‹ Histoire générale des choses de la nouvelle-EspagneChapitre 57 sur 704 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

TOÇOZTONTLI.

On appelait le troisième mois toçoztvnlli^. Le premier jour en était consacré à une fête du dieu Tlaloc qui est la divinité de la pluie. On y tuait beaucoup d’enfants sur les montagnes, les offrant en sacrifice à ce dieu et à ses collègues pour en obtenir de l’eau. On y offrait les prémices des fleurs qui naissaient cette année-là dans le temple appelé Yopico. Personne n’osait aspirer l’odeur d’une fleur avant que cette offrande fût faite. Les employés aux fleurs, qui portaient le nom de

1. Pluriel de quacuüli, qui prend les tètes; formé de qxiaitl, tète, et cui, prendre. C’était sans doute par les cheveux que les prêtres saisissaient les victimes.

2. « Petite veille », diminutif de torozlli, dérivé de toroa, veiller.

HISTOIRE DES CHOSES

xochimanqne *, célébraient une fête à leur déesse nommée Coatlicue, autrement dite Coailan tonan

C’est encore dans ce mois-là que les gens revêtus des peaux mortes depuis le mois précédent, s’en dépouillaient en allant les jeter dans un cuvier du temple appelé Yopico. Cela se pratiquait en procession et en grande cérémonie. Ils puaient comme des chiens pourris, et quand ils s’étaient débarrassés, ils faisaient dévotement de grandes ablutions.

Quelques malades faisaient vœu d’assister à celte procession dans l’espoir d’y guérir de leurs infirmités, et l’on assure que quelques-uns guérissaient.

Les maîtres des captifs et les gens de leur maison faisaient pénitence pendant vingt jours, ne se baignant ni ne se lavant jamais jusqu’à ce que les peaux de leurs victimes fussent apportées au cuvier du temple dont il est parlé plus haut, prétendant que cette pénitence était faite en l’honneur de leurs captifs.

Le temps de la pénitence étant achevé, ils se baignaient, se lavaient, invitaient à des repas tous leurs parents et amis et faisaient de grandes cérémonies avec les os de leurs esclaves morts. Tous ces vingt jours jusqu’au mois suivant, ils les passaient à chanter dans les établissements qu’on appelait cuicacalli^, toujours assis et sans danser, chantant sans cesse les louanges de leurs dieux. On faisait encore, dans cette fête, beaucoup d’autres cérémonies qui seront décrites en détail au chapitre où se trouve leur histoire.

Page 1