalli, bouclier, et coati, serpent

Quand on l’aperçoit, certaines personnes en tirent bon augure, tandis que d’autres y voient un mauvais présage. Ceux-ci pensent qu’ils en mourront bientôt; ceux-là prétendent qu’ils seront heureux et vaillants à la guerre.

11 y a un autre serpent nommé citlalcoatl ou citlalin imiuh *. Il est d’un vert parsemé d’étoiles. On le voit rarement. II est venimeux et son venin est mortel. Les Gbichimèques ont, à son propos, certaines superstitions qui sont détaillées dans le texte nahuatl.

Il en est un autre a.p\)démctlapilcoatl^, ce qui veut dire serpent à taille arrondie comme la pierre avec laquelle les femmes moulent. Ce serpent est gros et, pour quelqu’un qui le voit de loin, il n’est pas possible de distinguer où est la queue et où se trouve la tête, car il paraît avoir une queue à chaque bout. Il est d’un brun foncé. Il glisse en marchant; quelquefois il roule comme une pierre à moudre. Il n’est point venimeux et ne fait aucun mal. Il procrée dans la pi'ovince de Totonacapan.

g 5. — D'un seiyent d'une grandeur monstrueuse et très venimeux. D'autres serpents encore qui lui ressemblent.

Il existe un serpent très grand appelé aueiactli. Il est long de dix brasses. Il a des grelots ou anneaux à la queue et il porte des dents et des crochets. Il glisse aisément et il est d’une couleur gris foncé comme le tlilcoatl. Il a le poitrail jaunâtre et le pourtour de la bouche rouge. Il est venimeux et sa morsure n’a pas de remède. Il habite les terres chaudes et tout particulièrement la province de Totonacapan. Il mord, pique et avale. Il attend les voyageurs sur les routes, où il choisit la partie la plus étroite, en travers de laquelle il s’étend, afin que personne n’y puisse passer sans être aperçu, et c’est ainsi qu’il se saisit de sa proie. Si quelqu’un se met à fuir après l’avoir vu, le serpent court après lui avec la rapidité du vol. En prévision de cette rencontre, certains voyageurs portent sur eux des paquets de papier ou de petits pots pleins de poudre de tabac sauvage. Ils les lancent sur le monstre. Les pots se brisent en tombant et le tabac se répand. Cette poudre enivre et endort le serpent, et, le voyant en cet état, le voyageur s’approche et lui enfonce dans la gueule avec un bâton un morceau d’étoffe contenant du tabac qui achève de lui enlever tout sentiment; c’est ainsi qu’on le tue. Lorsque cet animal s’approche des étangs, il avale tous les poissons et bêtes quelconques qui s’y trouvent.

Il y a un autre serpent qu’on nomme palancacoatl^ . Il a une brasse de long et il est de la grosseur du bras. Sa couleur est d’un gris foncé. On l’appelle palancacoatl parce qu’il exhale une odeur de charogne; on le dirait couvert d’ulcères par tout le corps. Partout où il va, il emporte avec lui sa puanteur. Un essaim de mouches bourdonnent après lui. Il est très venimeux. Celui qui en est mordu n’en saurait échapper ; il se pourrit et meurt.

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