De eztli, sang, et tetl, pierre
h. C’est-à-dire; eau {atl) qui tombe goutte à goutte (chipini).
HISTOIRE DES CHOSES
la prend comme remède, on ne doit pas faire usage en même temps de choses irritantes. Elle se forme sur les rochers et s’accroît d’année en année. Cette pierre naît bien comme les mousses et cette origine est très apparente sur les autres substances rocheuses. Elle se produit en différentes parties du pays et surtout du côté de Malinalco '.
On trouve dans ce pays, sur les montagnes et sous le sol, des os de géants très grands et très durs. Mis en poudre, ils sont bons contre les selles sanguinolentes ou puriformes qu’aucun autre remède n’a pu arrêter. On les prend dans la boisson de cacao faite comme on en a généralement l’habitude.
La chair du tigre est un remède, dit-on, pour empêcher que les gens qui ont été mariés et sont devenus veufs pensent aux femmes et soient fatigués par les tentations charnelles. Ils doivent la manger bouillie ou rôtie. Elle est bonne aussi pour les personnes qui perdent le bon sens et pour celles qui sont atteintes de fièvres intermittentes. On la mange en ce dernier cas quand la fièvre commence et on prend en même temps un peu de bouillon. Les rois et seigneurs en font usage aussi pour devenir forts et courageux. Pour les cas de folie on moud ensemble un morceau de peau, un peu d’os et de la fiente de cet animal qu’on a grillés auparavant; on les mêle avec un peu de résine ou ocotzotl. On en fait des fumigations avec lesquelles les fous guérissent.
Il existe dans ce pays, comme en Espagne, des vers qui ont un grand nombre de pattes, sont recouverts d’une peau comme des écailles et qui, aussitôt que quelque chose les touche, s’ehroulent et restent immobiles 2. On en fait usage en médecine en les pulvérisant après les avoir desséchés et en les mêlant avec de la résine. Appliqués ainsi sur les parties endolories par la goutte, ils font disparaître la douleur. Ils sont bons également peur les personnes dont les dents se carient ou sont douloureuses. Pulvérisés comme on vient de le dire et mêlés avec de la teinture, ils sont appliqués sur la joue du côté de la dent malade et la douleur disparaît à l’instant. Ces vers existent partout.
On fait usage des bains, dans ce pays, pour bien des choses. Pour qu’ils fassent réellement du bien au malade, il faut que ces bains qu’on appelle temazcalli soient chauffés avec le plus grand soin avec du bois de bonne qualité qui ne fasse pas de fumée. Ils sont utiles pour les convalescents de quelques maladies afin qu’ils achèvent d’arriver plus vite à la santé. Ils sont bons aussi pour les femmes enceintes dont l’accouchement est proche, parce que les accoucheuses leur font subir dans ces bains certaines manœuvres qui ont pour but de rendre leurs couches meilleures. Ils sont utiles également aux nouvelles accouchées, pour qu’elles se rétablissent et que leur lait soit purifié. Tous les malades se trouvent bien de ces bains, surtout ceux qui ont des contractures de nerfs, ainsi que les gens qui ont pris un purgatif dont l’effet est fini. Le bain fait aussi du bien à
1. Dans les lianes {malinalli, herbe rampante, sinueuse, avec co, suffixe de noms de lieu).
2. Nous ne pouvons nous empêcher de faire observer à nos lecteurs que beaucoup de descriptions de Sahagun nous mettent en mesure de donner leurs noms modernes aux objets d’histoire naturelle dont il nous parle sous des dénominations qui nous sont par ellesmêmes inconnues. Ainsi, dans le cas présent, qui ne reconnaîtrait qu’il veut parler des cloportes?
DE DA NOUVELLE-ESPAGNE
ceux qui font une chute étant debout, ou tombent de haut, ou ont reçu des coups ou autres mauvais traitements, lorsqu’il résulte de ces causes que les nerfs se sont contractés. Les bains sont utiles encore aux galeux et aux vénériens ; on les y lave et, après les avoir lavés, on leur applique les remèdes que ces maladies demandent ; mais, pour ces derniers cas, il faut que le bain soit très chaud ' .
Les renseignements que nous venons de donner sur les plantes médicinales et sur les autres objets dont il est fait mention plus haut ont été fournis parles vieux médecins du Tlatelulco très experts dans les choses de la médecine et qui exercent leur art publiquement. Leurs noms et celui du notaire qui les a inscrits sont les suivants (ne sachant pas écrire, ces médecins prièrent le notaire de signer leurs noms) : Gaspar Matias, habitant de la Concepción; Pedro de Estrago, habitant de Santa Inès; Francisco Simon et Miguel Damian, habitants de Santo Toribio; Felipe Hernandez, habitant de Santa Anna; Pedro de Requena, habitant de la Concepción; Miguel Garcia, habitant de Santo Toribio; Miguel Motilinia, habitant de Santa Inès*.
§ 7. — Des plantes odorantes.
Il y a une plante qu’on appelle axocopaconi qui croît sur les montagnes et qui répand une très forte odeur. Une autre nommée quauhxiuhtic est très molle. Mise dans l’eau, celle-ci en prend l’odeur et devient une boisson savoureuse qui fait grand f)laisir.
1. Les anciens Mexicains ont transmis aux habitants modernes comme un reflet de leurs anciennes habitudes auxquelles les gens de descendance européenne plus ou moins pure ont eux-mêmes une tendance à prendre part. Les bains font partie de cet héritage. Le Mexicain aime beaucoup se baigner. La manière varie selon les régions. Dans le Yucatan, l’Indien, l’Indienne surtout, possède un grand baquet qu’il remplit d’eau froide et dans lequel il se donne fréquemment un bain d’irrigation. Sur les hauteurs du centre du Mexique, l’Indien suit une autre méthode. Ce n’est pas précisément à l’immersion ou à l’irrigation qu’il a recours. Il préfère encore aujourd’hui, de même qu’autrefois, le temazcal qui n’est autre chose qu’un bain de vapeur. Le passage de Sahagun que le lecteur vient de lire serait difflcilement compris sans l’explication que nous allons y ajouter. Le temazcal n’est autre chose qu’une sorte de four à voûte fort basse et à bouche étroite, construit généralement avec des adoles ou briques séchées au soleil Au-dessous de ce four se trouve creusé un espace dans lequel on allume un foyer dont la chaleur se communique au-dessus jusqu’à donner au four la température désirée. Le plus souvent le creusement inférieur avait pour but de chauffer fortement l’eau d’une chaudière dont la vapeur se communiquait au four supérieur au moyen de trous pratiqués dans ce bul. La personne qui s’introduisait couchée dans le temazcal y prenait donc un bain d’air chaud ou de vapeur, à volonté. Lorsque Sahagun parle de feuilles de différente nature avec lesquelles on flagellait le baigneur au moyen d’eau chaude, il ne veut point parler de l’eau dans laquelle le baigneur aurait été submergé, mais bien de l’eau qui servait à rendre humide l’air dans lequel il venait de suer. C’était dans celte eau qu’on laissait macérer les branches, le plus souvent les feuilles de maïs, avec lesquelles, humides encore, on frottait ou flagellait le baigneur quand il avait sué suffisamment. Aujourd’hui encore, il est d’usage chez les Indiens qu’on n’omette jamais cette pratique à certaines périodes de la grossc.sse et surtout pour terminer les relevailles après l’accouchement.
2. Une longue note qu’on lira à la fin de l’ouvrage appelle l’attention sur ce passage pour dire que ces médecins, tout en ayant des noms européens, étaient assurément des Indiens. Des médecins espagnols auraient su signer.
HISTOIRE DES CHOSES
Il y a une autre plante appelée mecaxochitl. Elle croît en terre chaude et ressemble à des cordes tordues. Elle répand un très fort parfum et elle est médicinale. Une autre, appelée ayaulttona, est d’un vert clair; ses feuilles sont larges, rondelettes et provenant d’un grand nombre de rameaux qui tous portent des Heurs. On la mange.
Il y en a une autre qu’on appelle tlalpoyomalli, dont les feuilles sont cendrées, molles et velues. Elle porte des fleurs. Son odeur l’a fait choisir pour des parfums que l’on introduit dans les roseaux à fumer. Son arome se répand au loin.
Il y a une plante qu’on appelle ymhlli. Elle est très verte, elle a un grand nombre de branches qui se dirigent toutes en haut. Elle est continuellement odorante et c’est un remède pour ceux qui ont la diarrhée. On la moud et on la pulvérise avec du cacao. Après avoir grillé le mélange, on en fait usage en boisson. Cela est bon pour ceux qui crachent le sang ou qui ont des fièvres.
11 y en a une autre qu’on nomme ocoxochitl. Ses rameaux sont verts et minces; ils rampent sur le sol et produisent un petit fruit comme un grain de raisin. On la trouve sur les montagnes et partout elle répand de l’odeur.
Il est une autre plante nommée izlauhyatl. C’est l’absinthe du pays; elle ressemble à celle d’Espagne.
Une autre qui s’appelle itztonquauitl répand une odeur suave.
Une autre qu’on nomme epaçotlA est bonne à manger. On en fait dé la bouillie qui est saine. Une autre qu’on nomme etzpanxiuitl est haute et mince; elle forme de la graine et elle est amère. Elle est utile pour adoucir par des lavages la peau de la figure. Il en est une autre encore appelée tlalquetzal^ qui a des feuilles groupées en forme de panache. Elle est un remède contre la toux et l’indigestion. Il y en a une autre de mauvaise odeur qu’on nomme itzcuinpatli\ elle est très amère. Une autre de mauvaise odeur aussi, nommée itztonquauitl. On la boit dans de l’eau et elle est utile à la digestion.
§ 8. — Des plantes qui ne sont ni comestibles., ni médicinales, nivénéneuses.
Il y a une sorte de foin très flexible qui est bon à être mêlé avec de la terre glaise pour contribuer aux murs des édifices. On s’en sert aussi pour fourrer les bâts. Il est un autre foin un peu plus dur, qu’on appelle çacanoualli et qui sert au même usage. Un autre encore très dur qui croît sur les sols salins et qu’on appelle tequixquiçacatl c’est-à-dire foin de tequixquitl. Il est bon comme combustible.
11 y en a un autre long et mince qui sert à faire des toitures et qu’on nomme çacamamaxlli* ou teocalçacatl. Une autre sorte de foin nommé uauhçacatl^ est long et mince.
1. Epazoïe, chenopodium anibrosioides, o\\ ocimum americanum.
2. De ilalli. terre, et cjuetzalli, plume précieuse, à cause de son panache.